Peut-on encore écrire des histoires d'amour originales ? On serait tenté de répondre négativement, tant on pourrait avoir l'impression que toutes les histoires, toutes les configurations ont déjà été racontées. C'est compter sans le talent des écrivains qui trouvent de nouveaux moyens littéraires pour raconter l'éternelle histoire des sentiments.
En témoigne le roman d'Isabelle Flaten, Triste Boomer, qui narre notamment les difficiles amours de John et Salomé. Il a été start-uper, n'a pas été vraiment heureux en amour. Sa vie est classée année après année dans son ordinateur, et l'envie lui prend de reprendre contact avec une aimée d'autrefois, Salomé. Ce n'est donc pas tant le récit d'un coup de foudre que d'une possible reconquête.
Deux narrateurs extraordinaires
L'autre originalité du récit est le point de vue adopté par l'autrice Isabelle Flaten. Plutôt que de laisser les ex, qui cherchent à se retrouver, conter eux-mêmes leur histoire, deux narrateurs extraordinaires (au sens propre) sont convoqués. Un chevalier d'antan qui règne sur un château devenu un hôtel de luxe. Et plus original encore, l'ordinateur du boomer en voie d'aigrissement narre les égarements du coeur et de l'esprit, comme l'on disait autrefois.
« Oh pardon je m'égare ! J'ai le microprocesseur digressif. C'est que moi aussi je suis nostalgique du temps où je n'existais pas, de ce monde englouti où les chagrins d'amour et les regrets éternels s'exprimaient à la plume. En dehors de mes heures de boulot, j'oublie JavaScript, HTML/CSS, SQL... et je fais des phrases avec sujet, verbe et complément. C'est mon hobby. il m'arrive de penser que j'aurais pu être un poète si mes concepteurs avaient eu l'âme romantique. »
Un conte de fées 2.0
Le récit qui pourrait être classique, devient dès lors joyeusement fantaisiste. Avec son anti-héroïne vivant dans un château sauvé grâce aux gains d'un jeu télévisé sur la vie des vedettes, Isabelle Flaten revisite tout le barnum du conte de fées, où la princesse attend langoureusement son prince. Ici, il n'est plus forcément très charmant, mais garde d'autres atouts.
En juxtaposant une narration par ordinateur et les observations d'un chevalier d'autrefois, l'autrice s'amuse aussi - et nous amuse - et montre sa maîtrise du récit et de la langue. On réalise aussi à quel point des machines imaginées pour nous aider nous connaissent finalement beaucoup mieux que la plupart de leurs utilisateurs ne les maîtrisent.
Triste Boomer, Isabelle Flaten, Le nouvel Attila, 18 euros



