[Idée verte] Stripe finance des start-up innovantes dans la capture et le stockage du carbone

Si elles génèrent de plus en plus d’intérêt pour compenser les émissions, les technologies de stockage du carbone sont encore trop chères pour convaincre, et donc attirer les financements nécessaires. Pourtant, des acteurs privés comme la fintech californienne Stripe ont choisi de soutenir ce marché en devenir.

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Charm Industrial
Le projet de la start-up Charm Industrial est soutenu financièrement par Stripe.

Les technologies de capture du CO2 dans l’air ambiant ne sont pas une alternative à la baisse des émissions. Mais elles peuvent être des outils complémentaires importants pour atteindre les objectifs de lutte contre le dérèglement climatique, indique l’Agence internationale de l’énergie (AIE) dans une publication récente. Leur utilisation à grande échelle paraît même nécessaire dans un scénario de neutralité carbone à l’horizon 2050. Problème : ces technologies naissantes affichent un coût de capture de la tonne de CO2 prohibitif pour s'imposer sur le marché, et peinent donc à lever les financements indispensables à leur développement. L’intérêt grandit, mais le chemin à parcourir reste long.

Un constat que partage Nan Ransohoff, qui s’est exprimée mardi 9 novembre en marge de la COP26. « La tonne de carbone capturée n’a pas de valeur intrinsèque, donc il n’y a pas eu beaucoup d’acheteurs volontaires jusqu’ici. Surtout quand il existe des méthodes de compensation bien moins coûteuses », reconnaît la responsable du programme climat chez Stripe. Dans le cadre de sa politique RSE, cette société américaine de logiciels de paiements en ligne destinés aux entreprises contribue depuis 2019 aux prémices d’un marché de la capture et du stockage de CO2. Valorisée à 95 milliards de dollars en début d’année, elle endosse le rôle de premier client auprès de start-up spécialisées dans ce domaine. L’AIE la cite comme un acteur privé moteur de cette tendance, aux côtés de Microsoft, Shopify et du réassureur Swiss Re.

Agréger des financements

Jusqu’ici, Stripe a engagé 9 millions de dollars pour financer, par l’achat de tonnes de CO2 capturées, les projets de 10 start-up. Elle a été le premier client de sept d’entre elles. Une manière de compenser ses émissions, mais aussi d'agréger des financements vers ces technologies. Car une partie des 9 millions de dollars provient des clients de Stripe. Depuis octobre 2020, ces derniers ont la possibilité d’allouer une part de leurs revenus à l’initiative. 10 000 entreprises sur les deux millions de clients de Stripe ont déjà rejoint le mouvement.

L’ampleur des projets est encore limitée. Ils répondent toutefois à des objectifs de changement d’échelle et de réduction des coûts de la technologie. Stripe demande à ce qu’ils puissent stocker le carbone plus de 1000 ans, capter au moins 0,5 gigatonne de CO2 par an d’ici 2040 et atteindre un prix inférieur à 100 dollars la tonne à cet horizon.

« Nous pensons parvenir à un coût de 50 dollars la tonne avec le temps », indique Peter Reinhardt, le cofondateur d’une de ces start-up, Charm Industrial. Sa solution, plutôt bien avancée, consiste à piéger dans une phase liquide le carbone contenu dans les résidus agricoles et de l’industrie forestière. Cette « soupe » de carbone est ensuite envoyée sous terre. « La séquestration du CO2 implique habituellement une injection dans des sols à la minéralisation spécifique. Grâce à ses propriétés, notre huile peut au contraire être injectée dans des couches sédimentaires qu’on retrouve presque partout dans le monde », fait valoir Peter Reinhardt. Ce qui multiplie les sites éligibles pour ce stockage.

De quelques centaines à 2000 dollars la tonne

Pour le moment, capturer une tonne de carbone coûte 600 dollars à Charm Industrial. Mais la première injection dans le sol n’a eu lieu qu'en janvier dernier. L’entreprise indique avoir déjà retiré 5000 tonnes de CO2 de l’atmosphère. « Nous pensons qu’il s’agit du plus grand retrait permanent de carbone jamais réalisé et que cela représente environ 80% des retraits de ce type effectués jusqu’à aujourd’hui », avance Peter Reinhardt.

Un autre projet, Running Tide, affiche de son côté une tonne de CO2 à 250 dollars. Schématiquement, sa technologie recourt à des algues pour capter le carbone avant de les faire couler au fond des océans. Le projet le plus cher financé par Stripe, avec un coût de 2000 dollars la tonne, s’appelle Heirloom. Issue de l’École polytechnique fédérale de Zurich, la start-up Climeworks figure aussi dans la liste.

Générer davantage de projets

Pour Stripe, il faut créer davantage de start-up sur le même créneau en vue d’atteindre un impact significatif. L’entreprise a donc lancé deux partenariats pour encourager le montage de projets. Le premier concerne plutôt les Etats-Unis et est mené avec l’organisation à but non-lucratif Activate. « Sa mission est d’aider des chercheurs à transformer leurs idées en entreprises d’élimination du carbone, précise Nan Ransohoff à l’Usine Nouvelle. Dans un deuxième temps, nous nous engageons à fournir un contrat de 500 000 dollars aux projets qui respectent nos critères. » Le même type de partenariat a été scellé en Europe avec la société londonienne Deep Science Ventures. Il bénéficiera de financements et de conditions identiques.

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