N’arrivez surtout pas en retard si vous avez prévu d’aller voir «Toni, en famille». La séquence d’ouverture où Toni au volant de sa voiture vient chercher ses enfants à la sortie de divers activités, vaut le détour. Dans cet espace clos filmé en plan fixe se joue comme un résumé de ce qui va suivre. Toni, la quarantaine et mère élevant seule cinq enfants (tous interprétés par de jeunes acteurs formidables), et sa petite famille sont un concentré d’humour et de tendresse qui sonnent terriblement justes (enfin un film où les décors de maison sont en accord avec le milieu social des personnages). Le film terminé, on ressort avec une folle envie de passer encore un peu de temps au milieu de cette fratrie aussi bruyante qu’attachante.
Immense Camille Cottin
Toni est interprétée par Camille Cottin, présente sur tous les plans ou presque – elle était présente «33 jours de tournage sur 33» a précisé Nathan Ambrosioni, le réalisateur lors d’une présentation organisée par le cabinet de conseil en reconversion professionnelle Sémaphores. Pas vraiment en crise, mais s’interrogeant sur le sens de sa vie, cette ancienne participante de la Star Ac sent bien que la chanson n’est pas sa vocation. Mais comment faire pour changer de vie ? Le film la suit dans ses démarches sur Parcoursup, à Pôle Emploi ou chez Sémaphores (justement) qui propose des bilans de compétence. On découvre alors toute l’énergie et la volonté nécessaires pour aller au bout de ces démarches, entre l’incompréhension des proches, leurs moqueries plus ou moins ironique d’un côté et de l’autre une administration peu à même de saisir les obligations de ses usagers.
Ne vous y trompez pas : le film n’est pas un mode d’emploi pour changer de vie professionnelle en 1 heure 30. Il réussit dans cette durée à s’intéresser à tous ces personnages (ou presque) et donne à chaque membre de cette famille aussi sympathique qu’intense une vraie personnalité. Si Toni est le centre de l’intrigue, c’est dans ses rapports avec ses trois filles et ses deux fils que l'histoire se tisse.
Charge mentale, mode d'emploi
Dans un univers de comédie familiale souvent stéréotypée, on est frappé par l’excellence de l’écriture et la finesse des dialogues. On passe du rire aux larmes en une scène, notamment grâce au sens incroyable de la durée et de la chute du réalisateur. Toni en famille crée aussi un personnage de femme finalement peu commun au cinéma. Pas d’histoire d’amour ou de péripéties sentimentales, il relate l’histoire d’une mère (pour ceux qui ignorent encore ce qu’est la charge mentale, ce film sera une excellente introduction) qui décide, seule, de changer de vie et de prendre son destin en main.
Il faut être sacrément culotté pour, à moins de 25 ans, proposer au public un film qu’on pourrait résumer de la façon suivante : «un film à suspense où l’héroïne est une mère de famille nombreuse qui après avoir été chanteuse à succès veut devenir professeur des écoles». Retenez son nom : Nathan Ambrosioni ! On espère qu'il ne changera pas de carrière, lui, et nous livrera, dans quelques années peut-être, la suite de cette histoire.



