[Entracte-Livres] Le Cimetière de la mer d'Aslak Nore, ou la face cachée de la réussite norvégienne

Mais quel secret cache la réussite des Falck, une très riche et très puissante famille dont l'histoire se confond avec celle de la Norvège ? Après le suicide de la grand-mère romancière, les secrets de la famille et ceux du pays risquent d'être dévoilés, ce qui ne réjouit pas tout le monde. Avec ce premier roman ambitieux, Aslak Nore signe une entrée remarquée dans l'univers du polar.

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Le Cimetière de la mer
Du nouveau dans le polar scandinave, où Aslak Nore propose un roman difficile à lâcher.

Il faut toujours se méfier des écrivains. A force d'imaginer les intrigues les plus tordues, il peut toujours leur prendre l'envie de raconter la vérité. Telle pourrait être la morale du Cimetière de la mer, premier roman traduit en français du norvégien Aslak Nore, qui confirme décidément que le polar noir politique est à la Scandinavie ce que le roman psychologique est à la France. 

Suicide de la grand-mère

On savait depuis Hamlet qu'il y avait quelque chose de pourri au royaume du Danemark. Les grandes familles praticiennes de Norvège n'ont pas l'air de valoir beaucoup mieux. La preuve avec les Falck, évidemment inventés pour l'occasion. C'est du moins ce qu'on découvre quand Vera, la grand-mère romancière, est retrouvée morte après d'être jetée du haut d'une falaise. Suicide. L'aïeule avait écrit dans les années 70 un roman révélant la vérité sur le rôle de sa famille durant la guerre et notamment lors du naufrage d'un navire. Le roman n'a jamais été publié, interdit par les services secrets. Et l'unique exemplaire restant que la grand-mère avait mis à l'abri a lui aussi disparu.

Ses deux enfants vont alors partir à sa recherche. Deux enfants que bien sûr tout oppose et qui feraient de la fratrie des Roy (ceux qui ont vu Succession savent) une famille modèle où prévaut l'amour fraternel. Il faut dire que l'un a diversifié l'activité d'armateur de l'entreprise familiale pour le meilleur et peut être le pire quand l'autre est devenu médecin humanitaire. Le cynique et l'idéaliste. A partir de là, la lutte pour l'héritage promet d'autoriser tous les coups bas. 

Le page turner de l'été

Le roman insère à ce thème principal un récit de guerre qui concerne un des personnages dont on découvrira bientôt le lien. Si l'auteur excelle à dépeindre la vie de la haute société protestante, il faut saluer son travail pour les scènes militaires. Le roman commence au Liban, au moment du massacre de Sabra et Chatila au début des années 80. Mais il est tout autant saisissant dans la description de la vie d'un otage. On ne s'étonne pas de la qualité de ces passages quand on découvre que l'auteur journaliste et résident à Marseille a aussi été soldat d'élite en Bosnie. 

On vous prévient tout de suite, le roman fait dans les 500 pages, mais une fois ouvert, il est du genre difficile à refermer. Il brille aussi bien dans la description de la psychologie des personnages que lorsqu'il dépeint 70 ans d'histoire de la Norvège. Mieux vaut donc avoir du temps devant soi, sinon gare au risque de nuit blanche. L'ouvrage a toutes les qualités pour vous aider à passer d'excellentes vacances.   

Le Cimetière de le mer, Aslak Nore, Le bruit du monde, traduit du norvégien par Loup-Maëlle Besançon

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