Les professionnels de l’automobile connaissent les concept-cars, ceux du bâtiment développent les «concept buildings». Des idées de prototypes destinées à présenter les avancées technologiques et le savoir-faire de constructeurs, à l’instar de Bouygues Construction. A travers trois projets, le géant du bâtiment (32 400 personnes dans 60 pays pour 9,2 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2022) illustre sa capacité à faire chuter les émissions carbone. Alors que la moyenne des émissions des bâtiments en construction est de 870 kg équivalent CO2 par mètre carré, et que le seuil actuel de la réglementation environnementale RE2020 est à 950 kg eq.CO2/m² (RE2022), la major affiche des chiffres inférieurs aux limites maximales prévues pour 2031, avec 292 kg eq.CO2/m².
Un défi né du constat que le secteur du bâtiment pèse, selon le ministère de la Transition énergétique, 43 % des consommations énergétiques annuelles françaises et génère 23 % des émissions de gaz à effet de serre. «Nous avons rassemblé nos équipes pour questionner ce qu’est la construction de bureaux neufs, autour de l’objectif de concevoir un bâtiment à l’empreinte carbone la plus faible possible. Il fallait trouver un équilibre entre la consommation de matières, le poids carbone, l’esthétique et le confort des utilisateurs», expose Albin Dargery, le directeur général délégué de la filiale Bouygues Bâtiment Ile-de-France. Un travail réalisé en collaboration avec l’agence Franck Boutté consultants et les cabinets d’architecture NeM, Martin Duplantier Architectes et Coldefy.
Une attention portée au confort d’été
Trois cabinets qui ont conçu des projets pouvant être constructibles, sur des terrains existant réellement lors de la démarche, lancée entre mai et décembre 2022. Avec d’autres entités du groupe Bouygues, plusieurs points incontournables ont été identifiés, parmi lesquels le fait de disposer «des bons matériaux au bon endroit», précise Adrien Sanchez, le responsable RSE de Bouygues Bâtiment Ile-de-France. «Pour avoir un bâtiment extrêmement faible en carbone, nous avons travaillé, en plus du bois, sur la terre crue, qui a un facteur hygrométrique intéressant pour le bâtiment», ajoute-t-il.
Autre point sensible, celui du confort d’été, avec des bâtiments «rafraichis» mais non climatisés, et la présence de terrasses. Les calculs ont été réalisés sur la base des projections climatiques pour 2040, dans l’esprit de certains immeubles du futur village olympique. A rebours des armadas d’équipements en tous genres, les projets de bâtiments jouent par ailleurs la carte du «low tech», pour disposer de «la bonne énergie au bon endroit». Dernier point : l’évolutivité et la réversibilité des immeubles, qui doivent couvrir tous les champs du tertiaire.
Pisé, réemploi et bassin
Les cabinets d’architecture mobilisés ont donc travaillé sur cette base. «Chacun a adopté des marqueurs assez forts par rapport au concept défini», souligne Albin Dargery. Dans le Nord, l’équipe de Martin Duplantier Architectes a par exemple fait le choix de murs en pisé pour les façades est et ouest, pour la capacité de ce matériau à générer une forte inertie. En Ile-de-France, NeM a pris le parti d’identifier des éléments d’un immeuble en déconstruction pour ses propres besoins. En façade, des châssis de réemploi sont transformés en bardages et brise-soleil, tandis que les murs sont en béton recyclé. Ceux-ci «jouent le rôle de régulateurs thermiques en se déchargeant de leur chaleur ou de leur fraîcheur», indique le directeur de Bouygues. Pour Coldefy, dans le Sud-Est, choix a été fait d’un immeuble de bureau proche d’un «riad contemporain», avec une construction sur pilotis, et de l’eau dans le patio pour favoriser le brassage naturel de l’air. Même si toutes les pistes explorées ne seront pas retenues pour la construction de bâtiments bien réels, Bouygues Construction espère s’en inspirer pour des projets futurs.



