En Creuse, le projet d’usine de granulés de Biosyl fait face à de vives contestations

L’entreprise Biosyl, spécialisée dans la transformation du bois en granulés, veut installer une usine à Guéret (Creuse) afin de garantir une production qui pourrait chauffer 70000 foyers. Mais certains élus et associations s’y opposent.

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Manifestation contre le projet d'usine à granulés de Biosyl à Guéret en octobre 2024
Environ 2 500 personnes on manifesté, début octobre, contre l'implantation à Guéret d'une usine à granulés de l'entreprise Biosyl.

La gestion du bois et des forêts est, depuis toujours, un sujet sensible en Limousin. Alors, quand a été annoncée l’arrivée, à Guéret (Creuse), d’une usine de granulés (ou pellets), il y a naturellement eu une levée de boucliers. Avec, dans le viseur, l’entreprise Biosyl créée en 2010, qui transforme les connexes de scierie et les sous-produits de l’exploitation sylvicole en une énergie à faible émission de CO2 : les granulés de bois. «Biosyl participe à la valorisation des déchets et rebuts de l’écosystème sylvicole», indique-t-elle dans un communiqué. Pour ses opposants, comme la maire de Guéret Marie-Françoise Fournier, le projet annonce pourtant «une catastrophe écologique».

L'entreprise compte déjà deux usines : l’une dans la Nièvre, l’autre en Haute-Loire, pour 80 salariés et une production totale de 200000 tonnes de granulés. «Notre outil industriel nous permet de transformer une part significative de sous-produits et résidus du bois en énergie», selon Antoine de Cockborne, président-fondateur de Biosyl.

Le projet d'usine à Guéret – lancé depuis 2022 avec des travaux prévus pour fin 2024 et un démarrage en 2026 – doit se faire sur un terrain de 15 hectares situé dans la zone industrielle de la ville pour un investissement total d’environ 25 millions d’euros. «Cette décision stratégique est motivée par la disponibilité de ressources forestières importantes, mais sous-exploitées, dans la région pour fournir 70000 foyers français en énergie économique et faiblement carbonée, explique Biosyl. Le rayon d’approvisionnement s’étend sur 130km autour de Guéret et comprend 581000 hectares de forêts, englobant sept départements.» (Creuse, Haute-Vienne, Indre, Corrèze, Cher, Allier, Puy-de-Dôme).

La création de 40 emplois directs et d’une centaine d’emplois indirects est annoncée, avec un «impact économique significatif pour Guéret», notamment une masse salariale annuelle estimée à 2 millions d’euros.

«Le projet ne va pas du tout détruire la forêt de la région»

Dans sa démarche, Biosyl est soutenue par différents acteurs du secteur, dont la coopérative forestière Unisylva. Son directeur général, Benoît Rachez, voit avec ce projet une solution pour garantir l’avenir de la profession : «Ça apporte un débouché pour des types de bois pour lesquels on en a besoin, dont la récolte est nécessaire pour assurer l’entretien et l’amélioration de la forêt. Et en particulier de la forêt feuillue de la région, car actuellement on n’en récolte qu’à peu près la moitié de ce qu’il faudrait pour assurer une bonne gestion.»

Cependant, il n’ignore pas le discours des opposants qu’il tente de rassurer, même si leur poids le surprend quelque peu : «Le projet ne va pas du tout détruire la forêt de la région, ne serait-ce qu’en raison du besoin en quantité. La totalité de l’approvisionnement de l’usine ne représente que 3,6% de la possibilité de la forêt dans le secteur, chiffre Benoît Rachez. Dans le feuillu, on en est à 50%, donc si on passe de 50 à 53,6% ce n’est pas ce projet qui va bouleverser les équilibres. Mais on ne s’attendait pas à une telle opposition, d’autant que c’est le troisième projet d’une usine à granulés de Biosyl et il n'y avait pas eu de tels problèmes sur les deux premiers.»

Plusieurs milliers d’opposants

En effet, si le projet a notamment été validé par l’Agglo du Grand Guéret, la municipalité de la ville, elle, s’y oppose farouchement. «Notre nature est notre seule richesse, avance Marie-Françoise Fournier, maire de la commune. Quarante emplois créés par Biosyl, mais combien de perdus dans nos petites entreprises locales? Et par quoi allons-nous remplacer cette nature? Par ailleurs, je regrette qu’il n’y ait eu aucune concertation en amont. C’est une catastrophe écologique qui nous guette.»

L’édile a participé à une manifestation rassemblant environ 2 500 personnes, dont plusieurs collectifs, début octobre. À l’image de l’association Canopée, représentée par Bruno Doucet, chargé de campagne forêts françaises : «En Creuse, il y a déjà un volume de bois sur pied qui est en train de décroître. Chaque année, la forêt sur pied creusoise grandit d’un million de mètres cubes. Aujourd’hui, l’industrie prélève déjà 1,2 million de mètres cubes. Donc on est déjà en déficit. Il faut inverser la tendance. Mais au lieu de ça, on rajoute des usines comme Biosyl qui vont venir chercher 160000 mètres cubes de feuillus par année. Car ce qu’il faut savoir, c’est que ce seront, à 80%, des feuillus qui seront prélevés à 130 km à la ronde. Par ailleurs, il existe déjà des usines Biosyl, notamment une à Cosne-Cours-sur-Loire. Et on voit comme elle s’approvisionne, avec des coupes rases.» L’Etat, par l’intermédiaire de la préfecture de la Creuse, a donné son feu vert pour l’implantation de l’usine.

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