Après l’annus horribilis 2020, qui a vu le transport public subir de plein fouet les effets de la pandémie et des restrictions de déplacements, une éclaircie s'est profilée en 2021. Mardi 9 mars, Keolis a présenté des résultats en amélioration, après ceux de la RATP et de la SNCF. « L’année 2021 a été consacrée au redressement, à la consolidation de nos résultats financiers et à la transformation de l’entreprise, a indiqué Marie-Ange Debon, présidente du directoire de Keolis. Nous avons maîtrisé nos coûts sur les frais de structure, sur nos achats, sur la masse salariale et les embauches. »
Keolis a réalisé un chiffre d’affaires de 6,3 milliards d’euros, en progression de 3,7% par rapport à 2020, mais toujours inférieur à celui de 2019 (-4%). La progression serait même supérieure à 10% si l'on ne tenait pas compte du cas de Wales and Borders. Il s’agissait d’un contrat de 15 ans signé en 2018 pour exploiter le réseau ferroviaire et qui devait rapporter 6 milliards d’euros au groupe français au sein d’une coentreprise avec la société Amey. Mais en 2020, le Pays de Galles a renationalisé ses chemins de fer pour faire face à la chute de la fréquentation liée au Covid-19.
La filiale de la SNCF a également finalisé la cessation de ses activités en Allemagne, que Bernard Tabary, directeur général pour l’international, qualifie de « foyer de pertes ». L’Ebitda est passé de 532 à 690 millions d’euros, soit une hausse de 30%. Surtout, le résultat net, négatif en 2020 à -101 millions d’euros, est repassé dans le vert à 20 millions d’euros. Quant à l’endettement net, il est stabilisé à 1,030 milliard d’euros.
Revenir en 2022 au niveau de 2019

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Ces résultats ont été obtenus par un plan d’économie et une meilleure productivité, mais aussi grâce à des nouveaux contrats. En France, Keolis a remporté pour plus de 300 millions d’euros d’appels d’offres. Malgré ceux qu’il a perdus, le solde est positif (65 millions d’euros). « Nous avons remporté six des 18 lots ouverts à la concurrence en Île-de-France sur le réseau bus, soit 36% du montant des appels d'offres (148 millions d’euros) », précise Frédéric Baverez, directeur général France.
A l’international, le groupe a remporté l’exploitation du métro automatique et du tramway de Dubaï (Emirats arabes unis), dont il a commencé l’exploitation en septembre dernier. Il a également remporté des succès en Australie et en Suède. Quant à la fréquentation sur le réseau français de Keolis, elle est revenue fin 2021 à une moyenne sur l’année de -20% par rapport à 2019 (-30% au premier semestre, et -10% au second). Pour 2022, l’objectif est de revenir au niveau de 2019.
La RATP capitalise sur les nouveaux contrats
Quelques jours plus tôt, c'est la RATP qui a communiqué ses résultats. Son chiffre d’affaires est en croissance de 6%, à 5,854 milliards d’euros, malgré un impact sanitaire évalué à -239 millions d’euros. Un chiffre d’affaires très proche de celui de 2019. Le trafic en Île-de-France a progressé de 24%, mais il reste inférieur de 29% à celui de 2019. Le résultat net du groupe atteint 207 millions d’euros, contre -134 millions en 2020. La dette nette n’a progressé que de 150 millions d’euros à 5,694 milliards d’euros.
Malgré le contexte, la RATP a battu son record d’investissements avec 2,7 milliards d’euros pour le groupe, dont 2,364 milliards en Île-de-France. « Les contrats majeurs remportés à l’étranger, notamment en Toscane, au Caire et à Riyad, ont permis à RATP Dev de changer de dimension, a indiqué Catherine Guillouard, PDG du groupe RATP dans un communiqué. La contribution des filiales, à 1,4 milliard d’euros, représente ainsi près du quart du chiffre d’affaires du Groupe RATP à la fin 2021. »
Ermewa sauve la SNCF
Le 24 février dernier, la SNCF avait lancé la saison des résultats avec quelques bonnes nouvelles : un chiffre d’affaires de 34,8 milliards d’euros, en hausse de 15% par rapport à 2020, et même un résultat net positif à 890 millions d’euros. Petit bémol : la SNCF est passée au vert grâce à la vente du loueur de wagons Ermewa. Sans quoi son résultat net aurait été négatif à -185 millions d’euros.
La dette de l'entreprise a fortement diminué avec la reprise de 35 milliards d'euros par l'Etat dans le cadre de la réforme du ferroviaire, mais elle avait à nouveau augmenté en 2019 et 2020 avec les grèves contre la réforme des retraites et la crise sanitaire, de plus de 3 milliards d'euros. Raison pour laquelle certains évoquent la vente de Geodis, la filiale transport et logistique de la SNCF, dont le chiffre d'affaires a progressé de 33% sur les deux dernières années, à un total de 10,9 milliards d'euros.
Mais ce n'est pas tout : un rapport du Sénat considère que le modèle ferroviaire français est dans l'impasse et qu'il faut sortir SNCF Réseau du groupe pour lui permettre d'investir davantage dans les infrastructures, si l'on veut réellement développer ce mode de transport qui participe à la transition écologique. Pourtant, après des années de disette, les investissements ont fortement augmenté sous la présidence Hollande, et surtout durant l'actuel quinquennat. Ils n'ont jamais été aussi importants pour régénérer le réseau. Plus de 10 milliards d'euros ont été investis par la SNCF, dont 5,6 milliards pour le réseau en 2021. Le plan de relance prévoit plus de 4 milliards d'euros pour la modernisation du réseau, dont 1,6 milliards d'euros versés l'an passé. Mais après des décennies de laisser-aller, le réseau ne rajeunit toujours pas malgré ces investissements... Une nouvelle augmentation des moyens alloués paraît essentielle.



