La filière REP des Emballages professionnels (Epro) devait entrer en vigueur au 1er janvier 2025 ; pour satisfaire notamment au Pacte vert européen qui exige que 55 % des déchets d’emballages plastique soient recyclés d’ici à 2030. « Cela va participer à améliorer nos connaissances sur les emballages professionnels, à assurer une traçabilité fine et à développer des filières de recyclage et de réemploi pérennes. C’est une réelle opportunité puisque les emballages professionnels qui transitent, chaque année, sur le territoire avoisinent les 17 millions de tonnes », explique Emma Lefour, chargée Affaires publiques et Communication chez « l’éco-organisme en devenir » Twiice.
Perturbée par l’instabilité politique, la mise en œuvre de la REP Epro devrait n’être opérationnelle qu’à compter du 1 er janvier 2026; la publication des textes officiels étant attendue à l’été. De leur côté, les industriels n’ont pas attendu pour optimiser les process de tri. 57 % des emballages professionnels étaient d’ores et déjà recyclés en 2023, soit l’équivalent de 4,2 millions de tonnes. Les emballages en carton affichaient, en 2024, des taux de recyclage (85 %) supérieurs aux objectifs fixés par l’Union européenne, tout comme le bois (34 % vs 25 %). « Les entreprises ont déjà mis en place des boucles de réemploi qui sont rodées, parfois depuis plusieurs dizaines d’années ; comme les palettes en bois qui se prévalent d’un excellent taux de réemploi », se réjouit Emma Lefour. Le taux de recyclage des emballages en métal s’affiche en dessous des objectifs, supposément par manque de traçabilité.
TWIICE C’est surtout dans le plastique que de larges progrès sont attendus, puisque seuls 26 % des emballages sont recyclés. « C’est un gisement particulièrement hétérogène et diffus sur tout le territoire, d’autant qu’il y a autant de problématiques à traiter que de secteurs dans les emballages professionnels », avance Emma Lefour. C’est à cette fin que Twiice vît le jour en 2019. Administré par vingt-sept entreprises et fédérations associées, il concentre ses efforts sur les emballages professionnels, avec un focus appuyé sur les plastiques. Il entend ainsi booster la seconde vie en créant des circuits de recyclage à forte valeur ajoutée fonctionnant en boucle fermée.
Comprendre les spécificités de chaque emballage
Pour ce faire, il entreprend, depuis sa création, des projets pilotes sur l’ensemble de la chaîne de valeur, depuis le tri, la collecte, la massification, la régénération et jusqu’à l’incorporation de matière première recyclée. Une trentaine est en cours, réunissant une cinquantaine d’entreprises partenaires. Très diversifiés, ces chantiers couvrent différents flux, notamment les bidons, les seaux, le flaconnage ou encore les big bags, et touchent des secteurs d’activité variés. Ils peuvent prendre la forme d’étude de faisabilité, de rédaction de fiches pratiques - pour apprendre par exemple, dans l’agroalimentaire, à mieux nettoyer les résidus de crèmes contenus dans un seau pour faciliter le recyclage -, ou donner lieu à la création de technologies nouvelles ; comme dernièrement pour répondre à des problématiques de désodorisation. « Nous avons traité 4 tonnes de seaux de l’agroalimentaire pour de la désodorisation et sommes en attente de test chez notre partenaire fabricant d’emballages pour réincorporer la matière dans des seaux et valider le projet », explique Emma Lefour.
TWIICE L’un d’eux, mené depuis 2020 avec Océdis, spécialiste des produits chimiques et des équipements matériels de maîtrise de l’eau, porte sur la collecte en logistique inverse de seaux et de bidons de 20 litres usagés ayant contenu des produits dangereux, directement auprès des clients (piscines municipales, campings) et des distributeurs, pour qu’ils soient recyclés. « Après avoir mis en place le tri à la source avec 274 points de collecte, nous avons collaboré avec toute la chaîne de valeur pour que ces emballages recyclés soient homologués afin qu’ils puissent contenir à nouveau des produits dangereux. Ce qui coûte cher dans le recyclage, c’est le transport. La massification est une solution d’avenir, rentabilisant la collecte et la création d’unités de régénération et le recyclage », détaille Emma Lefour. Déjà près de 80 tonnes de seaux et bidons ont pu être ainsi recyclées en boucle fermée. Cette approche terrain sert aussi à cartographier les interactions entre contenu et contenant, à documenter les fonctionnalités des emballages pour orienter leur traitement à bon escient. Plus largement, « tous ces travaux nous permettent d’appréhender en profondeur les enjeux auxquels sont confrontés les industriels pour être en mesure de leur apporter des réponses concrètes dès lors que Twiice se verra remettre l’agrément », résume Emma Lefour.
Cela devrait être le cas dans le courant de l'automne.
Cercle vertueux
Cet agrément permettra à cette entreprise privée à but non lucratif de percevoir les écocontributions de ses adhérents. Et de leur apporter en retour un soutien financier pour renforcer le tri à la source et favoriser le recyclage et le réemploi. « Nous aimerions agir bien au-delà, en fléchant les flux, de manière à garantir un approvisionnement et à asseoir la pérennité de la solution établie; notamment la création d’unités de régénération dédiées aux emballages professionnels qui répondent à un traitement spécifique de par leur taille, leur matière et leur contenu. Sur ce point, nous sommes en discussion avec les pouvoirs publics ». D’autres éco-organismes existants pourraient également se porter candidats, d’autant que la filière des emballages professionnels est transversale. « Nous devrions être trois ou quatre éco-organismes », anticipe Emma Lefour. Ce n’est qu’une fois l’assiette des coûts à couvrir connue que les éco-organismes agréés pourront calculer le montant des écocontributions. « Selon le cahier des charges, nous aimerions pouvoir moduler es barèmes. Cela serait profitable à l’animation concurrentielle vertueuse pour la filière ». Parmi les éléments connus, il est certain qu’une prime sera reversée pour la réincorporation de matières recyclées.
À ce titre, Twiice a déployé en France la plateforme myrecycledcontent pour favoriser l’utilisation d’emballages industriels contenant du plastique recyclé en mettant en contact fournisseurs et demandeurs. « En accès libre, cet outil permet aux utilisateurs d’anticiper les principes de la REP Epro et de s’inscrire dans un cercle vertueux ». En attendant la publication des textes officiels, Twiice continue de privilégier une dynamique de coconstruction pour répondre aux défis des emballages plastique ; et notamment les plastiques rigides (PE-PP et PEHD), pour lesquels les filières de recyclage et de réemploi manquent encore de structuration. Grâce à l’entrée en vigueur de la REP, la France devrait pouvoir honorer les objectifs fixés par l’Europe, « surtout si les éco-organismes agréés peuvent faire preuve d’opérationnalité », ponctue Emma Lefour.



