C’est à l’occasion d’un comité d’entreprise extraordinaire que le chimiste norvégien Yara (15,5 Mrds $ de ventes en 2023) a annoncé, le 15 octobre, son intention de fermer l’usine d’ammoniac de son site belge, à Tertre. Pour se justifier, le groupe assure que des prix élevés et volatils de l’énergie, couplés à des coûts de maintenance élevés, ont entraîné une « détresse financière prolongée au cours des dernières années ».
Yara met aussi en avant la pression croissante causée par des réglementations environnementales toujours plus strictes, ainsi qu’une érosion de la compétitivité due aux importations massives d'engrais produits en dehors de l'Europe. Proposition a alors été faite d’y arrêter de façon permanente la production de 400 000 tonnes d’ammoniac par an. Si elle est validée, environ 115 salariés pourraient être licenciés. Mais Yara d’assurer qu’en retour, ce choix permettrait de préserver plus de 200 emplois.
Yara, qui parle d’une « transformation » du site belge, veut se concentrer sur la fabrication des produits « les plus rentables », à savoir les engrais à base de nitrate et les produits chimiques azotés, comme l’urée ou l’acide nitrique. Ces derniers ne seraient alors plus produits qu’à partir d’ammoniac importé. « Pour nous permettre de continuer à servir nos clients européens, nous n'avons pas d'autre choix que d’envisager des changements fondamentaux. Ceci, tout en décarbonant le site et en renforçant la rentabilité des produits premium », a déclaré Michel Warzée, le dg du site de Yara, à Tertre. Car le groupe ambitionne de proposer « les premiers engrais azotés à faible teneur en carbone ».
Miser sur de l’ammoniac produit aux États-Unis
Et alors qu’il désinvestit en Europe, le groupe annonce se concentrer sur la production d’ammoniac aux États-Unis. « Améliorer la marge du gaz à l'ammoniac est un élément important pour Yara. En ce sens, nous voyons un potentiel de marge supplémentaire dans l'ammoniac américain. En passant à la production aux États-Unis, nous avons accès à des prix du gaz compétitifs, ainsi qu'à des infrastructures de capture et de stockage du carbone (CCS) avancées », a détaillé Svein Tore Holsether, le p-dg de Yara. En témoignent les projets annoncés en 2023 de construire deux usines d’ammoniac bas carbone (bleu), respectivement au Texas et dans la région du golfe du Mexique.
Yara n’est pas le premier industriel à arrêter des productions d’ammoniac sur le sol européen. Récemment, l’américain CF Industries a transformé un arrêt temporaire de son usine d’ammoniac, à Billingham (Royaume-Uni), en une fermeture permanente. Sur place, il continuera à produire des engrais et de l’acide nitrique, mais au moyen d’ammoniac importé. Autre illustration de cette tendance, BASF qui a annoncé, début 2023, la suppression de 2 600 emplois et la fermeture d’une de ses deux usines d’ammoniac, au sein de son Verbund de Ludwigshafen.



