En Bretagne, plus de biosourcé pour moins d'intrants chimiques dans les élevages

Tout l'été, L'Usine Nouvelle fait le tour de France des champions industriels du biosourcé. Plusieurs entreprises bretonnes relèvent le défi de limiter les produits phytosanitaires chimiques utilisés dans les cultures céréalières et pour la santé des animaux.

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Les algues, richesse bretonne, entrent dans la composition de nombreux produits, notamment les intrants agricoles.

Première région d’élevage de France, la Bretagne pèse 58 % des tonnages de viande porcine et plus du tiers des élevages de volailles de l’Hexagone, selon l’Observatoire de l’environnement en Bretagne. Quelque 84 % des exploitations agricoles sont tournées vers l’élevage. André Sergent, le président de la chambre d’agriculture de Bretagne, le reconnaît, « il faut limiter les intrants chimiques dans les cultures » et réduire les importations d’aliments génétiquement modifiés. Conscient de la demande sociétale, le représentant du monde agricole breton se fait le chantre du biosourcé. Une gageure dans un secteur qui utilise encore très majoritairement la chimie…

Le groupe Roullier, implanté à Saint-Malo (Ille-et-Vilaine), a relevé le gant. Il a ouvert il y a plusieurs années un vaste centre de recherche d’envergure mondiale, dans lequel il a investi 30 millions d’euros il y a quatre ans. Fort de ses 200 ingénieurs français et étrangers, ce centre est composé d’une succession de cinq serres expérimentales, de chambres de culture et de laboratoires. C’est dans cet immeuble à la façade de verre que sont créés « des produits respectueux du sol et de la plante afin d’accélérer la croissance des végétaux et de nourrir les animaux sans intrants chimiques », indique un proche du président du directoire, Jérémie Lecha. Roullier a par exemple créé une matière première innovante – dont il garde la composition secrète – « permettant de renforcer l’efficience nutritionnelle du phosphore, élément nutritif indispensable à la croissance des plantes ». Fort de ses 2,1 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel, l’industriel contribue également à développer des pratiques agricoles vertueuses avec le fonds de dotation Roullier. Celui-ci finance actuellement la création d’un atlas moléculaire des champignons du sol. « La France, précise le groupe, sera le seul pays à pouvoir afficher un ensemble d’ouvrages sur la microbiologie des sols. »

Du biosourcé à prix équivalents

Installée en périphérie de la cité malouine, l’agritech Gaïago est devenue spécialiste de cette amélioration naturelle de la qualité des terres cultivables. « D’après la FAO [Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, ndlr], 66 % des sols cultivables dans le monde sont dégradés par des intrants chimiques », rappelle Samuel Marquet, le dirigeant de Gaïago. La société a tout récemment breveté le Nutrigeo, que Samuel Marquet définit comme « le premier prébiotique des sols activant les enzymes, stimulant la microflore pour une meilleure rétention d’eau et augmentant de plus de 10 % en sept semaines la qualité des champignons ». Créé à partir d’une quarantaine d’ingrédients naturels, comme les acides organiques et le manganèse, le Nutrigeo vient d’être testé sur 3000 parcelles. Le résultat est probant. « Dès la première année, le rendement du maïs augmente de 5 % », poursuit Samuel Marquet, le tout sans intrant chimique. Le prix de vente du Nutrigeo « est équivalent à celui des intrants conventionnels ».

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Grâce à une aide du plan France Relance d’un montant de 6,3 millions d’euros accordée en 2021, Antofénol, installé à Plestan (Côtes-d’Armor), va pouvoir industrialiser en Europe et aux États-Unis son produit, l’Antoférine. « Il s’agit d’un produit issu des déchets agricoles des exploitations viticoles, indique la directrice générale, Fanny Rolet. On effectue une éco-extraction des molécules du système de défense de la vigne. » Cet antimicrobien « entièrement naturel » est vendu « à un prix comparable aux équivalents chimiques », affirme la responsable. Elle a prévu de créer une seconde usine au Thor (Vaucluse), qui lui permettra de produire jusqu’à une tonne par jour de cet antifongique. Le site, qui représente un investissement de 42 millions d’euros, devrait fonctionner en 2024 et créer 120 emplois.

Autre bioressource : le littoral breton dispose de la plus importante réserve européenne d’algues sauvages. Une richesse à partir de laquelle est né le groupe Olmix, installé à Bréhan (Morbihan). Son fondateur et président, Hervé Balusson, se bat depuis des lustres pour valoriser cette matière première végétale aux vertus longtemps insoupçonnées. Olmix a créé des solutions composées d’extraits d’algues et d’argiles pour lutter contre l’utilisation des antibiotiques dans les élevages, notamment de volailles. Les travaux de ce groupe constitué de plus de 600 collaborateurs sont désormais accompagnés par des centres de recherche comme l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae). Ensemble, ils viennent d’officialiser – avec la société Mixscience et Phileo by Lesaffre – le réseau Prime (Pour une réduction d’intrants médicamenteux en élevage), qui se donne quatre ans pour « baisser les intrants médicamenteux dans les élevages ».

Olmix mène aussi une lutte acharnée contre les mycotoxines, des composés toxiques à base de champignons. Le groupe estime que 25% des productions mondiales céréalières sont contaminées par ces polluants, qui se retrouvent ensuite dans les tissus du poulet de chair et dans le sérum des truies et des porcelets. Pour lutter contre ce phénomène, l’entreprise a créé un composé naturel à base d’algues et d’argiles désormais utilisé dans les élevages. « Les scientifiques ont constaté une baisse sensible des mycotoxines », insiste Hervé Balusson. Il raconte se heurter fréquemment à la puissance du lobby agricole, globalement très dubitatif face à ceux qui veulent supprimer les matières chimiques. Son combat est loin d’être terminé.

L'idée biosourcée : Les belles couleurs de la peinture à base d’algues

Installé à Vern-sur-Seiche, près de Rennes (Ille-et-Vilaine), Algo Paint s’est lancé en 2015 dans la chimie végétale afin de concevoir une peinture écologique, sans composant pétrochimique ni émanation toxique et issue d’une matière première locale. Lionel Bouillon, à l’origine de la société, savait qu’il s’attaquait là à une technologie de rupture. C’est en s’adressant aux forces scientifiques régionales comme le Centre d’études et de valorisation des algues et aux chercheurs de l’École supérieure de chimie de Rennes qu’il a réussi son pari. « Deux années de R & D ont été nécessaires pour mettre au point la gamme brevetée, composée principalement d’extraits d’algues », indique le dirigeant. Les peintures d’Algo Paint sont vendues dans les magasins spécialisés comme Leroy Merlin, « à un prix légèrement inférieur aux produits conventionnels de haut de gamme », constate Lionel Bouillon. Après les algues, Algo Paint vient de créer une peinture à base de résine végétale et de coquilles Saint-Jacques. « Lavées et concassées, les coquilles sont riches en carbonate de calcium », précise le dirigeant. La gamme, résistante aux intempéries, est notamment prévue pour les peintures extérieures.

 

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Vous lisez un article de L'Usine Nouvelle n°3708-3709 - Juillet-Août 2022

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