[Actualisé le 21 décembre] - Nouvelle gouvernance pour le groupe coopératif Tereos qui sort d'une longue crise interne. Le conseil d'administration, tenu vendredi 18 décembre à Senlis (Oise), a débarqué l'ancienne direction accusée d'avoir fragilisé l'outil de 12 000 planteurs à cause d'un fort endettement. La victoire est totale pour Gérard Clay, un exploitant de betteraves et de céréales des Hauts-de-France, âgé de 61 ans, élu à la présidence du numéro deux mondial du sucre. Ancien président de la coopérative des Hauts-de-France avant sa fusion avec Tereos, il critiquait depuis trois ans les résultats de la stratégie d'internationalisation mise en place par le président du directoire, Alexis Duval, pour accompagner la fin des quotas en Europe. En 2019, inquiet des comptes des filiales internationales de Tereos, Gérard Clay, alors vice-président de la coopérative, avait interpellé le conseil de surveillance, avec deux autres coopérateurs, Gilles Bollé et Xavier Laude. Petit-fils du fondateur de la coopérative, Alexis Duval avait succédé à son père Philippe, en 2012, à 34 ans. Démis de ses fonctions par le conseil de surveillance, il est remplacé par Philippe de Raynal, qui a, notamment, dirigé le groupe céréalier Axéreal, de 2011 à 2017. Il était depuis associé gérant chez OT consulting, un cabinet de conseil en finances dans l'agroalimentaire.
L'origine de la fronde
Depuis trois ans, une fronde interne agite Tereos, coopérative sucrière aux 4,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires. A l'origine du conflit: la stratégie d'internationalisation et de diversification entamée par le numéro 1 français du sucre pour anticiper la fin des quotas européens.
En 2017, alors que la dette de la coopérative explose, les frondeurs comme ils se font appeler, demandent aux membres du directoire, l'instance qui gère la stratégie de l'entreprise, des précisions sur la santé financière de la coopérative. Ils s'inquiètent notamment de la situation en Roumanie et au Mozambique où le groupe a développé des activités.

- 1102.98+6.11
Mars 2026
Huile de palme - Malaisie$ USD/tonne
- 472.5+2.86
Mars 2026
Graines de soja - Etats-Unis$ USD/tonne
- 658.25+5.07
Mars 2026
Phosphate diammonique (DAP)$ USD/tonne
Opposés à l'internationalisation et à la diversification portées par le président démis du directoire, Alexis Duval, qui ont permis au groupe de retrouver des résultats proches du niveau d'avant la suppression des quotas européens, les frondeurs demandaient un recentrage sur les activités sucrières en Europe.
Une bataille judiciaire débutée en 2018
E 2018, face à ce qu'ils qualifient de«manque de transparence», plus de 70 contestataires démissionnent en bloc pour dénoncer «une gouvernance défaillante»
De son côté, le conseil de surveillance, composé de 25 membres élus lors de l'Assemblée générale représentant les 12 000 planteurs de la coopérative, décident d'exclure trois des coopérateurs frondeurs. L'étincelle qui met le feu au poudre. Les trois exclus se tournent vers la justice qui, en décembre 2018, leur donne raison.
En parallèle, en mars 2019, des coopérateurs déposent une plainte contre X pour "actes de terrorisme et complicité d'actes de terrorisme". En cause : les livraisons vers la Syrie de sorbitol par le géant français jusqu'en 2017. Cette dernière sera finalement classée sans suite. Les frondeurs à l'origine de la plainte sont, par ailleurs, condamnés pour "dénonciations calomnieuses" envers leur coopérative le 26 novembre dernier.
L'assemblée générale du 30 novembre
Malgré cette décision judiciaire, lors de l'assemblée générale qui s'est tenue le 30 novembre dernier, trois contestataires sont élus parmi les 25 membres du conseil de surveillance.
Cette élection modifie le rapport de force au sein de la coopérative et offre aux frondeurs la possibilité de faire basculer la majorité... Ce qui leur a permis, vendredi 18 décembre 2020, de faire élire l'un des leurs à la présidence.
Le nouveau conseil de surveillance devait se réunir le mardi 15 décembre, mais Jean-Charles Lefebvre, l'ancien président, avait engagé, lundi 14 décembre, une procédure en justice pour demander la suspension du mandat des trois nouveaux membres du conseil. Ces derniers avaient refusé de démissionner à la suite de leur condamnation.
Sans attendre le résultat de cette dernière action en justice, 14 membres du conseil de surveillance avaient envoyé, de leur côté, une lettre aux coopérateurs demandant la tenue d'un conseil de surveillance le vendredi 18 décembre. Avec le résultat que l'on sait.



