C’est une piste de développement intéressante pour Boiron. En pleine crise depuis le déremboursement de l’homéopathie, l’entreprise veut se placer dans d’autres filières, dont le cannabis à usage médical. Le laboratoire a annoncé mardi 26 janvier qu’il ferait partie des premiers acteurs en France à expérimenter ces traitements.
Six binômes exploitant-fournisseur
À la suite d’un appel à candidatures lancé en octobre 2020, Boiron a été sélectionné avec son partenaire britannique Emmac Life Sciences par l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM). La production de cannabis reste strictement interdite en France. Boiron assurera donc le rôle d’exploitant tandis qu’Emmac Life Sciences constitue le fournisseur. Cinq autres binômes ont été retenus par l’ANSM mais Emmac Life Sciences représente la seule société européenne parmi les fabricants.
Les lauréats de l’appel à candidatures vont assumer une lourde responsabilité. Les dirigeants politiques français ont souvent montré des réticences sur la légalisation du cannabis médical tandis que les spécialistes du secteur entrevoient un marché immense. “La valeur du marché européen pourrait atteindre 55 milliards d’euros d’ici à 2028, en supposant que toutes les infrastructures pertinentes (marché, législatives et sociales) aient été développées”, estime Emmac Life Sciences.
“L’examen des candidatures reçues a été réalisé sur la base d’un cahier des charges strict et exigeant en termes de respect des bonnes pratiques de culture et de fabrication, de qualité des médicaments et de sécurisation du circuit de distribution”, insiste de son côté l’ANSM.
Début du test en mars
“L’objectif principal de cette phase expérimentale est d’évaluer en situation réelle le circuit de prescription et délivrance ainsi que l’adhésion des professionnels de santé et des patients à ces conditions”, explique l’ANSM. L’agence souhaite aussi recueillir pour la toute première fois en France des données sur l’efficacité et la sécurité de ces médicaments.
L’expérimentation débutera le 31 mars au plus tard. Elle concernera des médecins prescripteurs volontaires et formés au préalable. Côté patients, un registre national électronique permettra d’assurer le suivi. Des conditions de délivrance précises ont été définies : douleurs neuropathiques réfractaires aux thérapies (médicamenteuses ou non) accessibles, certaines formes d’épilepsie pharmacorésistantes, certains symptômes rebelles en oncologie (tels que nausées, vomissements, anorexie…), situations palliatives, spasticité douloureuse de la sclérose en plaques ou des autres pathologies du système nerveux central…
Boiron fait valoir son expertise
Boiron veut ainsi renforcer son positionnement sur les traitements à destination des patients en impasse thérapeutique. “Les traitements à base de cannabis peuvent permettre de prendre en charge des patients atteints de douleurs en oncologie ou de douleurs chroniques, souffrant d’épilepsie ou encore en situation palliative et pour lesquels ils n’ont pas de réponse thérapeutique suffisante”, argumente le laboratoire.
Les ventes de Boiron souffrent depuis une polémique en 2018 sur l’efficacité non prouvée de ses gélules homéopathiques. Ces difficultés ont provoqué un vaste plan social dans l’entreprise. Outre l’homéopathie, Boiron rappelle toutefois qu’il possède une expertise dans le développement de médicaments à base de plantes médicinales. “Boiron détient également une expérience avec deux souches de cannabis (sativa et indica) qui ont été longtemps présentes dans sa nomenclature”, indique le laboratoire.



