Présenté comme un véritable couteau-suisse, l’Airbus A400M pourrait se transformer en bombardier d’eau et aider à lutter contre les grands incendies. Dévoilé par l’avionneur en juillet 2022 au cœur d’un été marqué par un record de surfaces brûlées, ce projet aurait-il fait long feu ? Du côté de la sécurité civile, qui gère la flotte de moyens aéroportés dédiés à la lutte contre les incendies, on met clairement en doute sa viabilité. Même s'il y a urgence à renouveler la flotte d'appareils pour remplacer les 12 Canadair existants.
Sur le papier, la proposition d’Airbus semble pourtant séduisante. Via l’ajout d’un kit amovible, des tests menés en Espagne l’an dernier ont démontré que l’appareil pouvait larguer 20 tonnes d’eau en moins de 10 secondes, à une vitesse de 230 km/h. Des capacités de largage trois fois supérieures à celles des Canadair de la flotte de la sécurité civile, chargés des attaques massives contre les incendies, mais aussi deux fois plus importantes que celles des Dash 8, qui assurent le gué aérien et peuvent être remplis d’eau.
Pas de courses aux capacités
« Comme tous les projets sur le marché, nous regardons cette initiative avec attention, mais nous n'avons pas encore eu de réponse positive quant à un test grandeur nature pour vérifier son emprise au sol et ses capacités de largage », affirme à L’Usine Nouvelle Adeline Savy, chef du groupement des moyens aériens à la direction générale de la sécurité civile et de la gestion des crises (DGSCGC). Et de rajouter : « nous ne courons pas derrière des appareils de plus grandes capacités ». Comment expliquer cette réserve ?
D’abord parce que l’A400M ne peut écoper en mer ou au niveau des étendues d’eau, contrairement au Canadair, fabriqué par De Havilland Canada. En outre, l’appareil, très imposant, est loin d’être aussi manoeuvrable. « Il faut encore évaluer également ses capacités d'emplois au niveau d'un relief accidenté », relève Adeline Savy. Autre point : les incendies sont en bonne partie éteints grâce à l'effet de souffle de l'eau. « Or, si l'eau est larguée trop en altitude avec des appareils moins manœuvrants, elle se disperse et perd de son efficacité », estime-t-elle encore.

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Des coûts d'exploitation largement supérieurs
Du côté des pilotes de la sécurité civile, on fait aussi part de sérieux doutes quant à la capacité de l’A400M de se transformer en bombardier d’eau. Interrogés par L’Usine Nouvelle début juin lors du déplacement du président Emmanuel Macron à l’aérodrome de Nîmes-Garons (Gard), certains mettent en avant les coûts d’exploitation d’un quadrimoteur qui promettent d’être bien plus importants que ceux des engins actuels. Quant à la possibilité d’un atterrissage sur la plage pour refaire le plein d’eau, elle est perçue comme inenvisageable concrètement.
La gestion de la flotte des moyens aéroportés de la sécurité civile est pointée du doigt depuis plusieurs années, et plus encore depuis l’été 2022. Les 12 Canadair français ont une moyenne d’âge de 25 ans. Il faut dire que l’arrêt de la production de ces appareils en 2015 par De Havilland Canada a compliqué la tâche pour les renouveler. Alors que l’industriel est en train de remettre la production en marche, la sécurité civile va acquérir 4 exemplaires de ces bombardiers d’eau de nouvelle génération à partir de 2027. Elle compte ensuite remplacer les appareils existants mais rien ne dit qu’ils le seront par de nouveaux Canadair. Pour la sécurité civile, les jeux sont ouverts.



