Une page se tourne à Berlin. Après seize ans de règne, la chancelière Angela Merkel a choisi de ne pas briguer de nouveau mandat lors des élections législatives le 26 septembre. Qui pour lui succéder à la tête de la première puissance économique européenne ? Les deux partis favoris des sondages ont désigné cette semaine leurs candidats. Les écologistes ont ouvert le bal, en intronisant Annalena Baerbock, une juriste de formation de 40 ans et qui codirigeait depuis trois ans le parti des Verts.
En face, le processus a été plus laborieux pour les conservateurs. Après une longue guerre fratricide, la CDU de la chancelière sortante et son alliée bavaroise de la CSU ont finalement tranché en faveur du peu flamboyant Armin Laschet, 60 ans, ministre-président de la Rhénanie Westphalie, région la plus peuplée d’Allemagne.
Dans la course électorale très ouverte, la candidate écologique a de sérieuses chances, a minima de participer à la prochaine coalition. Au lendemain de l’annonce du casting définitif – le SPD a déjà depuis des mois son candidat mais est en perte de vitesse, un sondage a mis pour la première fois « die Grünen » (Les Verts) en tête, avec 28 % des intentions de vote, devant les chrétiens démocrates plombés par leurs tensions internes et des scandales de favoritisme concernant des commandes publiques de masques chirurgicaux en pleine pandémie.
L’échéance du 26 septembre est encore loin. Mais la campagne électorale qui débute va être suivie de près à Paris comme à Bruxelles. La bonne entente du couple franco-allemand est indispensable pour faire progresser l’Europe de la défense et appuyer le volontarisme industriel qu’essaye de relancer Thierry Breton. Du nouvel équilibre issu des élections allemandes dépendra en partie la capacité de l'axe Paris-Berlin à avancer son agenda .
Les Verts pour la fin du zéro déficit
Paris ne devrait pas voir d’un mauvais œil certains points du programme de 137 pages des Verts, alors que la CDU n’a pas encore publié le sien. Proeuropéen, converti au réalisme en économie, le parti d’Annalena Baerbock est prêt à remettre en cause la sacro-sainte règle du zéro déficit budgétaire, le «schwarze Null», pour dépenser davantage dans la transition énergétique et les infrastructures. Une évolution que réclamait de façon récurrente les partenaires européens de l'Allemagne. Les écologistes visent 100 % de véhicules propres à l’horizon 2030 dans les nouvelles immatriculations et plaident pour un durcissement des normes d’émissions de CO2 dans l’automobile, une accélération des investissements dans les semi-conducteurs et l’arrêt du gazoduc Nord Stream 2, quasi achevé.
Un point pourrait en revanche accentuer les frictions entre les deux capitales : le sort du nucléaire. Dix ans après la sortie de l’atome outre-Rhin, les Verts veulent mettre un coup d’arrêt aux activités des deux derniers sites de production de combustibles allemands, dont celui de Framatome, à Lingen et entendent surtout porter leur combat au niveau européen. Bruno Le Maire, qui espère profiter de la présidence française de l’Union européenne début 2022 pour avancer la cause du nucléaire comme énergie verte dans la taxonomie européenne, pourrait trouver un partenaire coriace.



