[Édito] Double actualité à la Maison de la chimie, ce jeudi 6 décembre

Colloque parlementaire et remise des prix Pierre Potier étaient au programme de la matinée du 6 décembre 2023, organisée par l'association professionnelle France Chimie, dans les locaux de la Maison de la chimie, à Paris.

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France Chimie
Un projet d'Axens, lauréat du Prix Pierre Potier.

Les prix Pierre Potier, qui célèbrent depuis 2006 les innovations de la chimie en faveur du développement durable, n’ont plus le faste d’antan. C’est peut-être pour cela que Bernard Meunier, directeur de recherche émérite du CNRS et président du jury, a réclamé à Roland Lescure, ministre délégué à l’Industrie, présent lors de la remise des trophées 2023, un retour à une cérémonie en bonne et due forme, dans les locaux du ministère de l’Industrie, comme cela se déroulait auparavant. Il est vrai que les prix Pierre Potier ont été remis promptement, ce 6 décembre, à la Maison de la chimie (Paris 7e), en marge de rencontres parlementaires. Le jury a attribué ses médailles à PolymerExpert pour EstoGel Green, un modificateur de rhéologie 100 % biosourcé, à Dow pour Duratrack WH-155, un liant destiné à la route avec des performances techniques et environnementales renforcées, et à Afyren pour Afynerie, un procédé de fabrication industriel et biomimétique d'acides organiques biosourcés. Axens est reparti avec le Grand Prix qui lui a été remis pour le développement de technologies de production de carburants d'aviation durables permettant de minimiser l'empreinte carbone de ce moyen de transport. Et simultanément, cet expert des procédés a empoché un deuxième trophée, le Prix Pierre Potier des lycéens. Son dossier a été retenu parmi 13 projets présentés à quelque 10 000 lycéens de 378 classes. Fruit d’un partenariat reconduit depuis cinq ans entre France Chimie et le ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse, ce Prix Pierre Potier des lycéens est une initiative qui vise à conduire plus de jeunes vers les métiers de la chimie, s’ajoutant à la manifestation Village de la Chimie proposée depuis plus de vingt ans.

Une sensibilisation aux enjeux de la chimie

Mais il ne faut pas avoir trop de regrets, car ces rencontres parlementaires avaient aussi leur importance. Les industriels de la chimie, qui ont pourtant l’habitude d’aller de l’avant, avaient un ton bien inquiet, compte tenu de la situation inextricable dans laquelle ils se trouvent. Ils n’ont quasiment jamais payé leur énergie aussi cher, par rapport à leurs concurrents d’Amérique du Nord et d’Asie qui en profitent pour accentuer leur pression commerciale. À la fin septembre, la chimie en France était déjà en recul de 4 % en volume sur un an, en fort décrochage par rapport à l’industrie manufacturière qui a progressé de 0,8 %. Et ce sont les énergo-intensifs, producteurs d’ammoniac ou de chlore notamment, qui en payent le prix fort. Représentant quelque 20 000 collaborateurs en France, ils pourraient être menacés, à terme, de fermeture. Or Frédéric Gauchet, président de France Chimie, a rappelé qu’il y avait danger à ne pas soutenir tous les pans de la chimie. « L’industrie de la chimie s’appuie sur un double écosystème, celui des PME et des grands groupes, mais aussi celui des entreprises de l’amont et de l’aval », a-t-il expliqué. « Nous avons besoin d’une politique qui maintienne cette chimio-diversité. » La situation est d’autant plus difficile que l’industrie chimique est engagée dans une transition écologique et énergétique pour abaisser drastiquement son empreinte carbone. Un effort qui se chiffre en milliards d’euros d’investissements. « En payant notre énergie deux fois plus cher, c’est un tapis rouge que l’on déroule à nos concurrents américains et asiatiques. Une désindustrialisation à bas bruit », a ajouté le président, évoquant le risque de rater notre décarbonation. Rappelons-nous que, grâce à notre mix-énergétique -  somme toute bas carbone, produire en France, c’est bon pour le climat.

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