C’est un des grands noms du Tour de France. Mais après 43 ans d’implication, l’équipementier tricolore Mavic (pour Manufacture d'Articles Vélocipédiques Idoux et Chanel) a cédé début janvier sa place au groupe japonais Shimano dans l’assistance des coureurs et équipes sur la prochaine Grande Boucle. Un nouveau revers pour ce fleuron de l’industrie du cycle en France. Créé en 1889 à Lyon (Rhône), Mavic traverse une période de fortes turbulences depuis plusieurs mois.
Son nouveau repreneur, le groupe Bourrelier – anciennement Bricorama – s’est toutefois engagé à relancer la machine et faire de Mavic une PME indépendante.
Propriétaire fantôme
Depuis les années 1990, Mavic a vu défiler nombre de propriétaires : Salomon, Adidas puis le groupe finlandais Amer Sports. En 2019, ce dernier a cédé la PME française au fonds américain Regent LP. Problème : selon son intersyndicale, Mavic aurait en réalité été racheté par M Sports International LCC, une société basée dans le Delaware et sans lien capitalistique avec Regent LP.
Un scénario à peine croyable qui s’est doublé d’un sous-investissement au cours des dernières années, dénoncent les syndicats. La situation a abouti à la mise en redressement judiciaire de Mavic en mai 2020, puis sa reprise en août par le groupe Bourrelier pour 2,1 millions d’euros, mais au prix d’une forte réduction des effectifs. Aujourd’hui, la PME compte 107 personnes, contre 200 avant son rachat.
Prendre son indépendance
Pour son nouveau propriétaire, le premier chantier consiste maintenant à faire de Mavic une société indépendante. «Beaucoup de fonctions sont encore rattachées à Amer Sports. Nous avons entamé un travail de fond pour faire de Mavic une entreprise familiale réellement indépendante. Nos locaux sont en cours de construction», détaille Jean-Michel Bourrelier.
Implantée à Annecy (Haute-Savoie), la PME simplifie dans le même temps ses gammes, dans les roues comme les équipements cyclistes – textile, casques, chaussures – pour être plus lisible aux yeux des clients. «Mavic doit être capable de s’adresser à des débutants en compétition aussi bien qu’à des professionnels grâce à des roues très haute performance», estime Jean-Michel Bourrelier.
Modernisation en France
Pour y parvenir, la société va accentuer ses efforts en R&D, installée en France. L’outil de production doit aussi être modernisé dans l’Hexagone. Des investissements vont être notamment réalisés dans l’usine historique de Saint-Trivier (Ain), afin de « conserver son savoir-faire dans la jante aluminium », souligne le nouveau propriétaire de Mavic. Les roues sont ensuite assemblées en Roumanie.
La marque au logo jaune, dont 60% du chiffre d’affaires est lié à l’export, dispose aussi d’une activité de production des jantes en carbone haut de gamme à Annecy. «Nous voulons produire en France», s’engage Jean-Michel Bourrelier, qui suit de près l’essor des vélos à assistance électrique (VAE). «Nous proposons déjà des roues pour les VTT à assistance électrique», rappelle-t-il.
Au total, «la priorité est de redonner à Mavic son leadership dans la roue». Une renaissance qui intervient à une période très favorable pour la petite reine. Déjà forte depuis plusieurs années, la demande en vélos a explosé en France en 2020. A tel point que les assembleurs installés en France peinent à suivre le rythme.



