Un troisième contenant dans la panoplie de la Brasserie du Pays flamand. Sur les 40 000 hectolitres de bière qu’elle produit à Merville et à Blaringhem (Nord), la moitié sont conditionnés en fûts, et l’autre partie en bouteilles en verre, à deux tiers en 75 cl et un tiers en 33 cl. Mais depuis le mois de juin, des canettes ont fait leur apparition. Une nouveauté précipitée par les tensions sur les matières, affirment les dirigeants de l’entreprise, qui emploie 43 personnes et devrait générer 10,5 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2022.
Échaudés par la crise Covid et la hausse des prix de l’énergie, la brasserie souhaite se prémunir d’une éventuelle rupture dans ses approvisionnements en bouteilles en verre, qu’elle a déjà constatée ponctuellement chez certains concurrents. «En plus d’aller chercher un nouveau marché, et d’abaisser notre bilan carbone, l’introduction de la canette nous permettra de ne pas interrompre nos usines», explique Olivier Duthoit, cogérant et directeur général.
«Nous arrivons dans un hiver un peu rude. Il existe un risque de rupture dans la production de verre, compte tenu de l’explosion des coûts de l’énergie. Si nous avons, en fermenteurs, de la bière que nous ne pouvons pas conditionner, la production sera difficile», corrobore Adrien Erb, directeur marketing. La brasserie, qui se fournit chez Verallia, Vigan et Ardagh, regrette que le prix de la bouteille ait augmenté de 30% cette année, et prévoit encore une hausse de 25 à 30% en 2023.
Une ligne amenée à monter en puissance
Pour introduire la canette dans son process, la Brasserie du Pays flamand a d’abord commencé par gagner en place. «On ne pourra jamais produire autant en canettes qu’en bouteilles, mais nous avons surdimensionné notre outil», indique Olivier Duthoit. Dans l’extension de la ligne de production mixte, une nouvelle configuration permet de conditionner en bouteilles et en canettes. L'installation peut envoyer 2 500 à 3 500 canettes par heure, contre 5 500 à 6 000 bouteilles. «Nous ne sommes pas encore, en canettes, sur une ligne "industrielle", avec un niveau d’automatisation élevé», convient le dirigeant. Actuellement, la mise en carton des canettes se fait à la main, tandis qu’elle est automatisée pour les bouteilles en verre. Des tests avaient été réalisés avec des encanneuses mobiles. Les limites en termes de quantité, et des doutes sur la qualité, ont convaincu l’entreprise de se doter de son propre outil.

- 120-3.15
Février 2026
Indices des prix internationaux des matières premières importées - Pâte à papier - En eurosBase 100 en 2010
- -5+100.0
Mars 2026
Vieux papiers, sortes ordinaires - Moyenne France-Export - 1.05 Ondulés récupérés (ex A5)Variation en €/tonne
Après un batch en juin de bière blonde et IPA Anosteké, sa marque principale (80% des volumes, le reste étant réparti sur trois autres griffes), la brasserie a produit d’autres lots de bière blonde en canettes en décembre, avant de monter doucement en puissance en janvier 2023. Faute de pouvoir répliquer son format 75 cl en boîte boisson, la brasserie va proposer des canettes de 44 cl, qui lui permettront de se renforcer dans les magasins de proximité, pour la consommation nomade, et chez les cavistes, où ses bières éphémères (une vingtaine de nouveautés par an) sont amenées à prendre davantage de place. La prochaine bière aux fruits rouges sera d'ailleurs conditionnée pour moitié en fûts, et pour moitié en canettes. Environ 30% à 40% des bières bouteilles étant vendues en grandes et moyennes surfaces, plusieurs mois sont nécessaires afin de faire référencer les nouveaux produits. Au total, 3% de la production devrait passer en canettes en 2023, avant une croissance espérée des volumes.
Le réemploi de bouteilles, prochaine étape
La Brasserie du Pays flamand entend rassurer les consommateurs qui s'inquiéteraient de voir débarquer la canette dans sa gamme. «Quand on est amoureux de la bière, la canette n’est pas un frein. Pour le marché grand public, il y a encore l’image d’un produit bas de gamme», expose Adrien Erb. Le choix s’est donc porté sur la plus connue des quatre marques de l’entreprise, et sur le format 44 cl (et non 50 cl ou 33 cl), afin de coller aux pratiques des brasseries artisanales, qui sont nombreuses à avoir déjà basculé tout ou partie de leur production en boîte.
Au-delà des considérations pratiques et de son potentiel sur le segment du e-commerce, la canette jouit aussi d’un bilan environnemental en sa faveur. Le poids descend de 500 grammes (pour une bouteille en verre au format 75 cl) à 15 grammes. Mieux, le point de fusion du verre se situe à 1 500°C, contre environ 660°C pour l'aluminium. Compte tenu de l’énergie consommée pour leur production, l’impact des bouteilles en verre occupait ainsi la première place dans le bilan carbone réalisé en 2021 pour le compte de l’entreprise.
«Le mix emballages idéal consisterait en du fût, de la bouteille réemployée et de la canette, mais hors de la région. Nous allons aussi travailler avec des prestataires spécialisés pour le lavage et le réemploi des bouteilles», explique Adrien Erb, qui cite un projet de laveuse en cours de montage dans les Hauts-de-France. Pour l’heure, sa boîte fera de la mise en boîte.



