De novembre 2022 à mai 2025, le projet Horizon Europe Iriss a rassemblé sept chaines de valeur pour réfléchir aux meilleures solutions permettant de déployer les recommandations « Safe and Sustainable by Design » (SSbD), traduites en Français par « sûr et durable de par sa conception » et publiées par le Join Research Center de la Commission européenne [1]. Des experts académiques et scientifiques, ainsi que des représentants d’organismes publics en lien avec les législateurs, ont participé au projet IRISS. L’objectif était de rassembler une communauté d’experts en « Safety » et « Sustainability » avec des représentants des chaines de valeur pour faciliter et accélérer l’application des principes SSbD dans les projets de Recherche et Développement (R&D).
Les chaines de valeur concernées incluent l’emballage, le textile, la construction, l’automobile, les matériaux pour l’énergie, l’électronique et les parfums. Le projet Iriss a permis la mise à disposition de nombreux guides et publications sur l’application des principes SSbD dans les projets de R&D, accessibles sur son site Web. Une plateforme numérique a été créée pour encourager les échanges entre experts SSbD, chaînes de valeurs et acteurs souhaitant comprendre ou mettre en pratique les principes SSbD. Cette plateforme ainsi que la communauté Iriss continueront d’exister au-delà du projet proposant des guides, formations, webinaires et un événement annuel. A ce jour, la communauté compte plus de 400 membres. Par ailleurs, les membres se retrouveront en novembre 2025 lors de l’événement SSbD25 à Zurich.
Le rôle d’IPC, le Centre technique industriel de la plasturgie et des composites, dans le projet Iriss était de représenter la chaîne de valeur de l’emballage. IPC a partagé des éléments opérationnels avec les experts SSbD afin d’identifier les leviers les plus importants permettant de déployer les principes SSbD et les rendre applicables aux industriels. De nombreux échanges ont eu lieu entre chaînes de valeur afin d’identifier les points essentiels et les priorités pour la pratique des principes SSbD. La restitution de ces échanges est aujourd’hui disponible dans les guides publications et livrables publiés par le projet Iriss, accessibles sur son site Web.
Une approche itérative et progressive
L’éducation des acteurs de la chaine de valeur est un point de départ pour le déploiement des principes SSbD. Une vidéo explicative est disponible pour comprendre ces principes appliqués à l’emballage [2]. Les échanges menés au sein du projet ont mis en évidence la nécessité d’adopter une approche itérative et progressive, alignée sur les jalons des projets de R&D. La sélection de « hotspots » s’est révélée indispensable pour optimiser les coûts dévaluation SSbD et concentrer les efforts sur des éléments importants. En outre, l’évaluation économique et le développement de solutions recyclables ont également été identifiés comme des priorités.
Catherine Colin Enfin IPC a appliqué les principes SSbD sur deux cas d’études issus des projets Horizon Europe Surpass et Buddie-Pack. Les retours sur ces pratiques et les propositions d’amélioration ont été partagés avec le Join Research Center de la Commission Européenne.
Afin d’appliquer les principes SSbD, il est essentiel de les expliquer de façon simple. Ces principes constituent un système d’évaluation d’innovation couvrant l’ensemble d’un projet R&D, avec des critères basés sur les thématiques « Safety » et « Sustainability ». Leur spécificité réside dans l’évaluation de tout le cycle de vie selon ces critères. Cela requiert une collaboration entre les acteurs de la chaine de valeur pour partager des données « Safe » and « Sustainable ». Les fonctionnalités de la solution innovante sont également mesurées avec des « principes de conception SSbD » et des objectifs en matière de caractéristiques techniques ou industrielles à atteindre. Tous les critères SSbD sont regroupés dans une évaluation globale avec un score calculé pour chaque critère et un score global pour l’ensemble de la solution. Ce qui distingue les principes SSbD des pratiques courantes, telles que les exigences de Reach ou de l’analyse de cycle de vie (ACV) est leur périmètre d’application très large couvrant les projets de recherche et développement sur des molécules chimiques, les matières, les produits ou les procédés. Cependant, cette étendue, combinée à la multitude de données à collecter et des critères à évaluer rend la mise en œuvre complexe.
Le projet Iriss s’est attaché à identifier des voies facilitant le déploiement de la pratique des principes SSbD. Des feuilles de route R&D [3] ont été publiées, proposant des solutions spécifiques à chaque chaine de valeur pour répondre aux défis liés à la pratique de ces principes. Les propositions faites pour chaque défi identifié pour l’emballage sont présentées ci-après.
Les défis dans l’emballage
Un défi à relever par la chaîne de valeur de l’emballage est d’incorporer des éléments recyclés (matériaux et/ou ingrédients) dans la composition afin de répondre aux exigences réglementaires européennes [4]. Les deux voies pour parvenir à cet objectif sont la réduction des tonnages de déchets d’emballage, volet où les consommateurs finaux sont fortement contributeurs, et l’accélération du développement de procédés de recyclage à l’échelle industrielle pour l’emballage, notamment pour l’emballage alimentaire avec la décontamination des déchets.
DR La chaîne de valeur de l’emballage a engagé de nombreuses substitutions pour retirer les substances à risque des emballages. Si les choix n’anticipent pas suffisamment les réglementations à venir, les industriels peuvent faire face à des substitutions successives. Ceci arrive lorsque les solutions de substitution choisies sont proches de la substance retirée et qu’elles peuvent se voir à leur tour interdites (interdiction successive de phtalates par exemple). Une proposition pour pallier cette succession de coûts est d’opter pour des substitutions plus innovantes, plus couteuses en investissement R&D, mais aussi plus différenciantes et plus pérennes, avec un meilleur retour sur investissement. Il s’agit alors de raisonner non pas par substance interdite mais par famille de substances proches à substituer.
Les exigences réglementaires sur la « Safety » sont fortes dans l’emballage, mais les contrôles de conformités menés par les autorités restent peu nombreux. Ceci dans un contexte où la présence d’emballage importés de zones extra-européennes est conséquente. Cette situation aboutit à des disparités dans les emballages présents sur les marchés, allant jusqu’à la présence d’emballages contenant des substances interdites [5]. D’où le besoin et la proposition d’agir sur des réglementations harmonisées au sujet de la « Safety » pas seulement à l’échelle européenne, mais aussi à l’échelle mondiale afin d’aboutir à un marché plus homogène. Une autre voie est d’opter pour des chaines de valeur plus locales et donc plus homogènes en termes de pratiques réglementaires.
Echanger les données
Pratiquer les principes SSbD nécessite d’échanger des données entre acteurs de la chaine de valeur, de l’amont vers l’aval et inversement : fabricants de matières, fabricants d’emballage, metteurs sur le marché et autres acteurs comme les recycleurs. Une bonne partie de ces données sont de nature confidentielles. Elles ne peuvent être partagées que dans des espaces sécurisés respectant cette confidentialité, avec un format permettant de lire des informations fiables et de qualité. La création de tels espaces de données a été proposée, incluant le déploiement du passeport numérique.
Le dernier défi étudié porte sur le coût de l’évaluation SSbD : comment choisir des critères SSbD complets, représentant l’ensemble du cycle de vie tout en restant compatible avec les budgets disponibles dans les projets de R&D ? Si tous les critères SSbD sont évalués, cela représente aisément des milliers de calculs à effectuer. Le choix de critères SSbD partiels est une solution, mais il doit maintenir une amélioration SSbD au global et éviter les transferts de pollution d’une étape du cycle de vie à une autre. L’identification de « hotspots SSbD » avec l’appui d’experts SSbD est un moyen d’y parvenir. Ces « hotspots » pourraient être déterminés par domaines d’application similaires. Ils réduisent à la fois le temps d’évaluation SSbD et le temps de support à apporter par les experts SSbD.
A l’issue du projet Iriss, il reste encore de nombreux défis à relever pour aboutir à une pratique simple et opérationnelle des principes SSbD par les industriels. Les thématiques abordées, « Safety » et « Sustainability » tout au long du cycle de vie, font partie intégrante des programmes R&D des industriels de l’emballage. Cela dit, le projet Iriss a permis de choisir et partager des priorités entre sept chaines de valeurs, comme la pratique d’une démarche itérative et centrée sur des « hotspots ». Ce partage devra perdurer au-delà du projet IRISS pour maximiser l’efficacité des efforts visant à intégrer pleinement les principes SSbD.
[1] C. Caldeira, R. Farcal, I. Garmendia Aguirre, L. Mancini, D. Tosches, A. Amelio, K. Rasmussen, H. Rauscher, J. Riego Sintes and S. Sala. Safe and Sustainable chemicals by design chemicals and materials: Framework for the definition of criteria and evaluation procedure for chemicals and materials. Publications Office of the European Union, 2022.
[2] Safe and Sustainable by Design video – SUSNANOFAB EU Horizon 2020 project IPC.
[3] The international ecosystem for accelerating the transition to Safe-and-Sustainable-by-design materials, products and processes. Roadmaps per value chain with guidelines and inputs for EU Calls. Anne Chloe Devic (SSbD Consulting), Eva-Kathrin Schillinger (Cefic), Catherine Colin, Severine Decormeille (IPC), Philippe Jacques, Marcel Meeus (EMIRI), Beatriz Ildefonso, David M. Storer (CLEPA), Dmitri Petrovykh (INL), Johan Breukelaar (EFCC), Lutz Walter, Kamilla Drubina (ETP), Chaima Elyahmadi (IFRA).
[4] European Commission (2022). Proposal for a REGULATION OF THE EUROPEAN PARLIAMENT AND OF THE COUNCIL on packaging and packaging waste, amending Regulation (EU) 2019/1020 and Directive (EU) 2019/904, and repealing Directive 94/62/EC. COM/2022/677 final.
[5] Geueke, B., Groh, K. J., Maffini, M., Martin, O., Justin M. Boucher, Chiang, Y.-T., Gwosdz, F., Jieh, P., Kassotis, C., ?a?ska, P., Peterson Myers, J., Odermatt, A., Parkinson, L., Schreier, V., Srebny, V., Zimmermann, L., Scheringer M. and J. Muncke (2023). Systematic evidence on migrating and extractable food contact chemicals: Most chemicals detected in food contact materials are not listed for use. Critical Reviews in Food Science and Nutrition, 63(28), 9425-9435.



