Fabriquer soi-même ou sous-traiter, le dilemme des start-up industrielles

Si le modèle de la start-up qui crée son usine a le vent en poupe, entrer dans le monde de la production n’est pas une évidence pour tout le monde.

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Iten industrialise la production de ses microbatteries à Dardilly
Iten produit ses micro-batteries à Dardilly (Rhône).

Créer son usine est-il une étape incontournable ? Approvisionnement, compétences, cadences… L’industrie est un monde sévère pour les jeunes pousses, qui peuvent dilapider leurs maigres ressources en voulant passer ce cap. «Une start-up industrielle doit choisir ses combats : la tendance à tout internaliser n’est pas forcément un bon calcul», avertit Vincent Despatin, du bureau d’accompagnement Kickmaker, qui cite les drones Parrot, conçus en France mais produits en Chine, comme exemple d’externalisation réussie.

Entre produire en interne et déléguer, il n’y a pas de bon choix. Tout dépend des envies et du modèle d’affaires. Certains estiment n’avoir qu’une option possible. Sur le créneau des micro-batteries lithium-ion, «produire en interne est indispensable car nous sommes sur des innovations de procédé, qui sont confidentielles et sur lesquelles les sous-traitants n’ont pas d’expérience», juge le président d’Iten, Fabien Gaben. Cela « fait gagner du temps sur les phases de R & D et assure le contrôle qualité », abonde Louis de Lillers, à la tête de Corwave.

Mais le choix n’est pas toujours possible. Tiamat s’est ainsi résigné à produire chez un sous-traitant chinois, car «construire une usine de fabrication en propre coûtait trop cher», reconnaît son dirigeant, Hervé Beuffe. Déléguer sa production lui permettra de prouver les performances de sa batterie sodium-ion, mais aussi d’envisager une production sous licence pour l’Asie. Une stratégie qui a séduit. «Les frontières sont quasi fermées depuis deux ans, mais pendant longtemps, les start-up faisaient leur preuve de concept en France avant de partir six mois en Asie pour revenir avec un premier lot de production sur mesure», rappelle Vincent Despatin.

Aides de l’État

L’Hexagone a aussi des atouts, y compris pour ceux qui ne veulent pas d’usine. «La Chine est idéale pour avoir tous les composants en une journée, mais le Covid-19 complique tout… Produire en France apporte un gain environnemental et des aides à la réindustrialisation de l’État», estime Rudy Cohen, le directeur général d’Inbolt. Après avoir levé 3 millions d’euros pour développer son capteur destiné à rendre l’assemblage manuel intelligent, il prévoit de trouver un sous-traitant français « par le bouche-à-oreille entre start-up hardware », pour s’occuper de l’assemblage.

Cette option a été celle de Notilo Plus, dont le drone sous-marin est fabriqué dans les ateliers d’Axandus, chez EFI Automotive. «Produire en France est patriotique et pragmatique : cela apporte de la maîtrise alors que la pression par 200 mètres de profondeur ne supporte pas la médiocrité», juge son directeur, Nicolas Gambini. Avec 400 composants dans un seul drone, internaliser aurait été, selon lui, trop lent, complexe et inefficace. «Si vous mettez 1 million pour un projet d’usine neuve, c’est ça de moins pour des ingénieurs en intelligence artificielle.» Encore faut-il convaincre des partenaires d’accueillir des lignes, et donc de partager les risques d’échec. 

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Vous lisez un article du numéro 3706 de L'Usine Nouvelle - Mai 2022

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