Huawei a lancé, le 26 mars 2020, sa nouvelle génération de smartphones vedettes P40. Au-delà des améliorations techniques en matières de processeur, mémoire, écran, capteurs photo ou design, cette gamme fait un clin d’œil aux consommateurs européens en embarquant par défaut le moteur de recherche français Qwant. Une première dans les mobiles.
Un moteur de recherche respectueux de la vie privée
Le champion chinois des mobiles se targue de proposer aux 220 millions de consommateurs en Allemagne, France et Italie, trois pays où Qwant sera fourni préinstallé dans le téléphone, un moteur de recherche plus respectueux de la vie privée que celui de Google équipant plus de 80% des smartphones écoulés dans le monde.
La réalité c’est que Huawei n’a pas le choix. Depuis mai 2019, il fait l’objet d’un embargo américain implacable qui le prive de tous les logiciels américains, y compris les applications mobiles de Google (moteur de recherche, messagerie Gmail, service de partage de fichiers Drive, YouTube, magasin d’applis Play Store…), qui constituent de loin l’écosystème mobile le plus répandu au monde. C’est la seconde fois après le lancement en 2019 du Mate 30 qu’il ne peut pas y accéder.
Huawei tente alors de développer son propre écosystème mobile. Pas si simple. "Avec sa nouvelle gamme de smartphones P40, Huawei réussit la prouesse de combiner performance technologique dans le hardware et une expérience photo optimale basée sur l’intelligence artificielle, estime Thomas Husson, analyste au cabinet Forrester. Même s’il accélère ses efforts pour travailler avec les éditeurs, les développeurs et les marques, les consommateurs ne seront pas dupes et son magasin App Gallery est encore très loin d’offrir une alternative au Play Store de Google. Il faudra beaucoup plus de temps, d’effort et d’argent pour qu’il puisse concurrencer l’écosystème d’applis et de services de Google. "
Chute à la troisième place
Ce lancement intervient à un moment particulièrement difficile pour la marque chinoise. A l’heure du Covid-19, il fait face à la rupture de sa chaîne logistique et à l’effondrement de son marché local dont il dépend plus que jamais du fait de l’embargo américain qui limite son déploiement à l’international. Et l’impact se voit déjà dans les chiffres de février 2020. Selon le cabinet Counterpoint, il a chuté à la troisième place, derrière Samsung et Apple, alors qu’il était numéro deux mondial du marché en volume depuis le deuxième trimestre 2018 et qu’il espérait détrôner Samsung en 2020.
"Malgré tout, les acteurs de la Tech auraient tort de sous-estimer la capacité de rebond de Huawei, comme ils ont sous-estimé son ambition à devenir leader, il y a plusieurs années, dans les équipements télécoms, prévient Thomas Husson. La culture chinoise s’inscrit dans le temps long et Huawei dispose de relais de croissance en Asie et dans de nombreux pays en développement, à commencer par l’Afrique. "
Counterpoint 


