Un an après l’annonce de sa création par Air Liquide, TotalEnergies et Vinci, le fonds de Hy24, spécialisé dans le financement de projets d’infrastructures hydrogène bas carbone, entre dans une nouvelle phase. La coentreprise entre le géant du capital-investissement Ardian et la plateforme d’investissement dans l’hydrogène décarboné FiveT Hydrogen a annoncé lundi 10 octobre avoir bouclé le tour de table de Clean H2 Infra Fund pour un montant total de deux milliards d’euros. De quoi dépasser l’objectif minimum fixé initialement à 1,5 milliard d’euros et revendiquer la place de plus grand fonds d’infrastructure au monde sur ce segment.
La crise énergétique traversée par l’Europe, et le plan consécutif de la Commission européenne, RePower EU, n’y sont pas pour rien. «Dans la foulée de la guerre en Ukraine, le marché a grossi et l’attractivité des projets s’est renforcée. Atteindre les deux milliards d’euros va nous permettre d’aller sur des projets un peu plus gros. Nous aurions même pu aller au-delà mais le moment est venu de déployer cet argent», indique à L’Usine Nouvelle Pierre-Etienne Franc, le directeur général de Hy24.
Cinq à six opérations par an
Ancré en France, son fonds ambitionne de rentrer dans la palette d’outils des industriels pour accélérer et développer des projets qu’ils ne porteraient pas seuls, avec des prises de participation allant de 15 à 200 millions d’euros. Par effet de levier, le fonds espère entraîner 20 milliards d’euros d’investissements dans les six prochaines années, la période où il va apporter ses capacités financières.
Entre 20 et 30 projets devraient être concernés, à raison de cinq ou six par an. Clean H2 souhaite accompagner des projets d’infrastructures de l’amont à l’aval de la chaîne de valeur de l’hydrogène bas carbone. «Cela peut aller de la production d’énergie renouvelable, qui est parfois intégrée à l’actif de production d’hydrogène vert, jusqu’aux pipelines, unités de stockage et stations de rechargement, en passant par la production de dérivés comme l’ammoniac vert», détaille Pierre-Etienne Franc. L’hydrogène issu d’électricité d’origine nucléaire est éligible. Les projets peuvent être issus de gros consortiums, comme de start-up, et quelques investissements directement au capital de sociétés sont possibles. Clean H2 envisage de détenir ses participations pendant six à dix ans, mais ne s’interdit pas de sortir plus tôt sur des projets à cycle plus rapide.
Des investissements dans la recharge et la production
Le financement conjoint avec d’autres partenaires ne sera pas systématique, mais le fonds présente les capacités de financement supplémentaires qui pourraient accompagner ses prises de participation comme l’un de ses atouts. Ces capacités seront permises grâce aux nombreux industriels ayant apporté 50% de son capital. En plus des trois industriels français déjà cités, les américains Plug Power, Chart Industries et Baker Hughes sont de la partie. Ils ont depuis été rejoints par Airbus, GRTgaz, le groupe ADP, EDF, CMA CGM, le chimiste coréen Lotte Chemical et bien d’autres. Les 50% restants proviennent de financiers dont AXA, Crédit Agricole Assurances, Société Générale Assurances ou encore la Caisse des dépôts et Groupama.
Pierre-Etienne Franc estime ainsi que près de 50% du fonds est d’origine française. Suffisant pour introduire un prisme français dans sa politique d’investissement? «Si on trouve des projets en France, évidemment qu’on les fera, répond Pierre-Etienne Franc. Mais la France est jusqu’ici restée plutôt timide sur le déploiement d’infrastructures de mobilité. Quant à la décarbonation de l’hydrogène gris, il faudra voir si les industriels souhaitent partager leurs projets.» Hy24 précise dans un communiqué que son portefeuille sera diversifié entre l’Europe, le continent américain et l’Asie.
Pour le moment, trois investissements ont déjà été réalisés par Clean H2. Fin mars, il a contribué à hauteur de 70 millions d’euros à la levée de 110 millions d’euros effectuée par H2 Mobility, l’opérateur de stations de rechargement hydrogène pour la mobilité routière en Allemagne. Ce dernier devrait ainsi faire bondir son nombre de stations de 90 à 300 d’ici à 2030. Quelques semaines plus tôt, le fonds participait au tour de table de 200 millions de la start-up allemande Hy2Gen qui est spécialisée dans le montage de projets de production d’hydrogène vert et de ses dérivés. Il avait enfin acquis 30% de l’espagnol Enagás Renovable, un autre spécialiste du développement de projets hydrogène à partir d’électricité renouvelable.



