Est-ce la fin du jeu de chaises musicales à la tête de Qwant, le moteur de recherche français qui veut être le champion de la protection de la vie privée ? Tout dépendra sans doute des résultats du nouveau Président-directeur général du groupe, Jean-Claude Ghinozzi, dont la mission principale sera de faire parvenir la société à l'équilibre financier. Il remplacera l’ancien président Eric Léandri mais aussi le directeur-général du groupe par intérim Tristan Nitot à partir du 15 janvier prochain.
Renforcer la technologie et la monétisation
Cette nomination intervient alors que Qwant était en crise depuis des mois, pris en étau entre des difficultés financières, une levée de fonds aux résultats insatisfaisants et de nombreux articles de presse qui, depuis l'été, critiquaient la stratégie du groupe et la gestion d'Eric Léandri.
Lancé à Nice en 2013 et adoubé "start-up de l'année" en 2018 par L'Usine Nouvelle, Qwant a développé un moteur de recherche grand public ne collectant pas de données personnelles et est parvenu à capter 5% du marché des moteurs de recherche en France. Mais malgré une "progression importante du chiffre d'affaire en 2019" selon l'entreprise (estimé entre 7 et 10 millions d'euros selon différents médias), Qwant continue de perdre un million d'euros par mois selon le magazine Challenge.
Pour tenter de relancer la machine, Jean-Claude Ghinozzi devient à la fois président et directeur général de la société. Selon le communiqué de presse diffusé par l’entreprise, le nouveau PDG, qui a rejoint Qwant il y a trois ans, aura pour mission de “renforcer les fondamentaux technologiques du moteur de recherche et son écosystème de services ainsi que sa monétisation.”
Formé initialement au management, il sera pour cela aidé de ses expériences passées, après avoir notamment travaillé pour le studioo de jeux vidéo Blizzard-Activision, puis occupé le poste de directeur général des ventes au détail et du marketing pour la région France chez Microsoft durant cinq ans.
L’ancien directeur général par intérim, Tristan Nitot – qui avait auparavant créé et présidé la fondation Mozilla Europe et affirmait vouloir se concentrer sur l’indépendance du moteur de recherche – reprend ses anciennes fonctions de vice président en charge du plaidoyer.
Un nouveau conseil de gouvernance
Symbolisant leur “confiance renouvelée”, les principaux actionnaires du moteur de recherche, le groupe Caisse des Dépôts et l’allemand Axel Springer ont par ailleurs annoncé un nouveau tour de table qui sera finalisé courant février. Selon les informations du journal Le Monde, ce tour de table devrait permettre de “réinjecter une dizaine de millions d’euros pour permettre à Qwant de poursuivre son développement”.
Eric Léandri, qui quitte la présidence, ne disparaît pas complètement du paysage puisqu’il présidera un Comité stratégique et scientifique dont le travail d'orientation stratégique visera à appuyer un Conseil de gouvernance nouvellement créé pour superviser la stratégie du groupe. Ce dernier sera présidé par le directeur de l’investissement de la Banque des territoires (filiale du groupe Caisse des Dépôts), Antoine Troesch. Reste à voir si cette nouvelle dynamique et les appuis que l'Etat français prodigue au champion de la vie privée et de la souveraineté numérique suffiront à mettre Qwant dans le vert.



