Chronique

[Drinks stories] Le champagne Salon cultive le goût de la rareté

Au Mesnil-sur-Oger (Marne), seuls 44 millésimes du champagne Salon ont été produits en l’espace de 120 ans. La maison, dans le giron du groupe Laurent-Perrier, se paie le luxe de l’irrégularité.

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Champagne Salon
La production de Salon s'effectue depuis un lieu unique.

En 120 ans, seuls 44 millésimes du champagne Salon (dont 37 au cours du XXe siècle) ont été mis en vente. Le millésime 2013 sera lancé en septembre prochain. «De bons degrés et de très belles acidités» sur le chardonnay, cépage unique de la marque, ont été déterminants pour convaincre les trois personnes du comité de dégustation de valider le lancement d’une édition. «Salon est au champagne ce que Bugatti est à l’automobile», s’enthousiasme Didier Depond, le président de la société AS.

Au Mesnil-sur-Oger (Marne), cette filiale (7 personnes) du groupe Laurent-Perrier produit 800 000 bouteilles de champagne par an, à travers Delamotte et Salon. Delamotte est la cinquième plus ancienne maison de champagne (1762), tandis que Salon a été créé par Eugène-Aimé Salon (1867-1943) pour sa consommation personnelle, avant de passer par Besserat de Bellefond, Pernod Ricard et Laurent-Perrier depuis 1988.

Pas d’intelligence artificielle pour la dégustation

Contrairement à ceux de Delamotte, les champagnes Salon sont uniquement produits durant «les bonnes années qualitatives, avec un haut niveau d’acidité pour avoir des vins qui tiennent le choc du vieillissement, et qui sont bus parfois vingt ou trente ans après», précise Didier Depond.

Depuis 1905 (premier millésime), le principe ne change pas : des champagnes élaborés uniquement à base de chardonnay, issus d’un seul village, d’un seul cru, avec un vieillissement moyen de dix ans. «A l’époque, un champagne blanc de blancs, avec 100% de chardonnay, constituait une révolution. L’art du champagne consiste à assembler les cépages et les crus. 85% des champagnes sont d’assemblage et non-millésimés», poursuit le dirigeant. Une vendange moyenne correspond à 50 000 bouteilles. Dernièrement, le millésime 2012 (lancé en 2022) et le 2008 (lancé en 2020), uniquement à hauteur de 8 000 bouteilles au format magnum, avaient été commercialisés.

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«Le gustatif, cela ne se fait pas avec ChatGPT», lance Didier Depond. En premier lieu, les équipes de l’entreprise goûtent le raisin. Au moment des vendanges, la décision de lancer ou non un millésime de Salon est prise «à 60%». Les vins fermentent, puis six mois après les vendanges, les vins clairs (des vins blancs tranquilles ayant fait l’objet d’une première fermentation) sont déguster avant d’acter une décision finale. Trois personnes, dont deux œnologues présents depuis plus de trente ans, sont habilitées à trancher. Si les vins ne sont pas retenus, ils renforcent la gamme de Delamotte (blanc, blanc de blancs, blanc de blancs brut).

Un cercle restreint d’acheteurs

En termes de commercialisation, Salon défend une approche élitiste, "entre privilégiés" comme le dit son slogan. Les ventes s’effectuent dans la restauration haut-de-gamme (de 1 000 à 1 500 euros sur les cartes de grands restaurants pour certains millésimes, et jusqu’à 14 000 euros le magnum de 2008), auprès de cavistes également, ainsi que collectionneurs de vins à travers le monde. «Il faut connaître physiquement et personnellement, cette communauté d’une centaine de personnes, qui attend les nouveaux millésimes avec impatience», explique Didier Depond. 97% des ventes sont réalisées à l’export, contre une moyenne d’environ 60% pour la catégorie champagne.

Pour le nouveau millésime 2013, inutile de faire le pied de grue devant les locaux de la maison : une large partie de la production est déjà vendue, sous forme d’allocations, pour les deux prochaines années.

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