“Un investissement historique” de 33 milliards d'euros pour la première phase. Le dirigeant d’Intel, Pat Gelsinger, n’a pas pesé ses mots, mardi 15 mars, lors de l’annonce par le géant américain de l’informatique et de la micro-informatique de ses projets d’investissement au sein de l’Union européenne. “C'est mieux qu'une ou deux usines, s’est enthousiasmé le dirigeant d’Intel dans une vidéo pré-enregistrée et diffusée en début d’après-midi. Il s'agit d'une stratégie globale d'investissement qui permettra de créer un écosystème de puces de classe mondiale dans toute l'Europe". Après avoir débloqué 20 milliards de dollars pour construire deux nouvelles fonderies en Arizona (Etats-Unis), Intel avait annoncé en 2021 être prêt à investir près de 80 milliards d’euros sur dix ans en Europe, sur l’ensemble de la chaîne de valeur (R&D, design, packaging, services de fonderie).
En Allemagne, la future “Silicon Junction” des puces
L’Union européenne produisait 40% des semi-conducteurs dans le monde il y a trente ans. Une part tombée à moins de 10% à l’heure actuelle. Pour “restaurer le leadership européen en matière de semi-conducteurs”, Intel a décidé de concentrer l’essentiel de ses efforts financiers dans deux pays, l’Irlande et l’Allemagne. Quelque 12 milliards d’euros supplémentaires vont être injectés dans l’usine déjà opérationnelle de Leixlip, en Irlande, ce qui porte l'investissement total d'Intel dans ce pays à 30 milliards d’euros.
Mais c'est l’Allemagne qui remporte cette fois le plus gros projet industriel. Un “méga-site” va être construit dans la ville de Magdebourg, capitale du Land de Saxe-Anhalt, située à 130 kilomètres à l'ouest de Berlin, pour un investissement initial de 17 milliards d'euros. La construction de cette usine de pointe devrait commencer en 2023, pour un début de production à l’horizon 2027. A terme, elle devrait permettre la création de 3 000 emplois permanents de haute technologie. Le nouveau site a été surnommé “Silicon Junction” par Pat Gelsinger, car il “servira de point de connexion pour d'autres centres d'innovation et de fabrication à travers le pays et la région".

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Intel Corporation Visualisation 3D de la future usine de production de puces Intel à Magdeburg, en Allemagne. © Intel Corporation
Le calcul, l'IA et la R&D en France
La France n’est pas totalement oubliée. L'Hexagone devrait devenir le siège d'Intel en Europe pour le calcul haute performance et la conception d'intelligence artificielle. L'implantation du site est prévue sur le plateau de Saclay (Essonne), avec à la clé 1000 nouveaux emplois en R&D dont 450 d’ici la fin de l’année 2024. “En outre, Intel prévoit d'établir son principal centre européen de conception de fonderie en France, offrant des services de conception et des collatéraux de conception aux partenaires industriels et aux clients français, européens et mondiaux”, précise Intel.
Lors de la présentation, Pat Gelsinger a insisté sur le fait que l’activité de fonderie “est un élément clé de notre stratégie”, comme l’a démontré en février l’acquisition par Intel de Tower Semiconducteur pour 5,4 milliards de dollars. Depuis la création de son entité Intel Foundry Services, l’entreprise américaine cherche à se diversifier et à renforcer ses capacités de production de puces, dans un marché très concurrentiel.
“Une chaîne d'approvisionnement équilibrée et plus résiliente”
D’autres investissements sont prévus en Pologne, en Espagne mais aussi en Italie. Toujours selon Pat Gelsinger, cet ensemble d’investissements sur le territoire européen va permettre à Intel “d'apporter sa technologie la plus avancée en Europe, en créant un écosystème européen de puces de nouvelle génération et en répondant au besoin d'une chaîne d'approvisionnement équilibrée et plus résiliente”. Par ailleurs, Intel a annoncé son intention d'alimenter tous les nouveaux sites qui verront le jour en Europe avec une énergie 100 % renouvelable, dans le cadre du Pacte vert européen.
L’Europe veut doubler sa part de marché
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a salué les intentions européennes d’Intel. “Il s'agit d'une contribution considérable à l'écosystème des puces européennes que nous sommes en train de construire. Elle ouvrira la voie à d'autres entreprises”, a-t-elle déclaré dans un discours. Et de conclure : “We are open for business”.
Cette annonce d’Intel est une victoire pour l’Europe, qui cherche à attirer les meilleurs fabricants au monde dans le cadre de son Chips Act, doté de 43 milliards d’euros. L’Union européenne souhaite doubler sa capacité de production de semi-conducteurs à 20% du marché d’ici à 2030. Selon une récente étude du cabinet VLSI Research, l’Europe reste cependant la région qui investit le moins dans les puces.



