Analyse

Derrière la chute d’Angell, le laborieux redémarrage de l’industrie française du vélo

L'échec des vélos Angell interroge sur la situation de l'industrie du vélo en France. La délocalisation massive de la fabrication des cadres a entraîné une perte de compétences qui se révèle difficile à rattraper. Mais qui n'empêche pas certains acteurs de se lancer.

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Angell bike
Pour assembler ses cadres de vélos, la start-up Zebra, Kickmaker et Seb ont fait appel à la périlleuse technique du collage.

En à peine quelques mois, le vélo Angell est devenu un cas emblématique d’échec industriel. L’affaire démarre en novembre 2024 avec le rappel de 5000 vélos de la marque, lancée en 2020, pouvant «se casser et entraîner une chute». La suite ? La faillite de l'entreprise... et l’assignation en justice de Seb, façonnier, et Kickmaker, bureau d’études, par son fondateur Marc Simoncini, qui espère que «les responsabilités de chacun soient établies».

Face à ces accusations, si Kickmaker n’a pas réagi ni souhaité répondre aux questions de L'Usine Nouvelle, Seb s’est en revanche défendu. «Il y avait une procédure d’assemblage et une procédure de commercialisation auxquelles nous avons apporté notre savoir-faire technique en respectant le cahier des charges», explique Eloi Morel, responsable des affaires publiques du groupe Seb.

Le difficile sourcing des cadres en Europe

Désormais entre les mains de la justice, cette affaire révèle la difficulté de fabriquer un vélo, et plus particulièrement un cadre de vélo, en France au 21esiècle. Alors que dans les années 1980, la production de cadres était florissante, surtout dans le bassin stéphanois, l’entrée de pays comme Taïwan sur la scène commerciale internationale a fortement nuit à l’activité manufacturière hexagonale. Aujourd’hui, tous les acteurs qui souhaitent relocaliser la production de bicyclette doivent faire des choix.

«Nous avons essayé de sourcer nos cadres en France, mais il n’y a pas d’activité. Et pour produire en Europe, dans des pays comme le Portugal, la Turquie ou la République Tchèque, il faut viser des quantités d’au moins 1000 à 1500 unités, alors qu’en Asie, le minimum est plutôt entre 150 et 300 unités. Nous nous sommes donc tournés vers l’Asie», admet Robin Gabuthy, cofondateur d’Ellipse Bikes (15 salariés, 600000 euros de chiffre d’affaires), qui a par ailleurs lancé une offre de reprise des vélos défectueux des clients d’Angell à hauteur de 500 euros, pour l’achat d’un vélo électrique d’Ellipse.

Pour l’ingénieur, la difficulté à relancer la production de cadres en France relève aussi de la perte de compétences, notamment en soudure, la technique principale utilisée dans leur fabrication. Mais pas la seule : d’autres techniques existent, comme le collage et l’injection. «Angell a été précurseur sur le collage, nous n’avions jamais vu des cadres collés à un tel volume avec un tel design, mais c’est une technique qui nécessite un véritable savoir-faire et laisse peu de place à l’erreur, observe Robin Gabuthy. L’injection plastique, quant à elle, nécessite des investissements initiaux très élevés, car il faut des moules.»

L’entrepreneur conserve toutefois un certain espoir sur le futur de la fabrication de cadres en France, particulièrement grâce à «la vague de relocalisation et France 2030». Un espoir encouragé par l’apparition d’acteurs comme Ultima, qui utilise l’injection plastique, ou Moustache Bikes, qui fait appel au moulage par gravité.

Le collage, procédé d’avenir ?

D'autres fabricants font usage du collage, comme le belfortain Parco Cycles. Créée en 2020 par l’ingénieur Jean Mougenot, pendant qu’il était encore sur les bancs de l’université de technologie de Belfort-Montbéliard, la startup a jusque-là fabriqué 500 vélos à cadre collé. «Le collage est très dur à mettre en œuvre, il faut une certaine dextérité», indique Jean Mougenot.

Dans une vidéo postée sur Instagram, l’ingénieur montre le process d’assemblage du cadre : pose de points de colle grâce à un pistolet sur les tubes et pièces usinées qui composent le cadre, puis emmanchement des tubes et séchage sur un gabarit. «C’était pour fabriquer les prototypes, ce n’était pas assez robuste et coller un seul cadre prenait une heure entière, pointe Jean Mougenot. Aujourd’hui, nous avons réussi à rendre le process un peu plus robuste et réduire le temps de collage à vingt minutes.»

Aujourd’hui, Jean Mougenot a pu former des opérateurs à poser les points de colle à l’intérieur des tubes, mais pas pour réaliser l’emmanchement. «Il faut être extrêmement précis pour ne pas racler la colle», indique-t-il. L’entreprise prévoit de monter une ligne d’assemblage au sein d’un site d’usinage de Citele Industries, sur le territoire de Belfort, grâce à un partenariat.

Difficile de savoir si la fabrication du vélo Angell a rencontré les mêmes difficultés que Parco Cycles. L’entreprise Zebra, qui le commercialise, a refusé de répondre à nos questions. Il y a toutefois de fortes chances que l’entreprise de Marc Simoncini aurait été plus prospère dans une France dotée d’un véritable tissu industriel du vélo.

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