C’est encore plus vert chez Leclerc ? Le groupement de distributeurs indépendants a présenté ce 15 avril sa stratégie de décarbonation. L’objectif est ambitieux : réduire de 50% l’empreinte sur l’ensemble des périmètres (les fameux «scopes») d’ici à 2035. L’année de référence est 2023, date à laquelle les activités ont généré 73,6 millions de tonnes de CO2 (ou équivalent). L’immense majorité de ces émissions provient des produits distribués et non de l’activité de distribution stricto sensu.
«Nous nous projetons à dix ans pour être sur le podium des meilleurs acteurs de la distribution», assure l’iconoclaste Michel-Edouard Leclerc, patron du groupe éponyme. Tous les secteurs vont être mis à contribution : les carburants, 51% de l’empreinte carbone sur la ligne de départ, l’alimentaire (34%), le non-alimentaire (13%) et donc les infrastructures (2%). Reste à savoir comment cette nouvelle donne va concrètement s’articuler avec le positionnement prix historique de l’enseigne. «Il faut que cette nouvelle économie soit accessible, a cadré «MEL». Car oui, produire plus vertueux, plus local, a priori c’est structurellement inflationniste. Mais il est tout à fait possible qu’à horizon cinq ans, avec l’IA et le numérique, nous retrouvions des coûts marginaux décroissants.»
En attendant, les fournisseurs vont être mis à contribution, sans que les termes ne soient forcément précis – une manière de se laisser de la marge dans un contexte de guerre des prix. Sur l’alimentaire, la stratégie repose sur trois piliers. Aux agriculteurs, on promet des volumes et de la visibilité s’ils s’engagent sur le chemin de la décarbonation : le modèle privilégié est celui des contrats tripartites, où l’ensemble de la chaîne de valeur s’accorde. On demeure toutefois assez flou sur la rémunération, qui devra se contenter d’être «juste».
Des MDD végétales, des scores carbone partout
En rayons, Leclerc va utiliser ses MDD pour développer la consommation de produits végétaux, idoines pour tenir la promesse d’accessibilité. Les fournisseurs de marques nationales vont se voir assigner des objectifs par famille de produits, chaque catégorie n’étant pas vouée à se décarboner au même rythme. Le distributeur va adresser des «fiches repères» à ses fournisseurs, alors que les 250 plus importants pèsent 73% de son empreinte carbone sur l’alimentaire.

- 1102.98+6.11
Mars 2026
Huile de palme - Malaisie$ USD/tonne
- 472.5+2.86
Mars 2026
Graines de soja - Etats-Unis$ USD/tonne
- 658.25+5.07
Mars 2026
Phosphate diammonique (DAP)$ USD/tonne
Officiellement, Leclerc promet de ne pas user du bâton et, contrairement à ce s'engage à faire Carrefour, il ne sortira pas des rayons les fournisseurs qui ne se mettent pas dans les clous niveau carbone. L’idée est plutôt de donner des indications au consommateur pour l’aider à choisir : 6000 des références alimentaires distribuées par l’enseigne sous marque propre apposent désormais une mention relative à leur bilan carbone. Mais uniquement pour les courses en ligne en raison des difficultés à faire évoluer les emballages en physique.
Pas de prix carbone dans la négociation mais...
«À terme, l’impact carbone aura le même poids que nos prix dans nos enseignes», assure Philippe Amann, responsable de la Spilec, la branche en charge de l’énergie et du non-alimentaire au sein du groupement. On promet que les produits les moins carbonés seront mis en avant en rayon. Mais pas question de s’avancer sur un prix carbone dans la négociation, qui permettrait de sécuriser les fournisseurs qui réalisent des avancées concrètes et chiffrées.
Pour les carburants, levier principal de réduction de l’empreinte carbone, alors que Leclerc indique être le deuxième distributeur de carburants en France, la stratégie repose d’abord sur une montée en puissance des agrocarburants, E85 et HVO100. Ils ont l’avantage de tenir, surtout pour le premier cité, la promesse de l’«accessibilité prix», même si le bilan carbone par rapport aux carburants conventionnels est parfois débattu.
Rendez-vous dans trois ans
Le groupement d’indépendants promet aussi «une recharge à prix Leclerc» sur tous les parkings de ses supermarchés pour les utilisateurs de véhicules électriques, mais se montre très peu disert sur la manière d’y parvenir. À date, il revendique 4300 bornes de recharge. Aucun objectif n’est donné sur le nombre de bornes qui seront installées dans les dix prochaines années. «La question, plus que le nombre de bornes, est aussi d’être en capacité de fournir la bonne puissance de recharge, détaille Pascal Ricordeau, président du développement durable. Aujourd’hui, les utilisateurs ne sont pas encore au rendez-vous.»
Après les annonces, l’heure est désormais au déploiement de la stratégie. Leclerc promet des résultats visibles sur son bilan carbone d’ici trois ans, en raison de la nécessaire inertie liée à la mise en route du programme. Le rendez-vous est pris.



