La reconversion de la friche industrielle de l’ancienne raffinerie Petroplus de Petit-Couronne près de Rouen (Seine-Maritime) vient de franchir une nouvelle étape. Après avoir reçu le permis de construire de la commune pour construire un entrepôt logistique de 150 000 mètres carré (sur trois niveaux) destiné à l’e-commerce, la société Gazeley, spécialiste d’immobilier logistique, a reçu jeudi 11 mars l’autorisation d’exploiter de la part de l’Etat, via le Préfet de Seine-Maritime.
Cet entrepôt logistique qui est une installation classée relève en effet du régime de l’autorisation environnementale de l’Etat. Cette autorisation fait suite à l’arrêté préfectoral relatif à la fin des travaux de dépollution réalisés par Valgo depuis 2014 sur le site de l’ancienne raffinerie.
Amazon, client présumé de Gazeley
Mais certains obstacles vont se dresser sur le chemin. « Nous avons un recours gracieux de France Nature Environnement contre notre permis de construire », précise le maire de Petit-Couronne et retraité de la raffinerie Petroplus Joël Bigot, qui n’ignore pas que son projet est, d’une façon générale, « contesté par les anti-Amazon ». Car Amazon est le client présumé de Gazeley pour cette plateforme, même si nom ne figure encore dans aucun document officiel.
Le géant de l’e-commerce cherche à implanter des centres de distribution - qui reçoivent les marchandises et préparent les commandes - dans le grand Ouest de l’Hexagone où il n’en a aucun. Amazon dispose depuis 2020 de deux agences de livraison de proximité, l’une à Carquefou près de Nantes (Loire-Atlantique) et l’autre à Saint-Etienne-du-Rouvray près de Rouen.
« Gazeley va pouvoir dérouler son projet. C’est une bonne nouvelle car c’est la perspective de faire revenir de l’emploi à Petit-Couronne », explique à l’Usine Nouvelle Joël Bigot. Selon lui, c’est un millier d’emplois qui seront nécessaires pour faire fonctionner cette plateforme logistique qui tournera 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, censée traiter 330 000 colis par jour.
Le risque incendie et le spectre Lubrizol
L’arrêté préfectoral du 11 mars 2021 autorisant la réalisation de cet entrepôt fait suite à un avis favorable du Conseil départemental de l’environnement et des risques sanitaires et technologiques (Coderst) de janvier 2021 et à l’avis favorable du commissaire-enquêteur Philippe Breton le 20 octobre 2020. Ce dernier avait cependant prié Gazeley « d’expliciter les mesures de protection, détection et lutte contre les risques d’incendie, en réponse aux observations du Service d’incendie et de secours (SDIS) de Seine-Maritime ».
Un premier rapport du SDIS (14 juin 2020) avait mis en avant une « impossibilité opérationnelle de limiter la propagation de l’incendie » pour les pompiers empêchés de pénétrer dans le bâtiment, en cas de non maitrise de l’incendie par le système de sprinklage (système d’extinction automatique du feu). Un second rapport (14 août 2020) pointait le fait qu’en cas d’incendie généralisé à tout le bâtiment, « le volume de fumée produit sur le site (5 hectares, Ndlr) serait supérieur à celui produit lors de l’incendie du 26 septembre concernant les sites de Lubrizol (3 hectares) et de NL Logistique ». La lecture de ces deux rapports avait conduit les élus de la Métropole de Rouen - à une très large majorité de 82 voix sur 113 - à ne pas approuver en octobre 2020 le projet d’implantation de Gazeley.
Des rideaux thermiques pour l’entrepôt
Pour sa défense, Gazeley avait indiqué que ses sprinklers avaient été « développés pour lutter contre des feux de sévérité élevée » et qu’il avait prévu un système d’alimentation en eau par pompage dans la Seine, « une ressource en eau illimitée ». Il déclarait avoir considérablement investi dans la sécurité pour ce projet, avec un budget sécurité (8 % du projet), « deux fois supérieur à celui d’un projet logistique standard ».
Mais il lui a fallu revoir certaines dispositions de son projet à la demande de l’Etat et à partir de propositions du SDIS qui a donné son feu vert au projet lors du Coderst de janvier 2021. Les aménagements apportés portent notamment sur le compartimentage du bâtiment (étages 1 et 2) en trois plateaux par des rideaux coulissants coupe-feu. Ces équipements appelés rideaux thermiques visent à circonscrire un éventuel incendie généralisé et à diminuer les fumées potentielles. « L’exploitant a fait évoluer son projet en y intégrant les recommandations du SDIS 76 figurant dans les rapports du 12 juin et du 14 août » précise la Préfecture de Seine-Maritime dans un communiqué jeudi 11 mars.


