[Entracte - Cinéma] «L'Astronaute», un émouvant hommage aux férus d'espace

Deuxième long-métrage de Nicolas Giraud, L'Astronaute raconte la quête d'un ingénieur qui cherche à toucher les étoiles en fabriquant lui-même sa fusée. Cette fable attendrissante, enrichie des conseils techniques de véritables professionnels de l'espace, carbure à la puissance illimitée de la passion.

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Film L'Astronaute Nicolas Giraud
Le réalisateur Nicolas Giraud a sélectionné Mathieu Kassovitz pour interpréter Alexandre Ribbot, un astronaute fraîchement retraité.

Depuis tout petit, Jim Desforges rêve d'espace. Passé à un cheveu d'intégrer la nouvelle promotion d'astronautes de l'Agence spatiale européenne (troisième sur 4 500 candidats, derrière Thomas Pesquet), il aurait pu ranger ses maquettes de vaisseaux dans un tiroir et tourner la page. Mais le trentenaire n'est pas du genre à baisser les bras. Devenu ingénieur en propulsion chez ArianeGroup, il travaille en secret sur un projet insensé : entrer dans l'histoire de la conquête spatiale en accomplissant le premier vol habité en amateur.

Pour faire décoller la fusée qu'il assemble pièce par pièce dans la grange familiale sans compter ni ses heures ni ses dépenses, l'assistance de sa grand-mère Odette ne suffira pas. Jim sollicite alors l'aide d'Alexandre Ribbot, un astronaute fraîchement retraité mais prêt à tout pour raviver ses souvenirs d'apesanteur. Cette joyeuse équipe d'illuminés comprend également un chimiste autodidacte, inventeur d'un carburant révolutionnaire bien qu'un tantinet instable, et une jeune mathématicienne décidée à prouver, même dans les situations les plus démoralisantes, que «tout reste encore possible».

Conseillé par Jean-François Clervoy

S'il paraît complètement improbable, le synopsis de L'Astronaute n'est en vérité pas si éloigné de la réalité. Comme le souligne le personnage d'Alexandre Ribbot, campé par un Mathieu Kassovitz inspiré, les particuliers devraient eux aussi bientôt coloniser le cosmos. Basée au Danemark et composée d'une soixantaine de bénévoles bricoleurs, l'organisation Copenhagen Suborbitals poursuit cet objectif. Grâce à de généreux donateurs et à leur incroyable débrouillardise, ils ont déjà fabriqué et envoyé sept fusées en orbite depuis 2008. Ils sont aujourd'hui focalisés sur leur but ultime : envoyer un humain jusqu'à la ligne de Kármán, qui représente la frontière officielle entre l'atmosphère terrestre et l'espace, d'ici une dizaine d'années.

Afin de rendre son film crédible, Nicolas Giraud a choisi comme conseiller technique le spationaute Jean-François Clervoy, vétéran de trois missions spatiales avec la Nasa. «On a cherché à être visuellement le plus vraisemblable possible», assure celui-ci dans le dossier de presse. Le réalisateur, qui incarne aussi le rôle-titre, a également bénéficié du soutien d'ArianeGroup. Visiblement pas rancunier à l'idée que l'un de ses employés puisse lui subtiliser une partie de son précieux matériel, le groupe a même accepté que plusieurs scènes soient tournées dans ses locaux de Vernon (Eure), berceau de la conquête spatiale tricolore.

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Un songe dangereux et poétique

Au-delà de la cohérence scientifique, le moteur principal de cet émouvant long-métrage reste la passion. La Voie lactée n'abrite sûrement pas autant d'étoiles que les yeux de ces astrophiles lorsqu'ils confient pudiquement, au coin du feu, les racines de leur fascination pour le ciel. Sublimée par la musique métallique de l'artiste Superpoze, la tension qui les paralyse avant chaque lancement transforme leur simple passe-temps en quête épique, digne de tous les sacrifices.

Le film ne fait d'ailleurs pas l'impasse sur le côté sombre de cette obsession dévorante. Totalement obnubilé par son odyssée spatiale, Jim est contraint de mener une vie solitaire, de multiplier les emprunts et de s'arranger avec les frontières de la légalité. Pire encore : rien ne garantit qu'il reviendra de son voyage en un seul morceau. Les risques d'échec, évalués par sa mathématicienne à 32%, lui attirent même les foudres de son paternel, qui l'implore d'abandonner son projet si périlleux. La famille, choisie ou non, s'impose ainsi comme l'une des clés de voûte de cet ovni cinématographique.

Un brin naïf et prévisible, L'Astronaute parvient néanmoins à faire vibrer la corde sensible des spectateurs ayant déjà fantasmé de «voir ce qu'il se passe là-haut». Aux scènes spectaculaires souvent incontournables dans les films d'espace, Nicolas Giraud a préféré la poésie et les plans resserrés, destinés à mettre en valeur l'âme d'enfant de ses personnages. On embarque volontiers dans cette aventure humaine et pleine d'espoir. Comme le disait le grand-père de Jim, «une fusée, c'est une lumière qui avance dans la nuit».

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