"Le plus vite sera le mieux". Dans un entretien accordé à France Info lundi 18 mai, le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, a fait part de son intention de présenter au plus vite les détails du plan de soutien à l’industrie automobile, fortement touchée par la crise du coronavirus. "J’annoncerai un plan de soutien au secteur automobile sous quinze jours. Le plus vite sera le mieux, de façon à relancer la consommation", a-t-il mis en avant. Mais pas question, semble-t-il, de soutenir l’achat de véhicules sans prendre en compte leurs performances environnementales.
"Il faut faire de cette crise un levier pour accélérer la transition écologique et encourager les Français à acheter des véhicules qui sont encore aujourd’hui trop chers pour eux", a insisté Bruno Le Maire au micro de France Info. "Cela veut dire soutenir l’achat de véhicules propres" et notamment des véhicules électriques, a une nouvelle fois indiqué le ministre de l’Economie et des Finances français. Début mai, Bruno Le Maire avait déjà indiqué que ce plan pourrait "passer par exemple par des soutiens à la demande, des soutiens à la consommation pour des véhicules électriques, propres".
95 grammes de CO2
Un conditionnement des aides à leur performance écologique demandé par les associations de défense de l’environnement. "La dynamique est enclenchée sur le véhicule électrique. Il faut soutenir ce virage, et ne pas donner de signal contradictoire qui pourrait remettre en cause cette transition. Les aides doivent être orientées vers le véhicule électrique, hybride et les véhicules légers", estimait Marie Chéron, responsable mobilité au sein de la Fondation Nicolas Hulot, à l’occasion d’une conférence organisée avec des journalistes le 4 mai.

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Depuis le début de l’année, les constructeurs automobiles opérant en Europe ont l’obligation de faire passer 95% de leurs flottes – puis 100% en 2021 – sous la barre moyenne de 95 grammes de CO2 par véhicule et kilomètre, sous peine de devoir s’acquitter de lourdes pénalités. Une mesure qui a logiquement provoqué une forte augmentation des immatriculations de véhicules électrifiés. Au premier trimestre, les ventes de voitures électriques ont progressé de 57% en Europe, d’après les chiffres de l’Association des constructeurs européens d’automobiles (ACEA).
Stocks de véhicules thermiques importants
Une tendance à la hausse au moment où les ventes totales de voitures particulières neuves ont chuté de 52,9% en raison de l’épidémie du coronavirus qui a conduit, dans plusieurs pays européens, à la mise en place de mesures de confinement de la population et la fermeture des concessions automobiles. Mais la crise économique pourrait dissuader les éventuels clients d’acheter des véhicules électriques ou hybrides qui restent significativement plus chers que leurs équivalents thermiques, estiment certains experts. D’autant que les stocks de véhicules essence et diesel sont importants.
"Il y a entre 750 000 et un million de véhicules invendus dans les concessions allemandes, dont la vaste majorité sont des voitures conventionnelles", expliquait à la mi-mai à Reuters le porte-parole de la fédération allemande des concessionnaires ZDK, Ulrich Köster. Dans une étude publiée mardi 19 mai, BloombergNEF estime que les ventes de voitures électriques et hybrides devraient chuter de 18% en 2020 dans le monde, à un total de 1,7 million de véhicules. Mais "le mouvement d’électrification des transports devrait accélérer dans les années à venir", indiquent les auteurs de l’étude.
Quel impact pour la filière française ?
Mais certains experts s’inquiètent des effets de ces mesures de soutien à l’achat des véhicules électriques sur la filière française. "Je conçois qu’il y ait une opportunité de pousser l’électrique, mais l’emploi et les capacités de production des constructeurs automobiles sont encore très largement liées au thermique. Même avec une forte augmentation des ventes, on laisserait sur le carreau des milliers d’entreprises et de salariés", mettait en garde Bernard Jullien, maître de conférences à l’université de Bordeaux et spécialiste de l’automobile, lors de la conférence du 4 mai.
Pour "sauvegarder les emplois de la filière au-delà de la crise", le secrétaire national de la Fédération générale des mines et de la métallurgie CFDT plaidait alors pour la mise en œuvre "d’un label origine France, qui garantit que 50% de ce qui constitue un véhicule sera fait en France". "En plaçant un seuil à 50%, on peut sécuriser de façon plus pérenne une partie de l’activité en France et en Europe", insistait Jean-Marie Robert, qui voit dans la période d’investissements dans l’électrification un moment propice pour engager une réflexion autour du taux d’intégration local et des politiques d’achat dans l’auto.
Production automobile en chute en France
Au début du mois de mai, Bruno Le Maire a assorti les mesures d’aides à l’achat de contreparties en matière de relocalisations. Depuis plusieurs années, l’industrie automobile française a massivement délocalisé la production de ses véhicules, en particulier les petites citadines à faible marge et forts volumes, telles que les Renault Clio et Peugeot 208. En une quinzaine d’années, la production automobile hexagonale a ainsi été divisée quasiment par deux, et devrait atteindre un nouveau point bas en 2020 à moins de deux millions de voitures.
Il est difficile d’imaginer la relocalisation de ces modèles de citadines - même si la voiture électrique la plus vendue en France, la ZOE, est produite à Flins (Yvelines). Mais la France pourrait tirer parti du véhicule électrique, à en croire certains spécialistes. Dans le cadre d’un rapport remis au gouvernement à la fin du mois de mars, mais pas encore publié, l’ancien responsable de la stratégie de Faurecia, Hervé Guyot, estime ainsi que la France doit localiser la production de l’ensemble de la chaîne de valeur électrique tout en conservant la fabrication de véhicules à haute valeur ajoutée, comme les SUV et les véhicules utilitaires.



