Le puissant syndicat IG Metall, qui représente plus de 2,1 millions de salariés en Allemagne, se dit préoccupé par les conditions de travail chez le constructeur de voitures électriques Tesla à Grünheide, près de Berlin. Selon Irene Schulz, la responsable syndicale régionale, des salariés auraient fait part d’une charge de travail élevée et d’heures supplémentaires fréquentes le week-end, alors que l’usine produit actuellement 3 000 modèles Y par semaine. Par ailleurs, IG Metall s’inquiète de la culture du secret qui règnerait chez Tesla. En effet, à leur embauche, les nouvelles recrues doivent signer avec leur contrat de travail une déclaration de confidentialité. «Les employés sont inquiets de savoir s'ils ont le droit de parler avec IG Metall, assure la syndicaliste. Nous n'avons jamais vu de telles questions dans d'autres entreprises, ni sous cette forme ni avec cette fréquence.»
Près d’un an après l’inauguration du site en mars 2022, le bras de fer avec l’industriel américain met à l’épreuve la culture syndicale allemande. Ainsi, IG Metall n’est pas encore parvenu à imposer le système de cogestion chez Tesla, une véritable rupture par rapport à ce qui se fait traditionnellement outre-Rhin, où les syndicats sont impliqués dans les décisions stratégiques des entreprises. La députée du SPD Cansel Kiziltepe a regretté dans une interview avec le quotidien Handelsblatt que Tesla soit le seul constructeur automobile en Allemagne à ne pas disposer de convention collective. «Nous voyons à quoi cela mène: surcharge de travail, insécurité et espionnage par la direction…, liste-t-elle. Pourtant, le succès de l'économie allemande repose sur un partenariat social constructif entre les syndicats et les employeurs. Celui qui ne comprend pas cela a peut-être réalisé son investissement au mauvais endroit.»
Campagne de com d'IG Metall auprès des salariés
Certes, Tesla s’est doté depuis février 2022 d’un comité d’entreprise, Gigavoice. Mais lors de son élection, l’usine comptait 2 000 employés, loin des 9 000 actuels. Comme les lignes de production ne tournaient pas encore, l’effectif était surtout issu des catégories de cadres du management et non des ouvriers. Gigavoice est donc accusé de ne pas être suffisamment représentatif et d’être trop proche de la direction. Et de fait, dans le conflit qui oppose IG Metall à Tesla, le comité d’entreprise est rapidement monté au créneau en envoyant un mail à tous les salariés dans lequel il dénonçait les méthodes du syndicat.
Concrètement, il l’accuse d'exercer une influence sur les employés, de leur fournir sciemment de fausses informations ou encore de les inciter à mener des actions pendant leurs heures de travail. Des allégations auxquelles IG Metall Berlin-Brandebourg-Saxe a réagi avec surprise. «Nous avons critiqué les conditions de travail chez Tesla, mais jamais le travail du comité d'entreprise», a répondu un porte-parole. Aujourd’hui, IG Metall multiplie les campagnes de communication auprès des salariés de Tesla, sur le site de Grünheide ou sur Internet, pour les inciter à se syndiquer en masse afin de faire pression sur la direction pour obtenir une convention collective et le tarif de branche.



