En redressement judiciaire, l’usine Famar Lyon en pole position pour la fabrication de chloroquine

[ACTUALISÉ] Seule habilitée à produire de la nivaquine (chloroquine) pour Sanofi pour le marché français, l’usine Famar Lyon est dans l’expectative. Mais cette production est liée à la fourniture d’un principe actif en provenance d’Inde.

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usine de Saint-Genis-Laval (Métropole de Lyon) du façonnier grec Famar
L’usine de Saint-Genis-Laval du façonnier grec Famar attend avec impatience les résultats de travaux menés à l’étranger sur l'utilisation de la chloroquine pour lutter contre le Covid-19.

Seul site à pouvoir produire la chloroquine commercialisée sur le marché français sous le nom de Nivaquine par Sanofi, l’usine de Saint-Genis-Laval (Métropole de Lyon) du façonnier grec Famar attend avec impatience les résultats de travaux menés à l’étranger sur l'utilisation de cette molécule pour lutter contre le Covid-19.

Elle ne doit pourtant pas être confondue avec l’hydroxychloroquine, popularisée par le professeur Didier Raoult, de l’IHU Méditerranée Infection. Cette dernière, connue sous le nom de Plaquenil et produite en Espagne à Gijón par Sanofi, sera incluse dans l'essai clinique de l'Inserm pour tester des médicaments existants contre le Covid-19. Tandis qu'Oliver Véran, ministre des Solidarités et de la Santé, a donné le 23 mars son feu vert à l’utilisation de l’hydroxychloroquine à l’hôpital, pour des patients souffrant de formes graves de Covid-19.

Rien à voir, donc, avec la Nivaquine produite par Famar, mais ce dernier espère que l'actualité pourra participer à sauver son site lyonnais.

180 000 boites de Nivaquine produites en janvier

En redressement judiciaire depuis le 24 juin 2019, Famar Lyon qui emploie actuellement 250 salariés et une trentaine d’intérimaires a produit et conditionné en janvier dernier 180 000 étuis (boites de 20 comprimés) de Nivaquine qui ont été expédiés jusqu’à la semaine dernière sur la plate-forme logistique de Sanofi.

La chloroquine, qui est de moins en moins utilisée contre le paludisme, ne représente qu’une faible partie des volumes fabriqués par l’usine lyonnaise qui produit plus d’une cinquantaine de références différentes pour des clients comme Merck, Abott, Mylan, dans des classes thérapeutiques multiples : anti-infectieux, anti-diabétiques, neuroleptiques, antibiotiques, antiparasitaires, cardiovasculaire, dermatologique, antifongique. Le laboratoire allemand Merck est le plus gros client de Famar Lyon.

L’approvisionnement en principe actif en question

Si la chloroquine était autorisée à son tour par le ministère de la Santé à être utilisée à plus grande échelle dans certaines conditions pour le traitement du Covid-19, l’usine de Saint-Genis-Laval pourrait-elle réagir rapidement ? Pas sûr.

"Pour l’instant, Sanofi ne nous a pas contactés pour lancer des productions massives de Nivaquine", constate Donius Yannig, secrétaire CGT du CSE de Famar Lyon. De toute façon, nous sommes dépendants du principe actif qui est fabriqué en Inde et qui ne devrait pas être disponible chez nous avant deux mois", estime le syndicaliste. L’entreprise pourrait alors mobiliser ses équipes pour se concentrer sur la production de Nivaquine.

Sans projet industriel pérenne

L’usine de Saint-Genis-Laval est la seule unité française du façonnier grec Famar, contrôlé par le fonds d’investissement KKR, à ne pas avoir fait l’objet de projet de reprise depuis juillet dernier. L’audience du tribunal de commerce de Paris qui devait statuer sur sa situation le 17 mars a été reportée à une date ultérieure. Sans précision. "On n’a pas d’offre engageante pour l’instant", notent les représentants syndicaux. La visite début mars de représentants du laboratoire libanais Benta n’a pas donné lieu à ce jour à une offre précise. Dans ce contexte d’urgence sanitaire, la CGT demande la nationalisation de Famar Lyon.

De son côté, le maire LRM de Saint-Genis-Laval, Roland Crimier, arrivé en tête du premier tour des élections municipales dans sa commune, en appelle à l’Etat et aux investisseurs privés pour maintenir le potentiel de production de l’usine. Dès le mois de septembre 2019, les organisations syndicales proposaient à la ministre de la santé Agnès Buzyn de produire certains médicaments en rupture sur le marché français. Mais cette lettre ainsi que celle adressée début mars au nouveau ministre de la santé, Olivier Véran, sont restées sans réponse.

"Les mutations profondes de l’industrie du médicament ont entraîné une fragilité croissante des chaînes de production en France et en Europe se traduisant par une inquiétante perte d’indépendance sanitaire", alertaient dès juillet 2019 les représentants CGT, CFE CGC et FO de Famar Lyon.

Au secrétariat d’Etat auprès du ministre de l’Economie et des finances, on assure suivre depuis plusieurs mois, bien avant le déclenchement de l’épidémie de Covid-19, le dossier de l’usine Famar Lyon qui a un "carnet de commandes plein jusqu’en juillet", précise un conseiller d’Agnès Pannier-Runacher. "L’objectif clair est de maintenir une activité pharmaceutique sur ce site", poursuit ce conseiller. Des discussions sont en cours avec les principaux clients de Famar Lyon pour voir comment cette unité pourrait s’intégrer dans leur chaine de production. L’enjeu étant de "regagner des parts de souveraineté (nationale) dans le domaine pharmaceutique".

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