Chronique

[Idée verte] Global Bioenergies fait voler un avion à l’essence de betteraves avec Swift Fuel

Après une tentative dans les biocarburants pour voiture avec Audi, la greentech française Global Bioenergies retente sa chance dans l’aviation légère en partenariat avec l’allemand Swift Fuel.

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Global Bioenergies biocarburant avion Bastien Leroux champion de voltige Reims 15 juin 2021
Le champion du monde de voltige Bastien Leroux a volé une heure de Sarrebruck (Allemagne) à Reims le 15 juin dans son avion avec une essence sans plomb à 97% biosourcée, produite par Global Bioenergies et Swift Fuel.

« Même température ! Mêmes performances ! Sans savoir qu’il y a du biocarburant dans l’une des ailes, on ne ferait pas la différence, et c’est une bonne nouvelle », a déclaré le champion du monde de voltige Bastien Leroux, à la descente de son avion à hélices VAN RV-8, le 15 juin, après un vol international d’une heure entre Sarrebruck en Allemagne et Reims et tout un enchaînement de figures. Il testait les performances d’une essence d’aviation renouvelable à plus de 97 %, produite par le spécialiste français de la chimie verte Global Bioenergies et son partenaire allemand, Swift Fuel. Une première.

Le carburant utilisé habituellement pour les moteurs à pistons, le 100 LL, est non seulement d’origine fossile mais contient encore du plomb. Créée il y a cinq ans par l’ingénieur chimiste et pilote Thomas Albuzat, la start-up Swift Fuel a développé un adjuvant biosourcé qui remplace le plomb. Elle a commencé à commercialiser aux États-Unis, où elle dispose de ses équipes de R&D, un carburant pour l’aviation sans plomb, le UN 94. Un carburant pour avion à 10 % renouvelables, le 100R, est aussi en court d’homologation.

Un biocarburant d'avion à 100% durable possible

Pour aller plus loin, et commercialiser un biocarburant 100 % biosourcé, Swift Fuel s’est associé à la PME française Global Bioénergies, qui a développé un procédé innovant pour convertir, par fermentation, grâce à une bactérie modifiée, des matières premières renouvelables (résidus de betteraves, de canne, d’amidon, de paille, de bois) en bio-isobutène, une molécule plate-forme (building-block) qui peut se substituer à l’isobutène d’origine fossile.

En l’associant à de l’hydrogène, cet isobutène devient de l’iso-octane. En association avec de l’éthanol, on produit de l’ETBE. Ce sont deux des trois composants à la base de la formulation de l’Avgas (diminutif de « aviation gasoline ») durable développé par Swift Fuel, dont l’unité de production est aux Pays-Bas et les bureaux en Allemagne. Avec Global Bioénergies, ils ont mis au point un carburant à 97 % renouvelables à base de résidus de betteraves à sucre et de bois, produit dans le démonstrateur du français installé à la raffinerie de Leuna en Allemagne. « On aurait pu aller à 100 %, mais on a manqué de temps", explique Bernard Chaud, le directeur de la stratégie industrielle de Global Bioénergies.

Un marché plus porteur que l'auto

Le français n’en est pas à son coup d’essai dans les biocarburants, annoncés il y a dix ans par Marc Delcourt, le cofondateur et directeur général de Global Bioénergies, lors de son entrée en Bourse en 2011, comme un des deux principaux débouchés de son bio-isobutène, avec la cosmétique. En 2018, la green tech française signait un accord avec Audi pour effectuer des tests. Mais le virage vers l’électrique a bouché le marché pour de nouveaux biocarburants. L’histoire pourrait se répéter dans l’aviation. Là aussi on commence à commercialiser des avions électriques. Mais en attendant, on consomme encore 100 millions de litres par an d’essence d’aviation en Europe et 900 millions de litres aux États-Unis, qu’il s’agit de décarboner.

Un marché potentiellement porteur pour la nouvelle unité de production que Global Bioénergies a annoncé construire sur la plate-forme agro-industrielle de Bazancourt-Pomacle, à proximité de Reims, où il avait installé sa toute première unité pilote en 2014. « Ce vol est une preuve de concept », a expliqué Marc Delcourt, qui voit aussi un débouché dans le biokérosène pour avion de ligne (jetfuel), pour prendre le relais d’une filière huile aujourd’hui privilégiée par les grands industriels comme TotalEnergies, mais qui s’annonce « limitée » en sources d’approvisionnements dès lors qu’il s’agit d’utiliser non plus des huiles végétales primaires, de palme, mais de récupération.

En attendant de construire une filière du biokérosène à base de sucre et que le marché s’ouvre, c’est sur celui de la cosmétique bio que le français compte pour se développer. La veille du vol Sarrebruck-Reims, Global Bioénergies, dont L’Oréal est actionnaire, a lancé sa gamme de maquillage Last longue durée à 90 % d’origine naturelle.

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