L’emblématique Canadair va-t-il être supplanté dans quelques années par un appareil tricolore, plus efficace encore contre les grands feux de forêts ? C’est l’ambition de la start-up girondine Hynaero qui a dévoilé cet été le Frégate-F100. « Notre objectif est qu’en 2030, les États et les opérateurs privés aient le choix entre un avion dont la conception remonte aux années 60 et un appareil moderne, quasiment au même prix, mais avec des capacités doubles », assène David Pincet, co-fondateur d’Hynaero, créée au printemps. C’est de là que ce projet tire son bien-fondé : il s’engouffre dans une brèche béante, celle du manque d'engins bombardiers d’eau disponibles.
Alors que les grands feux se multiplient un peu partout dans le monde, les moyens aéroportés capables de larguer de grandes quantités d’eau ne sont plus à la hauteur. C’est le cas en particulier du fameux Canadair CL-415, cet avion jaune et rouge chargé des attaques massives contre les incendies dérivé du CL-215 développé durant les années 60. Environ 160 exemplaires sont aujourd’hui en exploitation. Son unique constructeur, Bombardier, a cessé d’en produire en 2015, avant que l'appareil ne tombe dans l'escarcelle de De Havilland Canada. Quant à son successeur, le DHC-515, il n’est pas encore disponible. En France, les 12 Canadair de la sécurité civile ont ainsi plus de 25 ans d’âge et les 4 DHC-515 commandés seront livrés au compte-goutte à partir de 2027. D’où l’idée d’une contre-proposition française.
Un calendrier industriel déjà établi
La feuille de route d’Hynaero, hébergé pour l’heure dans les bureaux de l’incubateur de start-up Bordeaux Technowest, à Mérignac (Nouvelle-Aquitaine) ? Lancer très vite le développement du Frégate-F100, effectuer les essais en vol vers 2028 et mettre l’appareil sur le marché entre 2031 et 2032. « Le calendrier industriel prévoit une montée en cadences de 2 ou 3 appareils livrés par an durant les 3 premières années puis une production annuelle de 10 avions par an à partir de 2035 », établit David Pincet. La future ligne d’assemblage nécessitera 350 embauches et pourrait s’étaler sur 20 000 m². Un espace disponible à Merignac pourrait être utilisé pour la future usine. Bordeaux Technowest accompagne la start-up pour trouver un opérateur immobilier. In fine, le Frégate-100 représente un investissement de 900 millions d’euros.
« Notre projet permettra de recouvrer la souveraineté française et européenne en matière de lutte contre les feux de forêts via un projet national de réindustrialisation », lance David Pincet, qui a passé 38 ans au sein de l’armée de l’air. Le responsable sait le sujet brûlant, lui qui a été directeur du groupement des avions de la sécurité civile basé à l’aérodrome de Nîmes-Garons (Gard). A ses côtés pour faire décoller le Frégate-F100, cinq autres experts chevronnés, dont John Craig, l’un des anciens responsables de l’ingénierie d’Airbus, Philippe Danieau, issu de l’Armée de l’air et ex-cadre dirigeant du groupe de transport maritime CMA-CGM. D’autres associés, dont les noms ne peuvent encore être dévoilés sont issus d’industriels aéronautiques de premier plan.

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adapté aux grands feux et capable d’intervenir rapidement
L’équipe d’Hynaero a imaginé un avion bombardier d’eau adapté aux grands feux et capable d’intervenir très rapidement. « L’idée est de concevoir un appareil qui peut réaliser des missions similaires à celle du Canadair, typiquement 2h30 de vol consacré à lutte contre les feux à 400 km de sa base », détaille David Pincet. Mais avec bien sûr une efficacité accrue. Le Frégate-100 pourra écoper 10 tonnes d’eau, contre 6 tonnes pour le Canadair. Il devrait filer à 250 nœuds (463 km/h), quand l’engin canadien plafonne à 180 nœuds. Quant à ses équipements, il compte surclasser le CL-145 mais aussi le DHC-515, qui en sera directement dérivé.
Des exemples ? L’introduction de commandes de vol électriques assurera une meilleure manœuvrabilité. L’Utilisation de la maintenance prédictive, via un jumeau numérique de chaque appareil, promet de mieux maîtriser les coûts de maintenance et d’améliorer la disponibilité de ces engins soumis à rude épreuve. Des systèmes de head-up display (dispositif d’affichage tête haute) aideront les pilotes à effectuer leurs missions via, par exemple, la visualisation de trajectoire et des différents moyens air-sol engagés. Le Frégate-F100 devrait être équipé des moteurs PW 150 de Pratt & Whitney, qui équipent déjà les Dash 8, ces appareils également employés contre les feux de forêts. « Nous allons entamer des discussions avec ce motoriste mais rien n’est encore arrêté », glisse David Pincet.
Un sérieux coup de jeune pour ce type d’engin qui ne devrait pas faire pour autant exploser la facture : le prix catalogue du Frégate-F100 devrait se situer entre 70 et 75 millions d’euros, peu ou prou le prix d’un Canadair. De quoi peut-être séduire la sécurité civile en France, qui cherche à renouveler sa flotte actuelle de CL-415 vieillissants. « Nous estimons le marché des avions bombardier d’eau à environ 300 machines entre 2030 et 2045, chiffre David Pincet. Nous visons la moitié de ce marché durant cette période avec notre appareil. » Le Frégate-F100 croisera peut-être sur sa route d’autres projets également dans la course, tel que le Seagle du belge Roadfour et le WF-X Waterfall de l’italien 19-01.
Un modèle économique qui reste à établir
Ambitieux, le projet doit encore trouver des financements, via des levées de fonds, des acteurs privés, des aides publiques voire du crowdfunding. Il va aussi devoir consolider un modèle économique encore incertain, l’étroitesse du segment dans lequel il s’immisce expliquant le manque d’entrain des constructeurs à y investir. « Nous sommes à la recherche des premiers fonds pour amorcer la pompe, reconnaît David Pincet. Le modèle économique est bien sûr plus compliqué que lorsqu’il s’agit de produire 2 à 3000 avions. » Le programme devrait être rentable à partir d’environ 50 ou 60 avions commandés et livrés.
Au-delà des moyens financiers, Hynaero est à la recherche de partenaires industriels. La start-up s’est rapprochée d’un bureau d’études aéronautique certifié mais dont elle ne peut pas encore dévoiler le nom. « A ce jour, les grands industriels du secteur ne sont pas lancés dans le développement d’un tel programme, nous sommes ouverts et accueillerons tous types de coopération et de partenariat », affirme David Pincet. La production du Frégate-F100 nécessitera aussi des sous-traitants et des équipementiers capables de produire tous les sous-ensembles de l’appareil. Encore simple projet de papier, le Frégate-F100 pourrait peu à peu générer un programme aéronautique de grande ampleur.



