Inquiètes, les entreprises allemandes attendent les résultats des législatives françaises

L’année dernière, l’Allemagne est restée le premier investisseur européen en France et près de 4500 sociétés allemandes y sont implantées. C’est dire si les élections législatives du 7 juillet sont observées de près de l’autre côté du Rhin. Là-bas, l’on craint un dérapage des dépenses publiques et une sévère perte de l’attractivité économique de l’Hexagone.

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la raffinerie PCK Schwedt en Allemagne
Les industriels allemands inquiets dans l'attente des résultats des élections législatives en France.

Attente et inquiétude sont les deux mots qui reviennent systématiquement dans les réactions des entreprises allemandes sur la situation politique française, à quelques jours du second tour des élections législatives en France. «Pour l’heure, nous ne changeons rien dans notre stratégie de développement en France, mais nous observerons avec attention les évolutions à venir avec la nouvelle majorité», indique une PME allemande basée près de Darmstadt, préférant rester anonyme, et qui possède une filiale dans l’Hexagone.

«Les économies de la France et de l’Allemagne sont très imbriquées», confirme pour sa part Patrick Brandmaier, directeur général de la Chambre franco-allemande de commerce et d’industrie. En 2023, selon les statistiques du ministère de l’Économie allemand, les échanges commerciaux entre les deux voisins se sont élevés à 190 milliards d’euros, dont 120 milliards d’euros dans le sens Allemagne-France et 70 milliards d’euros dans l’autre sens. «Nous recensons 4500 entreprises allemandes qui possèdent des implantations en France et qui emploient 330000 personnes, poursuit le directeur général. En 2023, l’Allemagne était le premier investisseur européen en France et le deuxième mondial derrière les États-Unis.»

Les industriels allemands dans l’expectative

Selon lui, ces bons résultats sont à mettre au crédit des réformes pro-industrie menées depuis sept ans par Emmanuel Macron, dans le cadre par exemple du Sommet Choose France. «Mais si l’on analyse les promesses du Rassemblement national et du Nouveau front populaire, l’attractivité et la compétitivité économique de la France risquent de souffrir», prédit Patrick Brandmaier. Dans un cas comme dans l’autre, l'abrogation de la réforme des retraites ou la baisse de la TVA voulue par le RN sur les produits énergétiques devraient entraîner une augmentation de la dette publique. «Avec en corollaire, la dégradation des marchés, observe Patrick Brandmaier. Déjà, fin mai, la note de la dette française a été abaissée par l’agence Standard & Poor’s et au lendemain du premier tour des législatives, l’écart entre les taux allemands et français s’est légèrement creusé. Si un investisseur doit choisir un pays d’implantation, ce niveau d’incertitude peut défavoriser la France sur la scène internationale.»

De plus, les mesures en faveur du pouvoir d'achat promises par le NFP (Smic à 1 600 euros net, indexation des salaires sur l’inflation…) pourraient avoir des répercussions directes sur les filiales allemandes en France, notamment en termes d’embauches. Enfin, les employeurs allemands redoutent la tentation du repli sur soi et la remise en cause des accords de libre-échange, que ce soit au niveau européen ou mondial. «L’un de nos espoirs est qu’une fois au pouvoir, le pragmatisme reprenne le dessus, comme on l’a vu avec le gouvernement de GiorgiaMeloni en Italie. Les partis ont tout intérêt à mener une politique en faveur des entreprises et de l’emploi en prévision des présidentielles de 2027», analyse Patrick Brandmaier.

Concrètement, pour le moment, aucune modification des projets d’investissements déjà planifiés n’a donc été recensée. «Ceux-ci se poursuivent sans changement, assure le responsable. Mais nous avons déjà eu des appels d’entreprises allemandes qui s’interrogent sur leurs futurs investissements en France.» De son côté, la Fédération des industries allemandes (BDI), contactée par L’Usine Nouvelle, n’a pas souhaité commenter la situation politique française. L’organisation renvoie plutôt aux propos tenus par son président, Siegfried Russwurm, en marge de la Journée de l'industrie (TDI) qui s’est tenue le 24 juin dernier à Berlin. «Une cohabitation, quelle qu’elle soit, ne simplifiera pas les décisions politiques en France, alors que le pays est un acteur moteur en Europe», a-t-il simplement énoncé. Selon le patron de l’industrie, une telle paralysie pourrait donc compromettre les réformes attendues sur la politique européenne.

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