C’est un projet inédit que l’Ispa (anciennement Polyvia Formation) a lancé à l’occasion de la Journée Technologique de Polyvia qui s’est tenue le 7 novembre dernier sur son campus d’Alençon. Subventionné par l’Etat à hauteur de six millions d’euros via l’appel à manifestions d’intérêt (AMI) « Compétences et métiers d’avenir » dans le cadre du programme France 2030, le projet « Compétences Avenir Plasturgie Recyclabilité, Recyclage et Réincorporation de matériaux recyclés » (Cap3R) répond à un besoin croissant de compétences pour les industries utilisatrices de matières plastiques et composites en transition vers une économie circulaire et bas-carbone.
Pour ce faire, le consortium CAP3R associe deux acteurs du monde académique (l’Ispa, porteur du projet, et IMT Nord Europe) et quatre représentants du monde professionnel : Polyvia, le syndicat professionnel de la filière plasturgie et composites ; Unitex, l’organisation professionnelle du textile en Auvergne Rhône-Alpes ; NAE, le réseau des professionnels de l'aéronautique, du spatial, de la défense et de la sécurité en Normandie ; et SRP, le Syndicat des régénérateurs de matières plastiques. Une approche volontairement décloisonnée pour aller plus vite et plus loin. « Nous avons l’habitude de répondre à des AMI de l’Etat avec Polyvia mais cette fois-ci, nous avons voulu nous rapprocher d’autres acteurs liés aux polymères et composites, retrace Emilie Parfait, pilote du projet Cap3R pour l’Ispa et le consortium. A nous tous, nous couvrons tous les secteurs prioritaires identifiés dans le plan France 2030. » Ce partenariat intersectoriel a obligé le consortium à innover afin de donner au projet une structuration modulaire. Pour construire les fiches action, huit typologies de livrables ont ainsi été déterminées collectivement puis chaque acteur a décidé de se positionner ou non sur chacun en projetant des objectifs individuels et collectifs.
Cinq ans pour atteindre les objectifs
Tous les membres du consortium sont unanimes pour souligner l’enjeu d’attractivité. « Nous nous sommes engagés dans Cap3R pour poursuivre le travail sur l’attractivité de la filière textile engagé avec les projets Perfect et Perfect’r pilotés par Unitex entre 2017 et 2023 dans le cadre du Programme d'investissements d'avenir », explique Laurence Allois, responsable Formation, Emploi et Compétence chez Unitex. « 2000 à 2500 postes sont ouverts chaque année et nous avons des besoins sur toute la chaîne », abonde Philippe Eudeline, président de NAE, qui pointe aussi la nécessité de mettre en adéquation les besoins en compétences et les formations. « L’un des objectifs de notre fiche d’action est de construire des modules de formation à tous les niveaux sur le recyclage et la recyclabilité des produits de notre filière », confie Philippe Eudeline. La construction de nouvelles formations - de bac-3 à bac+8 -et l’adaptation des cursus actuels est aussi au cœur d’une des deux fiches d’action dans lesquelles sont engagés l’Ispa et IMT Nord Europe. Quant à la seconde, elle est orientée sur la formation par la recherche et l’attractivité pour faire émerger de nouvelles connaissances. « Le projet prévoit l’encadrement de six thèses dont une ciblée sur des méthodes pédagogiques innovantes menée par l'équipe du pôle Innovation pédagogique de IMT Nord Europe », indique Mylène Lagardère, enseignante chercheuse à IMT Nord Europe. Pour Benoit Dorsemaine, directeur Emploi-compétences et Animation territoires chez Polyvia, « le sujet de la décarbonation est central pour les industriels de la filière qui doivent et veulent être une force dans ce changement. Cap3R est un projet qui va nous permettre de les accompagner dans leurs besoins et d’ouvrir de nombreuses possibilités au plus proche d’eux. » Sur cette question des territoires, l’Ispa s’est d’ailleurs fixé un objectif d’attractivité et d’essaimage très ambitieux. « D’ici à 2030, nous visons l’implantation de nos formations dans douze régions de France, annonce Emilie Parfait. Pour cela, nous avons besoin que les acteurs du monde professionnel mobilisent leurs écosystèmes respectifs pour nous aider à prioriser les territoires et les partenaires. » Pour garantir la réussite du projet, les partenaires savent qu’ils devront veiller à maintenir la dynamique et la cadence du projet, la cohésion du groupe et l’équilibre des intérêts. Avec en ligne de mire, deux objectifs à atteindre collectivement : former et sensibiliser respectivement 2000 et 10 000 personnes aux enjeux de la décarbonation et du recyclage des matériaux d’ici à 2030.



