«Il faut souligner la situation terrible de l'industrie des semi-conducteurs dans l'UE. En 1990, l'Europe représentait 44 % de la production mondiale des semi-conducteurs. Elle représente aujourd’hui seulement 9 % et sa part continue de décliner. C'est quelque chose d'urgent et critique pour tous les aspects de l’avenir numérique en Europe, qui fonctionne tout sur les semi-conducteurs. Vous êtes sur le point de perdre le contrôle de l'une des technologies les plus importantes pour l'économie et pour la sécurité nationale de l'Europe. Et le coronavirus a montré qu'une chaîne d'approvisionnement globalement équilibrée est absolument essentielle.» Ce signal d’alarme n'est pas lancé par le patron d’un fabricant européen de puces comme STMicroelectronics, Infineon Tehnologies ou NXP... mais par Pat Gelsinger, le nouveau directeur général du champion américain des semi-conducteurs Intel, lors de sa keynote, le 7 septembre 2021, dans le cadre du salon international de la mobilité à Munich, en Allemagne.
Agrandissement du site en Irlande
La Commission européenne, sous la houlette de Thierry Breton, commissaire en charge du Marché intérieur, est consciente de la criticité de la situation et de l’importance pour l’avenir de l’Europe de rebâtir une industrie de semi-conducteurs forte. Dans le cadre de son plan de « boussole numérique », elle veut inverser le déclin de l’Europe avec l’ambition de porter sa part dans la production mondiale de semi-conducteurs à 20 % à l’horizon 2030. Pat Gelsinger salue cette stratégie et partage cet objectif. «Nous sommes ravis d'en faire partie, souligne-t-il. Nous voulons faire notre part et aider à reconstruire l'industrie européenne des semi-conducteurs.» Intel le fait en agrandissant son seul site européen actuel de production près de Dublin, en Irlande. A la fin de l’année 2021, le montant des investissements cumulés sur ce site aura atteint 16 milliards d’euros.
Intel se prépare également à créer un nouveau méga site de production en Europe continentale. Plusieurs pays sont en compétition pour l’accueillir, dont l’Allemagne, la France, la Belgique et les Pays-Bas. Le choix du lieu d’implantation devrait être arrêté d’ici la fin de l’année. L’Allemagne semble en pole position pour l’emporter en raison de l’importance de sa Silicon Valley autour de Dresde et, accessoirement, des origines allemandes de Pat Gelsinger. Mais pour collecter le maximum de subsides publics, Intel pourrait répartir son projet sur plusieurs sites et plusieurs pays : un pour la fabrication des plaquettes de puces, un autre pour le test, l’assemblage et le packaging des composants, un autre pour la R&D, etc. Le montant initial atteint 20 milliards d’euros. Il vise la construction en deux étapes de deux unités de production au top niveau technologique.

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Envolée des besoins dans l'auto
«Nous poursuivrons les extensions au fil du temps pour disposer à la fin de la prochaine décennie de 8 unités de fabrication sur le site, prévoit Pat Gelsinger. Chaque unité représente environ 10 milliards d'euros d’investissement. Nous sommes donc sur un projet total de 80 milliards d'euros sur dix ans. Ce serait un formidable catalyseur pour l'industrie des semi-conducteurs, pour la chaîne d'approvisionnement, pour les fournisseurs de produits chimiques et pour les équipementiers en Europe. Ce serait également un catalyseur pour l'ensemble de la technologie et de l'industrie en Europe dans le calcul à hautes performances, l'informatique quantique, la recherche ou encore l’intelligence artificielle. Pour inverser le déclin de l'Europe, un centre de R&D rassemblera les forces de l’Europe pour créer une chaîne d'approvisionnement plus équilibrée à l'échelle mondiale et faire émerger une plateforme d'innovation technologique en Europe, pour l'Europe.» Parmi les partenaires européens majeurs dans ce domaine, le patron d'Intel cite le centre de recherche Imec en Belgique, les instituts Fraunhofer en Allemagne et le néerlandais ASML, leader mondial des équipements de photolithographie.
Bien sûr, le projet d’Intel s’inscrit dans une perspective d’augmentation structurelle de la demande de semi-conducteurs qui devrait faire doubler le marché mondial en dix ans à plus de 1 000 milliards de dollars en 2030 selon le cabinet VLSI Research. Mais il vise surtout à accompagner l’industrie automobile européenne dans sa transformation vers le numérique et l’électrique, une évolution qui va faire exploser ses besoins en semi-conducteurs. «Aujourd'hui, environ 4% de la nomenclature d’une voiture premium est constituée de semi-conducteurs, estime Pat Gelsinger. En 2030, cette part passerait à 20%, ce qui représenterait une multiplication par un facteur cinq. Vous vous inquiétez de la pénurie de semi-conducteurs aujourd'hui. Les semi-conducteurs deviennent un élément central de tous les aspects de l'innovation et de la chaîne d'approvisionnement des voitures. Aussi important que ce soit aujourd'hui, vous n'avez encore rien vu.»
Un ordinateur sur quatre roues
L’automobile n’est aujourd’hui qu’un tout petit débouché pour les semi-conducteurs avec environ 11 % du marché total en 2020 selon le Factbook de SIA, derrière l’informatique (32 %), les communications (31 %), l’industrie (12 %) et l’électronique grand public (12 %). Mais elle est annoncée comme une belle opportunité qui devrait grimper d’environ 50 milliards de dollars en 2020 à 115 milliards de dollars en 2030, promet le patron d’Intel. «Nous avons besoin de vous et vous avez besoin de nous, lance-t-il. C'est un avenir symbiotique que nous sommes en train de construire alors que la voiture devient un ordinateur avec des pneus.»
Le discours de Pat Gelsinger intervient dans un contexte de forte pénurie de puces frappant tout particulièrement l’automobile. Des usines chez Renault, Stellantis ou encore Volkswagen sont à l’arrêt par manque de ces précieux pavés en silicium. Pour atténuer la crise, le patron d’Intel a annoncé l’ouverture du site de production en Irlande à des services de fonderie, c’est-à-dire de fabrication en sous-traitance de composants des autres. Les technologies mises à disposition sont qualifiées de matures (16 nanomètres et plus). Mais elles sont suffisantes pour satisfaire le gros des besoins actuels dans l’automobile, l’industrie ou l’Internet des objets. Pour les besoins futurs comme ceux du véhicule connecté ou de la 6G, il faudra attendre les technologies avancées du futur site de production d’Intel en Europe, qui offrira également des services de fonderie de puces.
«Nous nous engageons avec l'automobile et d'autres industries pour aider à tirer parti de nos capacités existantes de production, promet Pat Gelsinger. Certains pourraient argumenter, eh bien, allons construire la plupart des puces sur les anciennes technologies. N'avons-nous pas besoin d'anciennes usines pour les technologies matures ? Voulons-nous investir dans le passé ou dans l'avenir ? Une nouvelle usine prend quatre à cinq ans à construire avant de commencer à produire.»
Graphique d'Intel montrant l'évolution du poids des puces dans la voiture d'ici à 2030
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