La stratégie de l’Allemagne, qui se rêvait en leader européen des puces électroniques, a du plomb dans l’aile. Après des mois de rumeurs, l’américain Wolfspeed a confirmé le 23 octobre qu’il gelait la construction de son projet de mégafab à Ensdorf dans la Sarre. Celle-ci, «la plus grande au monde pour les semi-conducteurs en carbure de silicium (SIC) de nouvelle génération» selon lui, aurait dû voir le jour en 2027.
Comme raison de ce report, le fabricant évoque la faiblesse de la demande pour les véhicules électriques en Europe. «Nous ne savons pas si une entrée sur le marché européen a du sens en ce moment», indique une porte-parole. Le montant de l’investissement s’élève à 2,75 milliards d’euros, dont 517 millions de subventions publiques fournies par l’Etat fédéral et le Land de Sarre. Mais ce désengagement en Allemagne peut aussi s’expliquer par le fait que Wolfspeed dispose de deux autres grands projets aux Etats-Unis, avec l'extension de sa production de puces dans son usine de Marcy dans l'Etat de New York et une nouvelle usine de wafers en Caroline du Nord.
Pour cette dernière, Wolfspeed a reçu la promesse de 750 millions de dollars de subventions publiques, à condition qu’il remette de l'ordre dans ses finances. Or, le groupe a enregistré fin juin une perte de 175 millions de dollars, soit environ 60 millions de plus que l'année précédente à la même période.
Investissement reporté à une date indéterminée
Enfin, l’usine à Ensdorf devait se faire avec l’équipementier allemand ZF Friedrichshafen, qui contribuait à hauteur de 170 millions d’euros dans la mégafab. Celui-ci se trouve cependant en grandes difficultés économiques. À Sarrebruck, il fabrique des boîtes de vitesses pour les voitures à moteur à combustion, les véhicules hybrides et les voitures électriques. En dépit de ses investissements dans des lignes de production dédiée à l’électromobilité, les commandes ne décollent pas. En juillet dernier, l’entreprise qui emploie 168700 personnes dans le monde a fait savoir qu’elle voulait supprimer jusqu'à un quart de ses effectifs outre-Rhin, soit 14000 postes. Toutefois, ZF a indiqué dans la presse allemande qu’il ne se sentait pas «responsable d’un éventuel retrait de Wolfspeed de Ensdorf» et que le projet était à sa connaissance seulement «ajourné».

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Même son de cloche de la part du gouvernement local. «Wolfspeed reporte l'investissement à une date indéterminée, en fonction de l'évolution du marché», a tenté de rassurer la Ministre-présidente de Sarre, Anke Rehlinger, lors d'une conférence de presse. La dirigeante a d’ailleurs précisé que le terrain sur lequel le site devait sortir de terre – une ancienne centrale électrique – restait à la disposition de Wolfspeed et qu’elle attendait davantage de détails de sa part après les élections américaines du 5 novembre.
Intel suspend lui aussi son projet de mégafab
Dans tous les cas, il s’agit d’une nouvelle douche froide pour le gouvernement fédéral du chancelier Olaf Scholz qui enchaîne les mauvaises nouvelles. Il y a quelques semaines, le géant Intel a ainsi annoncé qu’il suspendait pour deux ans la construction de son usine à Magdebourg, d’un montant de 17 milliards d’euros. «Le recul de Wolfspeed doit être l'une des dernières sonnettes d'alarme», s’est insurgée Anke Rehlinger, critiquant ouvertement la coalition au pouvoir.
Alors que les représentants du patronat, de la politique et des syndicats se réunissent mardi 29 octobre à Berlin pour un sommet sur l’industrie, «il faut absolument qu’il débouche sur des mesures concrètes, comme une baisse les prix de l'énergie et des incitations à l'achat de voitures électriques», a-t-elle commenté. «Le pouvoir fédéral doit faire plus pour notre compétitivité internationale, je suis irritée que cela dure aussi longtemps».



