Figeac Aéro supprime 320 postes et pourrait jouer un rôle dans la consolidation du secteur

L’équipementier aéronautique Figeac Aéro compte supprimer 320 postes au sein de son usine de Figeac (Lot). L’hypothèse que l’entreprise joue les premiers rôles dans la consolidation du secteur n’est pas à exclure.

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Figeac Aero
Le sous-traitant lotois Figeac Aéro compte supprimer 320 postes sur son site principal à partir de janvier 2021.

Il ne s’est malheureusement pas trompé. "Il est à craindre qu’il y ait des PSE", avait expliqué à L’Usine Nouvelle, en juillet dernier, Eric Trappier, le président du groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales (GIFAS). Sa prédiction prend corps et touche l’un des champions français de l’aéronautique : Figeac Aéro. Le sous-traitant a annoncé jeudi 27 août un plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) visant à supprimer 320 postes au niveau de son usine de Figeac (Lot), sur un total de 966 postes, soit environ un tiers des effectifs. Le processus de consultation a été lancé avec les partenaires sociaux avec pour objectif une mise en œuvre du PSE à dès janvier 2021.

Comme tous les acteurs de la filière aéronautique, Figeac Aéro est confronté à une chute sans précédent de la demande. Les restrictions de déplacements dans le monde entier liées à l’épidémie de Covid-19 ont mis le trafic aérien à terre, entraînant dans sa chute les compagnies aériennes et par effet d’entrainement l’ensemble des maillons de l’industrie aéronautique. Alors qu’Airbus mise sur une réduction de la production de 40% en 2020 et en 2021, Figeac Aéro subit en particulier les baisses de cadences de l’A350.

Une chute vertigineuse de la production

"En tant que sous-traitant, Figeac Aéro reste dépendant des livraisons des constructeurs qui demeurent incertaines compte tenu de la santé financière des compagnies aériennes et de la reprise du trafic aérien mondial, confiait à L’Usine Nouvelle, début juillet, Didier Roux, le directeur général adjoint du groupe, dans le cadre d'une enquête consacrée à la consolidation du secteur. Nous savons que la crise va être durable et que le secteur de l'aéronautique connaîtra une baisse de ses effectifs et Figeac Aéro devra s’adapter comme l’ensemble de la filière." Le dirigeant évoquait alors un niveau de production, depuis mars, compris entre 30 et 50% par rapport à 2019 et à une remontée en septembre autour de 60 et 70%, soit "une baisse de charge durable comprise entre 30 et 40%".

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De fait, le PSE annoncé par le sous-traitant fait suite aux annonces de suppressions de postes déjà effectués dans des groupes tels qu’Airbus, Daher ou bien encore Sogeclair. Pour le moment, Figeac Aéro avait actionné d’autres leviers pour adapter ses effectifs à la baisse de régime généralisée du secteur. Sur le site de Figeac, le chômage partiel a concerné plus de 50% des salariés depuis le début de la crise, en mars dernier. Le groupe a également diminué le recours aux intérimaires et joué sur le non-renouvellement des contrats courts. A l’international, Figeac Aéro a réduit d’environ 30% ses effectifs au sein de ses filiales low cost (Mexique et Maghreb) et aux Etats-Unis. Les effectifs du groupe sont passés de 3600 collaborateurs fin mars à 3000 aujourd'hui.

Et si ACE Management entrait dans la danse...

Parmi les meilleurs élèves de la classe aéronautique en France, habitué à afficher une croissance constante, Figeac Aéro se voit contraint à une sévère cure d’austérité. Et n’échappe pas à l’effet ciseau qui menace désormais tous les acteurs de la filière : après avoir fortement investi pour suivre les hausses de cadences de production, équipementiers et sous-traitants doivent freiner des quatre fers. Figeac Aéro accusait d’ailleurs 282 millions d’euros de dettes, lors de la présentation fin mars de ses résultats annuels 2019/2020, pour un chiffre d’affaires de 447 millions d’euros. Depuis, le groupe a obtenu un Prêt garanti par l'emploi (PGE) de 80 millions d'euros.

Entre cette situation financière et la nécessaire consolidation de la filière pour résister à la crise, Figeac Aéro pourrait trouver une porte de sortie dans les prochains mois… "Figeac Aéro n’envisage pas de procéder à des acquisitions, mais en tant que fournisseur de référence n° 1 européen, nous pourrions être sollicité dans le cadre d’une consolidation du secteur", lâchait à L’Usine Nouvelle Didier Roux, toujours en juillet dernier. Dès lors, plusieurs scénarios seraient envisageables.

Et certains experts d’imaginer une prise de participation d’ACE Management (Tikehau Capital), en charge du fonds "ACE Aéro Partenaires", voulu par le gouvernement dans le cadre du plan de relance du secteur annoncé en juin dernier. "ACE possède par ailleurs déjà des parts dans certains concurrents de Figeac Aéro, tels que Mecachrome, Nexteam et We ARE, souligne un dirigeant proche du dossier. ACE serait en bonne position pour mener une telle consolidation. Reste qu’il faut encore s’assurer que les synergies potentielles soient vraiment intéressantes."

Autre scénario ? Celui d’un rapprochement avec des entreprises complémentaires qui pourraient favoriser une intégration verticale, comme avec les grands ensembliers tels que l’américain Spirit. Ce dernier est en train de réaliser l’acquisition d’Asco, acteur belge de l’usinage concurrent de Figeac Aéro. Le groupe lotois fondé par Jean-Claude Maillard en 1989 va devoir bien négocier ce virage historique.

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