C’est le plus grand chantier de Lynred depuis sa création en 1986. Le leader européen et numéro deux mondial de détecteurs infrarouges annonce un investissement de 85 millions d’euros pour étendre son site industriel de Veurey-Voroize, à une dizaine de kilomètres au nord de Grenoble. Financé essentiellement par des emprunts auprès de la banque CIC et de Bpifrance, ce projet vise à accroître les capacités de production de la société iséroise de 50% en 2025, date de livraison des bâtiments, voire de les doubler d’ici 2030.
De quoi pouvoir répondre à la demande grandissante pour les produits de l’entreprise de 1130 salariés, qui a réalisé 233 millions d'euros de chiffre d’affaires en 2022. «En valeur, la croissance du marché s’établit entre 5% et 6% par an», estime Jean-François Delepau, son président. Les vents sont en effet très favorables pour Lynred, issue de la fusion en 2019 entre Sofradir et sa filiale Ulis.
D’une part, les dépenses militaires augmentent dans le monde, et plus particulièrement en Europe, du fait de la guerre en Ukraine. «La défense représente 45% de nos ventes et ces investissements vont nous aider à répondre au besoin de souveraineté française et européenne», indique Jean-François Delepeau. Le futur site industriel accueillera ainsi 8 200 m2 de salles blanches connectées entre elles, soit un doublement de la surface actuelle.
L’objectif ? Disposer d’un niveau de classe de propreté optimal en salle blanche afin de développer des détecteurs plus compacts. La dimension est en effet clé pour ces équipements embarqués dans des drones, des avions de combat ou de manière portative par des militaires (jumelles, viseurs…)
Lynred L’automobile dans le viseur
D’autre part, la co-entreprise détenue à parts égales par Thales et Safran envisage d’accélérer sa diversification vers des applications civiles de l’infrarouge, les marchés qui connaissent la croissance la plus forte. Exemples : la vision nocturne ou à travers la fumée pour les forces de sécurité ou les pompiers, l’inspection pour diagnostiquer les déperditions énergétiques des bâtiments, ou encore la détection de gaz notamment pour mesurer d’éventuelles fuites dans des sites pétrochimiques.
Toutefois, Lynred lorgne un marché en devenir à plus fort potentiel encore : l’automobile. Notamment aux États-Unis où l’évolution réglementaire renforce les conditions de détection d'obstacles la nuit. Présentes pour le moment sur les véhicules haut de gamme, ces options infrarouges permettent de déclencher une alerte sonore ou visuelle, voire d’enclencher un freinage automatique, en cas de passage d’un piéton par exemple. «Nous avons noué des partenariats avec deux équipementiers de premier plan qui devraient générer des volumes d’ici deux à trois ans», explique le dirigeant.
Ce futur site industriel étendu de 13 600 m2 vient ainsi donner à Lynred les moyens de ses ambitions, elle qui réinvestit 16 % de son chiffre d’affaires en R&D. En janvier 2023, la société iséroise annonçait piloter pendant quatre ans un consortium de dix partenaires européens afin de concevoir de nouveaux détecteurs infrarouge haute performance. Un programme doté d’un budget de plus de 19 millions d’euros, dont 18 millions d’euros apportés par le Fonds Européen de Défense.



