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Féminiser l’industrie, un combat qui se joue déjà au pied du sapin

Avec moins d’un tiers de femmes dans ses entreprises en 2020, l’industrie est encore loin de remporter le combat pour la parité. Pour lutter contre les stéréotypes et le manque de légitimité que ressentent les femmes, il faut agir dès l’enfance.

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Féminiser l'industrie enfance
Cinquante ans après l’ouverture aux femmes de son cycle ingénieur, l'Ecole Polytechnique ne compte, selon le dernier palmarès des écoles d’ingénieurs de L’Usine nouvelle, que 17 % d’étudiantes.

28,5 %. Telle était la part des femmes dans le secteur de l’industrie en 2020, selon l’INSEE. Si les entreprises cherchent à diversifier leurs équipes et sont de plus en plus incitées juridiquement à le faire (de la loi Roudy pour la parité en 1983, à la création, en 2018, de l’index égalité femmes-hommes), les travailleuses sont toujours largement minoritaires dans le domaine. La faute aux clichés selon Valérie Dubois, la responsable emploi de l’usine Renault Trucks à Bourg-en-Bresse (Ain), interrogée en 2020 par L’Usine nouvelle : «Elles ne postulaient pas, car elles se faisaient des idées fausses sur les conditions de travail». En effet, suite à l’ouverture des portes de cette entreprise aux candidates des agences d’intérim et de Pôle emploi, le pourcentage de femmes dans les équipes d’intérimaires est passé de 4 % à 20 % en trois ans.

Marie-Sophie Pawlak, fondatrice de l’association Elles bougent, qui, grâce à un système de marrainage, fait découvrir le monde de l’industrie à des jeunes filles, explique : «Ce qui les débloque, c’est l’identification à d’autres femmes. Il ne faut pas seulement en montrer avec un chalumeau à la main. L’industrie – moi je parle plutôt du secteur des technologies –, c’est aussi des sièges sociaux, des expériences internationales. Et on peut rester féminine.»

Agir sur les stéréotypes dès la petite enfance

Pour rendre l'industrie plus paritaire, les petites filles doivent comprendre dès leur plus jeune âge que les secteurs traditionnellement masculins ne leur sont pas fermés. Toutes les initiatives sont bonnes à prendre en la matière. Peugeot par exemple, ambitionne de briser les stéréotypes de genre en lien avec l’automobile et la conduite. Avec son initiative «Changeons le jeu !», lancée en décembre 2022, le constructeur offre la possibilité aux fillettes (mais aussi aux garçons s’ils le souhaitent) d’échanger un cadeau reçu à Noël contre un kit de miniatures Peugeot en édition limitée. «Peugeot offrira ainsi la possibilité à toutes les filles de jouer avec des petites voitures, en espérant développer leur confiance en elles et changer la perception de la société envers les femmes au volant», explique la filiale de Stellantis dans un communiqué.

S’appuyant sur l’étude «Les stéréotypes de genre associés à la conduite chez les préadolescents et adolescents français» de l’Institut national de recherche sur les transports et leur sécurité, la marque automobile explique que les femmes pensent être de mauvaises conductrices alors qu’elles causent moins d’accident que les hommes. «[Elles] manquent de confiance en elles quant à leur aptitude à conduire, car enfants elles n’ont pas été conditionnées à jouer avec des petites voitures et ainsi développer une certaine assurance. Les filles, à contrario des garçons, sont plutôt encouragées à jouer à des jeux doux, maternants, à avoir des comportements calmes et prudents».

Une opération de communication vertueuse qui pointe un manque de légitimité empêchant également de nombreuses lycéennes de rejoindre les filières scientifiques. «Une étude PISA a prouvé que le sentiment d’efficacité personnelle en science était moindre chez les filles que chez les garçons, à résultats égaux. […] Ce problème vient parfois des professeurs eux-mêmes, qui s’adressent dans les matières scientifiques plus souvent aux garçons qu’aux filles», expliquait en 2016 Claudie Haigneré dans un entretien pour la revue Géoéconomie.

Dans un clip vidéo qui met en scène une fillette rêveuse et avide d’expériences scientifiques, l’Ecole polytechnique encourage la gent féminine à rejoindre ses rangs. Cinquante ans après l’ouverture aux femmes de son cycle ingénieur, l’établissement ne compte, selon le dernier palmarès des écoles d’ingénieurs de L’Usine nouvelle, que 17 % d’étudiantes. Le média News Tank a quant à lui annoncé qu'au 8 décembre 2022, seules 42 écoles d'ingénieurs françaises étaient dirigées par des femmes, soit 20,8 %. Une augmentation de 3,7 points en deux ans mais un score pas à la hauteur de l’enjeu de féminisation de l’industrie, qui aurait beaucoup à gagner en se diversifiant davantage.

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