L’Inde entre à son tour dans la course à la production de semi-conducteurs. Le gouvernement de l’Etat de Gujarat et le groupe indien minier Vedanta ont annoncé, le 13 septembre, avoir conclu un protocole d’accord en vue de l’établissement à Ahmedabad, la capitale de l’Etat, de la plus grande usine de puces électroniques. Le projet comprend également la création sur le même site d’une usine d’écrans LCD de génération 8,5 et d’une usine d’assemblage et d’encapsulation de semi-conducteurs. L’investissement total envisagé se monte à l’équivalent de 19,4 milliards de dollars : 11,8 milliards de dollars pour l’usine d’écrans plats et 7,6 milliards de dollars pour les usines de production et d’encapsulation de puces. Avec la promesse de créer quelques 100 000 emplois.
Le groupe Vedanta est présent dans les métiers de l'extraction de minerais, de pétrole et de gaz, du BTP, des substrats en verre et des équipements de réseaux, mais pas dans ceux des écrans plats ni des semi-conducteurs. Pour accéder à ce précieux savoir-faire, il s’est associé à un partenaire de choix : Foxconn. Le géant taïwanais de l’électronique, connu comme principal assembleur de l’iPhone d’Apple, maîtrise la production des écrans LCD à travers deux fabricants dont il détient une partie du capital : le taïwanais Innolux et le japonais Sharp. A coup d’énormes investissements ces cinq dernières années, il s’est aussi développé dans les semi-conducteurs pour servir ses ambitions de diversification dans la santé connectée, la robotique et récemment les véhicules électriques.
Soutien significatif de l'Etat indien
Le projet indien sera réalisé par une coentreprise détenue à 60% par Vedanta et 40% par Foxconn. L’Etat du Gujarat promet un soutien significatif. Le gouvernement central du Premier ministre Narenda Modi salue l’initiative et devrait, lui aussi, apporter son aide. Car l’enjeu pour l’Inde est d’avancer vers l’autosuffisance dans les semi-conducteurs. A l’instar de ce que fait la Chine depuis 2015. Son plan, annoncé en juin 2022, prévoit d’investir 30 milliards de dollars pour faire du pays une nation de hautes technologies et sécuriser sa chaîne d’approvisionnement dans les puces.
Géant économique mondial, l’Inde reste un nain dans les semi-conducteurs, dépendant dans ce secteur stratégique des importations. Son marché est estimé à 27,2 milliards de dollars en 2021, à peine 5% du marché mondial. Mais le pays est en train de s’imposer comme le deuxième hub mondial de production électronique, derrière la Chine. Un développement tiré par l’explosion de ses besoins internes mais aussi par la stratégie des gros équipementiers électroniques comme Apple de délocaliser une partie de leur production de Chine vers l’Inde. Le but est d'éviter les perturbations récurrentes liées au Covid et de se protéger de l'impact des tensions entre Pékin et Washington. Le marché indien des semi-conducteurs pourrait bondir à 64 milliards de dollars en 2026 et dépasser les 110 milliards de dollars en 2030, selon les projections du gouvernement.
Pari sur une technologie mature
La mise en service de l’usine de puces par Vedanta et Foxconn est prévue dans deux ans. Elle débutera la fabrication avec une finesse de gravure de 28 nanomètres. Une technologie plutôt mature, mais jugée suffisante pour remplir le gros des besoins du marché indien dans l’automobile, le ferroviaire, la santé, l’industrie et la défense.



