Analyse

Entre la Chine et les États-Unis, la France cherche à faire entendre sa voix sur l’IA

Une troisième voix est-elle possible ? Alors que les Etats-Unis et la Chine rivalisent pour savoir quel outil d'IA est le plus performant, la France cherche aussi à développer ses propres solutions. Le sommet pour l'action sur l'IA sera l'occasion de faire le bilan des technologies, de l'infrastructure nécessaire et des enjeux derrière. Qu'ils soient éthiques ou environnementaux.

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Grand Palais Paris
Le Grand Palais (Paris) va accueillir chefs d'Etats et de gouvernements, présidents d'entreprises et chercheurs à l'occasion du sommet pour l'action sur l'IA.

«La technologie n’a jamais été aussi politique et n’a jamais fait autant parler d’elle, à l’international et dans le quotidien des Français.» Clara Chappaz, ministre déléguée à l’intelligence artificielle (IA) et au numérique, rappelle ainsi que l’IA est le sujet du moment. Que cette technologie suscite des inquiétudes ou de l’émerveillement, elle intéresse.

Le sommet pour l’action sur l’IA, qui se tient du 6 au 11 février 2025 à Paris, est l’occasion de réunir un très grand nombre d’acteurs du secteur aux côtés des chefs d’États et autres décideurs politique. L’occasion pour la France de faire entendre sa voix alors que les États-Unis et la Chine s’affrontent dans cette course dont le but est de mettre sur le marché le meilleur modèle d’IA.

Un investissement massif dans les infrastructures

«La philosophie des trois régions est différente, et la façon de faire des affaires l’est encore plus, constate Cyril Vart, associé EY Fabernovel. Les États-Unis partent sur une ère de dérégulation complète pour quatre ans au moins. Les entreprises américaines seront donc plus libres sur leur territoire.» À peine élu, Donald Trump a abrogé le décret signé par Joe Biden visant à encadrer les systèmes d’IA en obligeant les entreprises américaines développant de tels modèles à présenter les résultats des tests de sécurité aux autorités.

Le pays veut prendre le leadearship technologique, comme le montre le plan Stargate annoncé fin janvier 2025 par Donald Trump. Ce plan comprend un investissement d’au moins 500 milliards de dollars sur quatre ans dans les infrastructures d’IA aux États-Unis pour entraîner les modèles et les faire tourner. À la manœuvre ? Le spécialiste américain du cloud Oracle, le Japonais SoftBank et OpenAI. Interrogé à ce sujet au forum économique mondial de Davos, Yann LeCun, directeur scientifique de l’IA de Meta, a déclaré : «On n'investit pas assez dans l'IA en Europe» où «on a peur du risque.»

Le sommet pour l’action sur l’IA sera l’occasion de faire des annonces au sujet des infrastructures, comme l’a rapporté Clara Chappaz sans en dire plus. Cela sera-t-il suffisant ? Évoquant la puissance de calcul disponible avec le supercalculateur Jean Zay et celui à venir de EuroHPC, la coprésidente du Comité de l’intelligence artificielle Anne Bouverot déclarait en mai 2024 que cela «n’est pas suffisant.»

La France, toujours dans la course ?

Au-delà des États-Unis, la Chine aussi est dans la course à l’IA comme le montre la sortie de l’agent conversationnel R1. Dévoilé par la start-up DeepSeek, cet outil est venu bousculer les géants de l’IA et de l’énergie. La start-up chinoise affirme avoir utilisé des puces nettement moins puissantes et énergivores que ses rivaux pour un résultat tout aussi bluffant. Ce développement technologique doit être replacé dans son contexte. En 2022 la Chine a présenté un plan quinquennal pour devenir leader en 2030 sur certaines technologies, dont l’IA. «Ce qui est nouveau est leur agressivité dans les affaires, analyse Cyril Vart. Ils veulent battre les américains et être une alternative à ces derniers.»

Les annonces de DeepSeek interrogent certains observateurs qui doutent de la véracité des informations données par la start-up. La sortie d’un tel modèle avec des coûts de développement beaucoup plus faible laisse entrevoir une lueur d’espoir pour les acteurs européens. «L’Europe peut rivaliser pour développer de telles technologies si cela demande que des millions de dollars et non plus des milliards», assure Cyril Vart.

Pour Clara Chappaz, les annonces sur Stargate et de DeepSeek «montrent que plus que jamais cette course pour l’IA est au début.» Mais comment peser dans cette partie ? «Il faut penser européen et international, assure-t-elle. La préférence européenne est pour la première fois inscrite dans la boussole de compétitivité européenne [présentée fin janvier] parce que la meilleure façon de soutenir nos entreprises c’est de leur donner des contrats.» Cette idée de préférence européenne est une thématique récurrente dans la bouche des entrepreneurs.

Présentation d'une stratégie européenne

À la différence des États-Unis et de la Chine, «en Europe la précaution sociale, éthique et environnementale est plus importante, rappelle Cyril Vart. Le continent cherche à protéger les citoyens avant de renforcer le développement technologique.» Un clin d’œil au règlement européen sur l’IA, dit AI Act, dont la mise en application a débuté le 2 février accusé par ses détracteurs de brider l’innovation. Mais Yaël Cohen-Hadria, avocate associée EY Société d’avocats, rappelle que l’Europe est déjà parvenue à «influencer le monde avec ses réglementations».

Ce sommet sera l’occasion de présenter une stratégie nationale et européenne pour accélérer sur l’innovation et l’IA. Avoir ses propres solutions technologiques semble essentielle, au vue de la façon dont peuvent être paramétrés les grands modèles de langage. Par exemple, le robot conversationnel R1 de DeepSeek a rapidement été éprouvé par les usagers qui l’ont interrogé sur la répression de la place Tian’Anmen. L’IA a tout simplement refusé de répondre. Enfin, le sommet sera une vitrine pour les entreprises françaises sélectionnées. Elles pourront mettre en avant leurs projets concrets de mise en application de l’IA. L'occasion de rayonner à l'international.

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