Le groupe pétrolier américain Chevron va mettre la main sur des milliards de barils de pétrole supplémentaires. Lundi 23 octobre, l’entreprise californienne a annoncé le rachat de Hess Corporation pour 53 milliards de dollars (60 milliards dette comprise ndlr). Fondée par un aristocrate britannique en 1919, le groupe pèse actuellement 49 milliards d’euros à la bourse de New-York et emploie 1 600 personnes dans le monde.
Hess Corporation possède deux points forts bien identifiés par Chevron. Le premier est son importante production de pétrole et de gaz de schiste aux Etats-Unis. Exploité depuis 1957, le champ du Bakken (Dakota du Nord) permet notamment à l’entreprise de produire actuellement entre 165 000 et 170 000 barils par jour. Le second, au moins aussi important, est sa participation dans le gigantesque et récent gisement du Guyana.
Le pétrole américain est redevenu stratégique
Engagés dans un virage stratégique depuis le milieu de la décennie 2010, les majors américaines surfent sur le pétrole de schiste produit sur leur sol pour faire baisser les coûts et ne plus dépendre des fluctuations de la production mondiale imposées par l’OPEP. Entre 2010 et 2020, la production de pétrole américaine est ainsi passée 5,5 à 13 millions de barils par jour. «Nous sommes indépendants, nous ne dépendons plus du pétrole du Moyen-Orient», avait résumé Donald Trump en 2020, lorsqu'il était président des États-Unis.
Dans ce contexte, Chevron a réalisé 35,4 milliards de dollars de bénéfices dans le monde en 2022 et a augmenté sa production de pétrole aux États-Unis de 4%. «Les actifs de Hess à Bakken ajoutent une autre position de leader dans le schiste américain aux opérations de Chevron», indique l'entreprise qui mise sur ce rachat pour asseoir sa position sur le marché.
Des actifs dans les immenses ressources du Guyana
Le second précieux point fort de Hess sont ses actifs au Guyana. Alors que l'offre pétrolière est insuffisante au niveau mondial, ce petit pays d’Amérique du Sud possède d’immenses ressources pétrolières au large de ses côtes. Ces dernières n’ont été mises au jour qu’en 2015 avec la découverte par le groupe américain ExxonMobil du gisement Liza dans le bloc Stabroek. Cette dernière en possède 45% aux côtés de Hess (30%) et de l’entreprise chinoise CNOOC (25%).
Véritable poule aux œufs d’or pour l’industrie pétrolière, ses réserves sont estimées à 11 milliards de barils de pétrole. La rente ne fait que commencer pour ses bénéficiaires, puisque la production doit passer de 125 000 barils par jour (b/j) en 2021 à 800 000 b/j en 2025. Pour sa part, Hess prévoit que sa part atteigne environ 100 000 barils de pétrole par jour au Guyana. En 2023, l'entreprise a concentré 46% de ses investissements d’exploration-production dans le pays soit 1,7 milliards de dollars. «Notre programme d'investissement reflète l'exécution continue de notre stratégie d'investir uniquement dans des opportunités à haut rendement et à faible coût au sein de notre portefeuille», indiquait au début de l’année John Hess, PDG de l’entreprise.
Hess possède d’autres actifs dans le monde répartis en Malaisie, en Thaïlande et dans le golfe du Mexique. La transaction doit être finalisée au premier semestre 2024.



