Des microscopes partout, à chaque poste de travail. À Clamart (Hauts-de-Seine), les 32 opérateurs de l’usine de Microport CRM, hautement qualifiés et polyvalents, capables d’assumer les tâches de six à sept postes différents dans une même journée, sont présentés comme des "chirurgiens de l’électronique" par Dawn Sadlowski, la directrice de l’usine. Ils sont aptes à produire entre 400 et 500 appareils par jour : des stimulateurs cardiaques (pacemakers) pour le traitement de la bradycardie, des défibrillateurs contre la tachycardie et des resynchronisateurs pour les insuffisances cardiaques. Des produits d’importance vitale, infaillibles. Les ateliers s’étendent sur 2 300 mètres carrés, la "plus grande salle blanche d’Europe pour les dispositifs médicaux", souligne avec fierté Benoît Clinchamps, le président de Microport CRM.
Électronique et microélectronique de haute précision
L’entreprise est la branche gestion des troubles du rythme cardiaque (cardiac rhythm management, CRM) du groupe chinois Microport Scientific, spécialiste des technologies médicales de pointe. Les origines remontent à 1945, en France, lors de la création de la société Électronique appliquée, avec un premier pacemaker implanté en 1964. Passée sous contrôle italien en 2001 (groupe Sorin), l’entreprise a rejoint sa maison mère chinoise en 2018 et a été renommée Microport CRM. Cette division, d’un chiffre d’affaires de 209 millions de dollars (192 millions d’euros) en 2019, regroupe 950 salariés, dont près de 400 en France. À Clamart, dans les étages du siège, est implanté le centre d’excellence mondial de R & D, avec 120 chercheurs et de multiples laboratoires aux installations parfois ultra-sophistiquées.
Pascal Guittet L’usine se trouve au rez-de-chaussée. Les opérations portent sur l’électronique et la microélectronique de haute précision. Benoît Clinchamps évoque de "petits bijoux technologiques", composés, en plus du silicone et du polyuréthane, de matériaux de base parfois très onéreux (platine, or). Si un stimulateur revient à "quelques milliers d’euros, il faut compter entre 10 000 et 20 000 euros pour un défibrillateur", précise le président. Qui souligne que ce marché mondial de près de 10 milliards d’euros souffre d’une croissance faible en raison de la pression sur les prix par les organismes payeurs.
Pascal Guittet
Pascal Guittet Opérateurs et automates ne cessent de contrôler chaque composant de chaque appareil, avec une traçabilité totale. L’usine se déploie en trois parties. D’abord le contrôle d’entrée, où les composants électroniques et microélectroniques, les puces et les circuits intégrés fabriqués par des sous-traitants sont vérifiés dans les moindres détails. Puis la partie microélectronique pour le câblage des puces et l’encapsulation des circuits intégrés, et enfin la partie tests et assemblage. L’intégration est finalisée dans l’usine de Saluggia, en Italie. Celle de Saint-Domingue, en République dominicaine, produit les sondes de précision reliant les appareils au cœur des patients. Microport CRM dispose d’une quatrième usine à Shanghai en Chine, dévolue au marché chinois.
Sur ce marché de très haute technologie, l’innovation prime. Microport CRM cherche à produire les "appareils les plus performants, les plus petits au monde avec la plus grande longévité", témoigne Benoît Clinchamps. Les travaux portent notamment sur plusieurs technologies de rupture. Comme l’utilisation du Bluetooth connecté au smartphone du patient pour un suivi optimal à distance par les médecins traitants, via une transmission cryptée des données sur un cloud sécurisé, ou comme de futures sondes sous-cutanées qui ne seront plus insérées dans le cœur.



