Il y a quelques mois, personne n’aurait pu l’imaginer. Aujourd’hui, c’est une réalité : l’avenir de la conquête spatiale est désormais en partie lié à celui… de Twitter. Le patron de l’entreprise aérospatiale SpaceX, et également du constructeur automobile Tesla, s’est emparé du réseau social fin octobre 2022 pour 44 milliards de dollars, après plusieurs mois d’atermoiements. Une prise chaotique qui pourrait même constituer un «risque sérieux» pour SpaceX, considère le Financial Times, en ce début janvier.
Il faut dire que le cas de Tesla met en évidence l’effritement de la confiance des investisseurs vis-à-vis d’Elon Musk : le rachat de Twitter a contribué à faire chuter le cours de bourse d’environ 70% de sa valeur ces douze derniers mois. C’est le risque de dispersion de la part de l’entrepreneur qui inquiète, mais aussi ses méthodes managériales brutales et ses sorties imprévisibles. SpaceX sera-t-il à son tour contaminé par cette défiance montante vis-à-vis d’Elon Musk? L’administrateur de la Nasa, Bill Neslon, s’en est officiellement ému en décembre 2022, demandant des comptes à l’entreprise.
SpaceX voit sa valorisation bondir
Une inquiétude d’autant plus aiguë que SpaceX est l’un des rares acteurs dans le monde capable d’assurer des lancements en temps et en heure avec sa fusée Falcon 9, quand les autres lanceurs sont aux abonnés absents. Entre le retard d’Ariane 6, l’échec du premier tir de Vega C et l’impossibilité de passer par Soyouz pour cause de conflit en Ukraine, l'Agence spatiale européenne (ESA) est contrainte de faire appel à l’entreprise américaine. SpaceX est également l’un des principaux contributeurs du projet de retour sur la Lune dénommé Artemis mené par la Nasa. Reste que SpaceX semble plus à même de résister que Tesla.
Une nouvelle levée de fonds de 750 millions de dollars est en passe de faire augmenter encore la valorisation de SpaceX, frisant les 140 milliards de dollars. Surtout, la société profite déjà à plein de sa stratégie de diversification : elle a engrangé des contrats pour des lancements de fusées avec le gouvernement américain, elle tire déjà des revenus grâce à la constellation Starlink, en cours de déploiement, et son association avec T-Mobile semble prometteuse aux Etats-Unis. SpaceX a réalisé 61 tirs en 2022, contre 5 pour l’ESA, et table sur 100 lancements cette année. Quant au premier lancement orbital de Starship, encore plus puissant que Falcon 9, il devrait avoir lieu dans les prochaines semaines. La société est devenue le leader mondial incontesté des lancements spatiaux. Sur tous les fronts, Elon Musk va devoir s’ingénier à ne pas gâcher cette place durement acquise.



