Gebetex Tri Normandie, spécialiste du tri de textiles en vue de leur revente à des friperies en France et à des grossistes en Afrique, investit 15 millions d’euros dans un nouvel outil industriel à La Chapelle-Longueville (Eure) à côté de Vernon où il est installé aujourd’hui. La nouvelle usine devrait être opérationnelle fin 2022.
"L’investissement porte sur la construction d’un nouveau bâtiment de 6 600 m² pour lequel nous avons déposé un permis de construire et sur l’acquisition d’une grosse machine de manutention de textiles de seconde main", explique Jean-Mayeul Bourgeois, co-gérant de Gebetex Tri Normandie (1,9 million d’euros de chiffre d’affaires avec 18 salariés) avec son frère Paul-Antoine Bourgeois.
Gebetex Tri Normandie achète ses textiles à sa société-mère Gebetex Collecte (2,7 millions d’euros de chiffre d’affaires avec 5 salariés) installée aussi à Vernon qui achète les textiles dans toute la France auprès d’associations caritatives et localement auprès d’entreprises d'insertion. Gebetex Collecte est détenue par la fratrie Bourgeois (Jean-Mayeul, Paul-Antoine et Anne-Solesmes) et le groupe néerlandais Boer (recyclage des textiles). Si la famille Bourgeois investit aussi lourdement, c’est parce qu’elle estime que le marché est très porteur. "A un bout de la chaîne, il y a de plus en plus de textiles à trier et à l’autre bout, on constate une accélération de la consommation de vêtements de seconde main. Au milieu, il faut des trieurs comme nous", résument les frères Bourgeois.
Changer de braquet
Les clients de Gebetex Tri Normandie sont les friperies et les grossistes en Afrique, les entreprises qui transforment les textiles en chiffons d’essuyage, les industriels qui après avoir effiloché les textiles, les proposent au secteur du bâtiment, de l’automobile, de l’électro-ménager pour en faire des isolants. Un autre marché pourrait émerger, celui du recyclage de textiles usagés à partir de matières effilochées. Mais ce recyclage bute sur un obstacle. Le processus de recyclage requiert des "mono matières" pour pouvoir refabriquer du fil. Or, les textiles sont généralement composés de plusieurs matières qu’il est difficile de séparer. Une problématique bien connue aussi dans le secteur des plastiques.
La nouvelle machine de manutention, pour laquelle Gebetex Tri Normandie a obtenu une aide de France Relance de 800 000 euros, devrait permettre de réduire la manutention manuelle des textiles, optimiser la rentabilité de l’entreprise et changer de braquet. "Aujourd’hui nous trions 4 000 tonnes de textiles par an provenant de toute la France. Avec ce nouveau centre de tri, nous prévoyons de monter à 10 000 tonnes" annonce Jean-Mayeul Bourgeois. Concrètement, cet outil de manutention chargera et déchargera les camions, acheminera les vieux vêtements sur les postes de premier tri et deuxième tri, puis vers les presses qui compriment les textiles pour leur compactage en balles. Les textiles iront soit dans une presse "à grosses balles" (450 kg) soit dans une presse "à petite balles" (55 kg), les deux formats alimentant différents types de marchés.
Mais si Gebetex Tri Normandie industrialise sa manutention, elle mise, en parallèle, plus que jamais sur le tri manuel de ses textiles qu’elle vend au kilo ou à la tonne sur le marché français, européen ou africain. Une trentaine de recrutements est par ailleurs envisagée dans le tri d’ici fin 2022. "Nous transférons en quelque sorte la masse salariale de la logistique vers le tri", indique l’entreprise qui est notamment en concurrence avec les entreprises d’insertion pour cette activité de tri. "Nos salariés reçoivent une formation de six à huit mois. Nous estimons que la professionnalisation et le bien-être des salariés est indispensable parce qu’elle évite le turn-over et nous permet de maintenir un bon niveau de qualité" ajoute Jean-Mayeul Bourgeois. L’enjeu est la qualité du tri, explique-t-il. Le classement "haut de gamme" de vêtements doit être "constant dans la durée, sans variation de qualité".



