Chronique

[Drinks stories] Ces contenants en verre comptent remplacer les bouteilles individuelles de spiritueux dans les bars

En lançant en France EcoSpirits, La Maison du Whisky compte livrer aux cafetiers, hôteliers et restaurateurs des contenants de 4,5 litres remplaçant les bouteilles de spiritueux. Objectif : réduire les emballages et revenir à la consigne. Drinks stories, la chronique de Franck Stassi.

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EcoSpirits
Cette unité de production démarrera en novembre à Saint-Ouen l'Aumône (Val d'Oise).

Dans le monde, 40 milliards de bouteilles d’alcool ont été produites en 2020, générant 22 millions de tonnes de CO2, rappelle-t-on à La Maison du Whisky. Cet importateur, distributeur et revendeur de spiritueux pour le marché français et pour l’export (220 personnes, 120 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2020) compte agir à son échelle en implantant sur le marché français la solution d’EcoSpirits, une start-up créée en 2018 à Singapour, sous la forme d’une coentreprise. Le principe : appliquer le principe de la consigne aux spiritueux, auprès de clients cafés-hôtels-restaurants.

En lieu et place des caisses de six bouteilles, les spiritueux sont conditionnés dans des contenants en verre de 4,5 litres, les « EcoTotes », eux-mêmes dotés d’un support en plastique installé chez les clients (notamment bars). Ces caisses sont dotées d’un système permettant d’effectuer de la verse directe, par aspiration avec une petite pompe et au moyen d’un dosage programmé sur une machine. Lorsque le contenu des contenants en verre est terminé, les livreurs ramènent les « EcoTotes » à l’entrepôt afin qu’ils soient nettoyés. Ensuite, ils sont de nouveaux remplis.

Avec cette solution, le transport peut être massifié (quatre couches de 25 « EcoTotes » peuvent être regroupées sur une palette). Les producteurs de spiritueux partenaires, parmi lesquels Maison Ferrand (rhum Plantation, gin Citadelle…), Fair (spécialisé sur le commerce équitable) ou la maison de calvados Christian Drouin proposeront, avec d’autres marques moins connues, une dizaine de références au lancement. Des contenants de 200, 500 ou 1 000 litres seront remplis et expédiés par les producteurs d’alcool. Ceux-ci seront réceptionnés dans un entrepôt de Saint-Ouen l’Aumône (Val-d’Oise), où un conteneur (« EcoPlant ») héberge l’unité semi-automatique de remplissage et de nettoyage des « EcoTotes », avec trois opérateurs.

Un concept adapté pour la France

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La Maison du Whisky s’est rapprochée de Richard Vins & Domaines, un grossiste-distributeur en vins et spiritueux, pour son important réseau commercial en cafés-hôtels-restaurants et son expertise dans la consigne. Au lancement d’Ecospirits, l’Ile-de-France, la Normandie, la Côte d’Opale et le nord de la Bourgogne seront couverts. Les expéditions s’effectueront depuis les entrepôts de chacune des deux entités, celui de Richard Vins & Domaines étant situé à Gennevilliers (Hauts-de-Seine).

Grâce à son implantation à Singapour, La Maison du Whisky a pu observer le fonctionnement en conditions réelles d’EcoSpirits, fondé par d’anciens professionnels de la distribution et propriétaires de bars. Après le marché britannique, EcoSpirits doit prochainement arriver en Allemagne. Un an de travail a été nécessaire pour s’adapter aux contraintes du marché, afin de respecter les normes européennes et françaises. « Nous conditionnons de l’alcool, une matière réglementée. Pour peser les produits, il a fallu une balance normée CE », illustre Jean-François Briand, directeur général de La Maison du Whisky.

En France, la production doit démarrer en novembre. Avec à la clé, des tarifs abaissés jusqu’à 30%. « Nous réduisons les déchets, les émissions carbone liées aux émissions du verre, ainsi que les frais de transport et de logistique. Dans le coût du produit, l’emballage compte énormément », rappelle le manager. Une présentation à destination des professionnels du bar est organisée dans quelques jours à Paris.

Les tensions sur les matières et la logistique touchent aussi le secteur

« Nous sommes très durement affectés par l’explosion des coûts de transport, avec une multiplication par dix du prix des conteneurs depuis l’Asie depuis un an. Sur nos emballages, nous avons des augmentations de coûts qui commencent à être significatives. Il y a aussi des produits en rupture, parce que les supply chain sont tendues », explique Jean-François Briand, citant notamment plusieurs références de tequila ou de mezcal. La difficulté de nombreux producteurs à embouteiller (par manque de bouteilles et d’emballages) et à transporter est évoquée.

Autre facteur d’inquiétude pour La Maison du Whisky, la complexification des démarches au Royaume-Uni suite au Brexit, et la pénurie de chauffeurs-livreurs. Le pays représente 30% de ses importations en valeur (scotchs, gins, whiskys irlandais).

 

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