[ETI de l'année] Léa Nature partage son succès

Première ETI à mission, Léa Nature devrait, en 2020, franchir la barre symbolique des 500 millions d’euros de chiffre d’affaires.

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C’est à Périgny, à proximité de La Rochelle, que le fabricant de produits bio et naturels a ouvert une usine de produits cosmétiques en 2018.

"Ma petite entreprise ne connaît pas la crise." Le fameux refrain d’Alain Bashung aurait pu être écrit pour Charles Kloboukoff, le fondateur de l’ETI familiale Léa Nature. Malgré le ralentissement de l’économie mondiale, l’entreprise fondée en 1993 par cet ancien de la grande distribution devrait, en 2020, franchir la barre symbolique des 500 millions de chiffres d’affaires, affichant une croissance de plus de 10 %. Des performances qui illustrent le succès grandissant de cette société qui, en moins de trente ans, s’est imposée comme le numéro deux du bio en France. "Notre projet initial était de proposer des produits sains, naturels et respectueux de la nature", se souvient le fondateur, toujours aux commandes de l’entreprise.

C’est par les compléments alimentaires que l’aventure de Léa Nature débute. Les concentrés de nutriments sont rapidement complétés par une gamme de thés, de tisanes et de plantes aromatiques. "À partir de notre travail sur les plantes, deux secteurs se sont naturellement imposés à nous : l’alimentation et la cosmétique", souligne Charles Kloboukoff. La diversification, signe caractéristique de cette entreprise de 1 600 salariés, est dès lors en marche. Depuis, le mouvement va crescendo en passant par les produits ménagers, ceux de l’hygiène et les aliments diététiques. En 2005, le groupe s’essaie même au textile avec le coton bio avant de renoncer face à la complexité de la filière. Aujourd’hui, Léa Nature réalise 69 % de son chiffre d’affaires dans l’agroalimentaire, 21 % dans la cosmétique, 6 % dans la santé et la diététique et 4 % dans les soins pour la maison. "Nous sommes un groupe atypique, car nous ne sommes pas spécialisés sur un seul segment", reconnaît Charles Kloboukoff.

Résultat, à coups d’acquisitions et de créations de sites industriels, Léa Nature compte désormais seize usines en France et trois à l’étranger. Le groupe distribue ses produits aussi bien dans les magasins spécialisés, dans la grande distribution que dans les pharmacies et les parapharmacies. Il réalise 11 % de son chiffre d’affaires à l’international. "Avoir plusieurs circuits de distribution est pour nous une priorité. Cela nous permet de réduire l’exposition au risque et de rendre le bio plus accessible", assure le fondateur.

Idéaliste, engagé…

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Abordable certes, mais pas à n’importe quelle condition. Pionnier du bio, Léa Nature lutte pour la construction de filières locales de qualité. Un combat que Charles Kloboukoff mène notamment au sein du think tank Bio Valeurs : "Nous voulons alerter les interprofessions sur la nécessité de préserver l’écosystème des entreprises historiques du bio en France." Depuis 2009, l’entreprise s’est lancée dans une politique de relocalisation de ses approvisionnements en France. Aujourd’hui, Léa Nature se fournit à 80 % en produits Made in France et à 40 % en produits équitables.

Ce grand altruiste, passé par une pension chez les jésuites, est persuadé du rôle de l’entreprise dans la société. Une conviction qui a poussé Charles Kloboukoff, en 2019, à changer les statuts juridiques de Léa Nature pour en faire la première ETI à mission. "Nous avions déjà une politique RSE ambitieuse, reconnue dès 2013 par le label Ecocert 26000 [il évalue la responsabilité sociétale au sein d’une organisation, ndlr]. Une fois, la loi Pacte votée, cela nous semblait naturel de transformer nos ambitions en obligations statutaires", précise Charles Kloboukoff. Dès lors, comme le stipule sa raison d’être, Léa Nature s’engage à "proposer des produits sains, naturels et biologiques respectueux de la santé et de la nature, accessibles au plus grand nombre, et favoriser les économies locales dans le domaine de l’alimentation, de la santé, de l’hygiène beauté et des produits pour la maison. Tout en s’assurant de son indépendance pour garantir la pérennité de notre mission, de nos implantations locales, de nos emplois et de notre développement".

Celui du territoire rochelais où l’entreprise est installée est particulièrement important pour l’entreprise comme l’illustre le soutien apporté au club de rugby local. "C’est un peu la reconnaissance du ventre. La ville nous a accueillis, nous a soutenus et a participé à notre succès, il est de notre devoir de redistribuer", ajoute le responsable qui se décrit lui-même comme un idéaliste.

… et philanthropique par nature

Mais le partage dépasse largement l’échelle locale : Léa Nature, en tant que membre du collectif 1 % for the Planet, qui réunit 360 entreprises parmi lesquelles Triballat-Noyal (propriétaire de la marque Sojasun), Nature et Découvertes et Terre d’Oc, reverse 1 % de son chiffre d’affaires à des associations de défense de l’environnement. "Partager fait du bien au sens propre comme au figuré", se défend Charles Kloboukoff qui préside, depuis 2013, le groupement. Au total, Léa Nature a déjà versé près de 11 millions d’euros aux ONG. Pour éviter que l’esprit philanthropique de l’entreprise ne soit dévoyé, Charles Kloboukoff dont la famille possède encore 83 % du capital de l’ETI, prépare déjà le futur : "Nous menons une réflexion sur la transmission de l’entreprise à une fondation actionnaire pour garantir qu’elle reste locale, pérenne et que nous puissions maintenir les activités avec un certain nombre d’engagements et de valeurs. Cela fait partie de notre responsabilité sur le long terme."

N° 2 du bio en France

  • 450 millions d’euros
  • de chiffre d’affaires
  • 11 % du chiffre d’affaires réalisé à l’international
  • 1 600 salariés
  • 16 usines en France
    Source Entreprise

Charles Kloboukoff, fondateur de Léa Nature
« Il y a un grand danger pour la filière bio française »

  • Malgré le Covid-19, Léa Nature devrait afficher des résultats en croissance. La période actuelle bénéficie-t-elle aux entreprises engagées ?
    Il y a une tendance de fond du retour au local, aux circuits courts, aux produits de qualité ainsi que d’une prise de conscience du rôle des entreprises sur la société. Nous sommes à l’aube d’une révolution industrielle qui sera menée par les citoyens, mais cela prendra encore du temps avant que les comportements des consommateurs ne changent véritablement. Dans le court terme, ce mouvement risque d’être mis à mal par la crise économique.
  • Vous avez lancé un plan de relocalisation de vos approvisionnements. Quels en sont les principaux freins ?
    La demande de bio croît plus vite que la conversion des sols. La France ne compte que 8 % de sols en bio et cela est notamment problématique pour l’arboriculture par exemple. Le plan bio et les objectifs de la nouvelle politique agricole commune vont permettre de progressivement rattraper notre retard, mais il reste la question des coûts. À l’heure actuelle, les produits bio étrangers sont, en moyenne, 30 % moins chers que les produits français.
  • Beaucoup de vos confrères craignent que l’arrivée des distributeurs sur le segment du bio ne se traduise par une guerre des prix ?
    Il y a effectivement un grand danger pour la filière française, notamment pour les petites entreprises. Pour y remédier, nous pensons qu’il faut revaloriser le bio et c’est pour cela que nous soutenons la création d’un label « bio+ » qui permettrait de différencier les produits et de sauvegarder l’écosystème des entreprises historiques du bio.

 

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