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[Entracte - Cinéma] Dans Reprise en Main, Gilles Perret montre une usine sans filtre

Dans cette comédie dramatique, première fiction de son réalisateur, Gilles Perret aborde le quotidien des ouvriers d'une usine de décolletage face à une menace de rachat par un énième fonds d'investissement. Touchant et drôle, ce film présente avec justesse la vie dans l'industrie. 

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Reprise en Main
L'usine, ses qualités et ses défauts se montrent au grand jour dans cette comédie dramatique.

Première fiction du réalisateur Gilles Perret, Reprise En Main retrace l’histoire des ouvriers d’une usine de décolletage dans la Vallée de l’Arve, qui luttent contre le rachat de l’usine par un fonds d’investissement « vautour ». C’est aussi l’histoire du réalisateur et de ses parents, puisqu’ils ont tous travaillé dans les usines de décolletage, l’un des premiers viviers d’emploi de la vallée. Le réalisateur a tenu à apporter une bonne dose de réalisme à cette fiction, tournant une bonne partie du film dans une usine où il a lui-même travaillé.  

Cette usine, le film la montre sans timidité, et semble même la célébrer. Ainsi, le personnage principal (incarné par Pierre Deladonchamps) amène-t-il un soir ses enfants à l’usine pour leur montrer les décolleteuses. S’ensuit une scène où l’on voit un bras articulé conditionner les pièces usinées, sous le regard émerveillé des enfants. Serait-ce la « magie » dont parlait l’ancienne ministre de l’Industrie, Agnès Pannier-Runacher ? « Je ne sais pas si elle a déjà mis les pieds dans une usine ! », s’écrie Gilles Perret, dans une interview réalisée par la revue Débordements.

Les dynamiques entre les ouvriers et la direction frisent parfois le cliché, par exemple à travers le patron de l’usine (joué par Samuel Churin) qui ne se soucie guère du sort de ses employés. Il propose joyeusement à sa secrétaire de faire une liste des employés qui pourraient être remerciés, afin de se rendre « plus attractif » auprès du fonds qui compte racheter l’usine.

Résister, mais autrement

La résistance semble être le thème central de toutes les réalisations de Gilles Perret. Celui-ci a réalisé plusieurs documentaires sur le Conseil national de la résistance, ainsi qu’un documentaire sur les Gilets Jaunes coréalisé avec François Ruffin (J'veux du soleil, 2019). Il n’est donc pas étonnant que Reprise En Main aborde ce thème, mais il ne le fait pas sous l’angle d’une révolte syndicale, ce qui est plus surprenant. « Il n’y a pas de culture politique, de culture syndicale... parce que cette génération d’ouvriers et d’ouvrières quarantenaires a baigné dans le déni du syndicalisme », juge l’ancien ouvrier.

Dans cette réalisation, la révolte passe plutôt par l’appropriation des codes de la finance. Le personnage principal et ses amis se font ainsi passer pour un fonds d’investissement sérieux, qui souhaite racheter l’usine. On ne peut pas s’empêcher d’y voir un clin d’œil à La Part des Anges de Ken Loach, que Gilles Perret admire. Cette trame a l’avantage de disposer d’un potentiel humoristique que le réalisateur sait exploiter... mais pas toujours. La lourdeur des personnages principaux, tous masculins, face à l’unique tête d’affiche féminine (Laetitia Dosch) ne manquera pas de faire grincer des dents. Néanmoins, ces brefs accès de machisme n’empêchent pas d’apprécier ce film, qui reste un portrait fidèle d’une usine en crise et des employés qui la font vivre.

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