Historiquement davantage développé autour des flux logistiques et des emballages industriels et commerciaux, le réemploi connaît aujourd’hui une nouvelle dynamique portée par la stratégie 3R.

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Pandobac propose depuis 2018 un service d’emballages réemployables pour le transport professionnel.

Le marché du réemploi dans l’emballage se construit lentement mais sûrement, afin de réduire les déchets, premier pan de l’économie circulaire. « Contrairement à l’Allemagne qui n’a jamais abandonné le réemploi, la France doit réinstaurer son business model. De nombreux travaux sont menés autour de l’innocuité des emballages et de l’adhésion des consommateurs. La plupart des solutions de réemploi à grande échelle devraient véritablement s’imposer à partir de 2025 », anticipe Justine Gloz, chargée de mission Économie circulaire au centre technique industriel de la plasturgie et des composites (IPC). La législation doit préciser certains éléments de réponse, la filière conforter sa structure et sa position, en liant notamment les différents acteurs investis.

Créé en 2018, le Réseau Consigne qui fédère les professionnels du réemploi des emballages en France, compte à présent 180 adhérents. À noter : ses rencontres techniques nationales (conférences, tables rondes, ateliers…) se tiendront les 28 et 29 novembre prochain à Paris. « La boucle du réemploi, et plus globalement l’économie circulaire, modifie en profondeur les façons de travailler, en rendant nécessaire toute forme de coordination et de collaboration à chaque étape de la chaîne. Distributeurs, fournisseurs, consommateurs se doivent de coconstruire l’emballage de demain », synthétise Sophie Nguyen, responsable réemploi chez Citeo. Ce changement de paradigme et cette adhésion au réemploi vont prendre du temps ; d’autant que la maturité des entreprises reste pour le moins disparate. « Certaines confondent recyclage et réemploi », constate Shu Zhang, cofondatrice de Pandobac.

Structuration et organisation

Officiellement lancé en septembre 2022 par l’Ademe et le ministère de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires, l’Observatoire national du réemploi et de la réutilisation devrait y contribuer. Entre autres missions déterminées jusqu’en 2025, cet organisme doit favoriser le partage et la diffusion d’expertise, faire état des pratiques et des données terrain et participer à l’élaboration d’un vocabulaire commun. « Le réemploi souffrant encore de mésinformation auprès des metteurs en marché, il nous faut les sensibiliser, dédramatiser le sujet et leur détailler toutes les solutions réemployables existantes et complémentaires à l’emballage unique selon les cas d’applications », admet Sophie Nguyen. Les éco-organismes, les pôles de compétitivité et/ou les bureaux d’études spécialisés sur le créneau de l’économie circulaire vont participer à infléchir cette tendance. Tous ces interlocuteurs peuvent guider et accompagner les industriels dans la définition d’emballages réemployables et/ou leur récupération avant le nettoyage sans générer de détérioration par exemple. « Certaines approches de consommations ne trouveront pas de réponses avec le réemploi pour des raisons d’hygiène ou de consommation séquencée notamment », rappelle Sophie Nguyen.

La pédagogie à mener auprès des industriels, mais aussi des consommateurs qui doivent adhérer à ces changements de pratiques dans leur quotidien, n’est pas le seul enjeu auquel doit répondre la filière. Tout doit être repensé depuis la récupération des emballages, à l’entrepôt de stockage, aux unités de lavage, et ce jusqu’au retour sur site pour réemploi. Il faut parvenir à valider des modèles économiques viables sur le long terme en organisant la logistique inhérente ; l’idéal étant de pouvoir s’appuyer sur des réseaux et des flux préexistants afin de réaliser des économies d’échelle. C’est l’orientation prise par Pandobac qui propose depuis 2018 un service d’emballage réutilisable pour le transport professionnel. Installée à Rungis (Val-de-Marne), l’entreprise massifie et optimise les trajets de récupération en optimisant les allers-retours et en nouant des partenariats régionaux pour les opérations de lavage. Elle a également développé une application de suivi de ses bacs de manière à réduire leur taux de pertes et leur immobilisation. Elle compte une trentaine de clients, du grossiste à l’entreprise nationale. Au final, « notre service, facturé entre 40 et 70 centimes la rotation, est plus économique que le jetable, en plus d’être écologique, se félicite Shu Zhang. Pour l’emballage professionnel, il est plus fréquent de parvenir à des prix équivalents à l’usage unique, comme cela peut être le cas avec les bouteilles, permettant un déploiement industriel ». L’équation semble plus délicate à résoudre sur le créneau des emballages ménagers ; l’usage unique restant globalement moins coûteux. L’initiative Loop, qui s’apparente à un système de consigne de contenants réutilisables pour des produits de grandes marques, jouait les pionnières en mai 2019. L’enseigne Carrefour a depuis installé des produits consignés Loop dans une dizaine de ses magasins.

Remontées terrain

C’est pour pallier tous les freins au réemploi que le centre technique industriel de la plasturgie et des composites (IPC) lançait en septembre dernier le projet européen Buddie-Pack, financé par le programme Horizon Europe. Il rassemble dix-neuf partenaires issus de six pays, ayant vocation pendant trois ans et demi à mettre en place une approche systémique pour le déploiement à grande échelle des emballages plastique réemployables… En attendant la levée de certains obstacles, des industriels déjà s’évertuent à mettre au point des alternatives à l’usage unique qui soient techniquement, environnementalement, économiquement et socialement acceptables, pour les pérenniser selon Sophie Nguyen. « De nombreuses innovations fleurissent dans la plupart des régions métropolitaines, y compris dans les DOM-TOM dans des secteurs variés comme l’épicerie, les produits frais, les cosmétiques, les détergences… Ce n’était pas le cas il y a encore 5 ans ». À l’image de la start-up Hipli qui a investi le créneau de l’e-commerce créant un emballage sous forme de colis ou d’enveloppe en polypropylène, réemployable jusqu’à 100 fois et pouvant être déposé une fois utilisé pour une remise en état dans une boîte à lettres ou un point relais. Dans le secteur du snacking, Alphaform, filiale du groupe Guillin, fait la différence avec une nouvelle gamme d’emballages réemployables conçue à partir de PP et supportant jusqu’à 125 lavages. La TPE Biorrex ambitionne de son côté de commercialiser début 2023 une boîte à burger, incluant cinq compartiments, pour la restauration rapide et les fast-foods. L’entreprise a déjà validé la faisabilité technique du projet et est en passe de finaliser le prototypage. « Nous avons sélectionné le PP qui apparaissait la matière la plus efficiente pour le corps de l’emballage. Il nous reste à résoudre des problèmes liés à la migration alimentaire et au dépôt laissé par les sauces. Nous réfléchissons à marier deux matières », commente Akim Amari, fondateur de Biorrex.

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